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Santé: le pouvoir aux établissements

Louise-Maude Rioux Soucy   26 février 2008  Santé
Michel Nadeau et Jean-Claude Deschênes encadrent le président du groupe de travail, André Bisson.
Photo : Jacques Nadeau
Michel Nadeau et Jean-Claude Deschênes encadrent le président du groupe de travail, André Bisson.
Avant même de songer à injecter plus argent dans notre système de santé à bout de souffle, il paraît impératif d'en rectifier les rouages internes, jugent dix experts indépendants. Leur diagnostic appelle à un traitement radical: soit «des pouvoirs accrus et des responsabilités plus claires» pour les administrateurs des établissements de santé. Une prescription-choc qui s'inscrit en droite ligne dans la volonté de décentralisation manifestée ces jours-ci par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard.

Tout est affaire d'équilibre et de compétence, résume André Bisson qui préside ce groupe de travail. Présentement, les conseils d'administration «sont faibles et aléatoires» en dépit de la bonne volonté de leurs membres, qui se retrouvent les mains liées par la lourdeur de l'appareil étatique québécois. Or, ce dévouement, si bien intentionné soit-il, est contre-productif dans un contexte aussi complexe et délicat qu'un établissement de soins, lit-on dans ce rapport rendu public par l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP).

Le jugement paraît dévastateur? Il l'est pourtant moins que celui rendu par le Vérificateur général. Ce dernier a fait état d'un important déficit d'autorité au sein des conseils d'administration qui «n'occupent pas pleinement la place qui leur revient, ce qui nuit à leur efficacité». S'ensuit alors une «confusion» générale qui est encore plus marquée dans les agences régionales. Les administrateurs eux-mêmes conviennent qu'un climat de morosité s'est installé, ce qui a eu pour conséquence d'effriter la motivation des acteurs locaux.

Après 35 années de contrôle «quasi exclusif», Québec doit maintenant donner aux établissements la chance de présider eux-mêmes à leur destinée, croit Jean-Claude Deschênes, qui cosigne ce rapport. «Il n'est pas normal que ce soit encore Québec qui décide de tout. Après tout, ce sont les établissements qui sont sur la ligne de front, pas le ministère», résume l'ancien président du conseil d'administration du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ).

Mais attention, tout gain d'autonomie devra être assorti de son corollaire obligé, soit une gouvernance irréprochable, prévient le directeur général de l'IGOPP, Michel Nadeau. «Transférer le pouvoir aux établissements suppose que ceux-ci devront rendre des comptes à la population.»

Pour que la révolution ait lieu, il faudra revoir les fondements mêmes des conseils d'administration. Au premier chef, leur composition, plaide M. Bisson. «Les établissements ont besoin d'administrateurs légitimes, crédibles et compétents parfaitement indépendants.» L'idéal serait de pouvoir les désigner de manière à rassembler des expériences et des profils différents au sein d'un même conseil d'administration.

Présentement, les membres des conseils sont élus par une très faible proportion de la population. Ce mode électoral est jugé «inopérant» par le comité qui recommande son abolition. Celui-ci souhaite plutôt la création d'un comité de gouvernance qui aurait pour tâche de désigner les administrateurs indépendants en fonction des expériences requises pour former un «vrai conseil équilibré», explique M. Bisson qui est aussi président du conseil d'administration du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).

Comme c'est le cas maintenant, le directeur général ferait partie intégrante du conseil, mais avec plein droit de vote, ce qui n'est présentement pas la norme partout au Québec. Pour un établissement de bonne taille, le comité recommande cinq membres désignés par l'établissement, deux par le ministère ou l'agence et huit membres indépendants désignés par le comité de gouvernance.

Reddition de comptes

Pour créer un lien contractuel plus fort, les experts estiment aussi que le gouvernement devra mettre un terme au bénévolat, qui limite considérablement les résultats, croit M. Deschênes. «Présentement, on voit des administrateurs se présenter aux réunions sans avoir pris la peine d'ouvrir leurs enveloppes. Le jeton viendrait en quelque sorte justifier une attente de résultats beaucoup plus grande.» Cette compensation pourrait être de 300 $ la séance et de 10 000 à 15 000 $ par année pour le président du conseil, propose le comité d'experts.

Tous ces pouvoirs entraîneront bien sûr des responsabilités accrues. Le conseil ne pourra plus en effet se contenter de simples rapports internes. Il devra avoir des yeux partout, dans les programmes comme dans les services offerts. Et cela devra se faire en toute transparence. Le nombre de civières à l'urgence en attente depuis plus de 24 h sera compilé et publié. Même chose pour le nombre de plaintes reçues, les détails des listes d'attente et les résultats financiers annuels, demandent les chercheurs.

Toutes ces propositions sont douces aux oreilles de l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS). Il y a des années que les établissements réclament une «gouvernance plus saine et plus efficace» et «c'est normal parce que c'est chez nous que les choses se passent, pas dans les couloirs du ministère», explique leur directrice générale, Lise Denis. Celle-ci a bien quelques réserves, notamment sur le mode de désignation proposé, mais il suffirait de moduler les propositions pour les rendre acceptables.

Dans son rapport, le comité Castonguay abondait lui aussi en ce sens, une position reprise au vol par le ministre Couillard la semaine dernière. «Il faut qu'on soit moins microgestionnaire du réseau de santé et qu'on laisse les gens exprimer leurs distinctions d'une région à l'autre.» Ce dernier convient d'ailleurs qu'il n'est pas normal que son cabinet soit toujours appelé à réagir à la moindre crise. «Au fond, je ne connais pas la réalité quotidienne de chaque hôpital. C'est à l'établissement et à la région de se positionner en premier lieu.»






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  • Ginette Bertrand
    Inscrite
    mardi 26 février 2008 01h14
    Enfin l'illumination!
    « Rectifier les rouages internes...Administrateurs légitimes, crédibles, compétents et parfaitement indépendants... Ne plus se contenter de simples rapports internes... Mettre fin au bénévolat...

    L'évidence même, en somme.

    Quand des milliards de dollars sont en jeu et qu'ils ne cessent de s'engloutir dans un gouffre sans fond,veux-veux-pas, c'est de la grosse business et il faut mettre un terme à l'angélisme d'une gestion axée sur la participation citoyenne.

    Dans l'exercice d'un deuxième mandat et fort des avis et conseils de tout un éventail de comités, commissions et autres groupes d'experts depuis des décennies, M. Couillard a enfin reçu l'illumination et admis candidement que la vocation de son ministère n'était pas de faire de la microgestion.

    On peut se demander, comme un des personnages de Michel Tremblay : "Coudon, y veux-tu rire de nous autres, lui?" »

  • Hoe Bee
    Inscrit
    mardi 26 février 2008 06h21
    Réalité service santé
    « les employés de planché se foute des malades!
    les employés d'administration se foute des employés de planché!
    les syndicats collecte l'argent et se foute des employés d'adminitration!
    les conseils d'administration collecte l'argent et se foute des malades!
    les ministres soingent leur image pour le pouvoir et la vie de star, collecte l'argent, s'il tombe malade ils irons aux Privé.
    Et le Peuple se foute des responsabilités? »

  • Réjean Côtes
    Abonné
    mardi 26 février 2008 06h59
    Le bobo
    « Enfin, on touche au vrai problème du réseau de la santé. Un viel adage dit que: "ça marche comme c'est mené"! Pour avoir travaillé plusieurs années dans ce système où les directeurs généraux et le ministère assument le vrai pouvoir, alors que les conseils ne sont que des paravents, ce changement au coeur de la gouvernance, aura un impact considérable.Les vrais débats seront effectués, et les employés de même que les clients pourront retrouver confiance dans leur institution.Nous ne verrons plus de membres de conseil abonnés à vie ( j'en connais qui sont en poste depuis dix ans, qui ne lisent jamais leur document et qui approuvent systématiquement) pour sanctionner les décisions du directeur général. Également, les vrais débats ne pourront plus être glissés sous le tapis.L'énergie de tous sera alors mieux canalisée pour relever les défis. Comme toujours quand ça va mal, on décentralise.Mais c'est la bonne chose à faire. »

  • Jean-Pierre Lusignan
    Abonné
    mardi 26 février 2008 07h04
    De l'autorité des conseil d'administration: attention au manque de transparence
    « À mon avis, il n'y a pas que l'autorité des conseils d'administration des établissements de santé qui doive être changée dans le domaine des soins de santé. En effet, il y a également un grand besoin de transparence et deux institutions publiques me semblent être en retard à ce sujet.

    La première de ces instutitons est le Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) existant au sein de chaque établissement de santé public. Tout ce qui s'y déroule est secret. Ce secret empêchera même le Protecteur des usagers de savoir ce qu'il a besoin de savoir pour remplir son mandat. Songez aussi à ceci: le conseil d'administration ne peut se saisir d'un dossier disciplinaire impliquant un médecin avant que le CMDP le lui ait transmis.

    L'autre institution est le syndic d'un ordre professionnel. Certes, il dépose un rapport annuel et l'ordre professionnel concerné le publie dans son propre rapport annuel, mais encore une fois, tout ce qui s'y déroulera sera secret. Certes, il portera plainte contre un professionnel et ce processus sera désormais public, mais avant, rien ne le sera. »

  • Ricardo Contreras
    Inscrit
    mardi 26 février 2008 09h03
    Gestion décentralisée?
    « Au-delà des motivations pour améliorer le système de santé, la mise en place des nouveaux gestionnaires, c'est-à-dire "d'aministrateurs légitimes, crédibles et compétents parfaitement indépendants" proposés par ce comité, ne fera que renforcer les axiomes managériales véhiculés par des groupes comme CIRANO. On est loin d'améliorer la qualité des soins car les soucis passent encore par la technique... »

  • Guy Girard
    Inscrit
    mardi 26 février 2008 10h23
    Vous avez raison Madame...Bertrand
    « A qui de droit.

    Ayant agit comme bénévole pendant 12 ans au principal Centre Hospitalier de notre région; je trouve Mme Bertrand votre réflexion choc "ENFIN L'ILLUMINATION" très à propos... suite à la dernière et aditonnnelle réflexion faite par un Groupe (lui aussi additionnelle) concernant la SANTE... déclarant: VITE LE POUVOIR AUX ETABLISSEMENTS...rejoignant en celà des suggestions déjà formulées par d'autres Bénévoles comme moi ...lors de nos réunions tenues dans le temps avec Les Administrateurs... aujourd'hui encore là à ce titre...et remplissant leur fonction d'une façon semblable à DES CIERGES, qu'on a oublier d'allumer!!!!!!!!!!! Il EST TEMPS ET PLUS QUE LE TEMPS QU'ON PASSE A L'ACTION... SINON C'EST LA DE-RI-SION ET ÇA ÇA SENT PAS BON?
    Guy Girard Saguenay. »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    mardi 26 février 2008 17h23
    La potion magique de l'IGOPP
    « Bonjour Mme Rioux Soucy,

    L'IGOPP a encore une fois découvert une nouvelle potion magique pour les établissements publics. Des conseils d'administration dont les administrateurs sont indépendants, rémunérés et choisis par un comité de mise en candidature seraient la solution à tous nos maux. Dans cette définition même, l'indépendance porte en elle le germe de la redevance. Des administrateurs ne mordront jamais la main qui les a nourris. On n'attendra pas seulement d'eux qu'ils lisent leurs documents, ce que de toute façon la plupart font déjà, mais qu'ils joignent leurs voies à la majorité du conseil lors de décisions stratégiques.

    Dans certaines villes du Québec, l'unanimité est une religion. Alors que je venais d'arriver dans une importante ville de région où j'accédais à un poste de direction d'un établissement public jouissant d'une grande autonomie, je me souviens qu'on m'ait dit qu'on me donnerait ma chance si j'appuyais les initiatives locales à l'encontre d'autres villes de cette région. À défaut, on m'enverrait les journalistes locaux et on me mettrait le micro et la caméra sous le nez pour que je m'explique directement à la population. Le genre de ville où on vous menace de vous enduire de goudron avant de rouler dans les plumes. Pour l'indépendance, on repassera.

    Dans une expérience plus récente, j'ai eu l'occasion de siéger à titre de directeur sur un conseil avec jetons de présence au sein d'une corporation professionnelle où les membres étaient tous nommés à la suite de la recommandation d'un comité de candidature pour me rendre compte assez rapidement que c'est celui qui recommande qui mène.

    L'IGOPP a également découvert les vertus des établissements publics jouissant d'une grande autonomie. Le cas de l'UQAM ne doit pas être rapporté dans les références de cette «sérieuse étude». J'ai siégé pendant quelques années comme observateur avec droit de parole au CA d'une université. Les « noms » prestigieux qui y siègent avec des pedigrees longs comme le bras sont souvent là pour entériner les décisions déjà prises par la direction.

    Siégeant actuellement au Conseil d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux depuis 9 ans où j'ai été vice-président jusqu'à tout récemment, je me demande comment on peut sérieusement envisager de rendre compte de notre administration directement au public alors que l'argent vient du ministère. Qu'on ne se trompe pas, les rapports annuels c'est pour la galerie, le bottom line c'est le ministère et je ne vois pas comment objectivement ça pourrait être autrement dans un réseau public entièrement supporté par des subsides de l'État, c'est une simple question de saine gestion. On rend compte à celui qui paye. Pour faire un parallèle avec les universités, c'est justement parce qu'elles ne rendent pas compte de leur gestion à l'État que le cataclysme de l'UQAM est arrivé!

    À mon avis, le problème du réseau de la santé et des services sociaux est le même qui afflige celui de l'éducation avec l'illusion de sa double centralisation, ministère/ agences et ministère/commissions scolaires. Les décisions des agences sont toujours tributaires de celles du ministère. Ou on les abolit, ou on leur donne un vrai pouvoir décentralisé. Actuellement le développement ne se fait pas dans plusieurs établissements du réseau parce que le ministère tient les cordons de la bourse trop serrés et bloque toute réelle décentralisation vers les établissements en refusant de mettre l'argent sur la table. S'il n'y a pas une véritable décentralisation du pouvoir de dépenser vers les agences, il n'y aura tout simplement aucun pouvoir à transmettre aux CA des établissements. C'est une simple question de logique. On ne peut pas transmettre ce qu'on n'a pas !

    Déjà les directions d'établissements n'ont presque plus de pouvoirs et les agences sont toujours en attente d'enveloppes budgétaires du ministère qui ne viennent pas. Si en plus on rend théoriquement les administrateurs encore plus redevables en leur donnant uniquement un pseudo pouvoir sans l'argent qui va avec, on va les rendre responsables face au public de la mauvaise gestion du ministère. À ce compte, conservez vos jetons, je démissionne demain !

    Mais de tous les cas de figure d'administrateurs rémunérés et indépendants, le plus beau cas de bêtise consommé vient justement du privé. Malgré leurs grandes compétences et le fait qu'ils étaient tous rémunérés, les administrateurs de Nortel se sont laissés endormir par le bureau de direction qui leur a proposé un nouveau mode de comptabilité qu'ils se sont empressés d'approuver même si personne ne le connaissait, parmi eux, madame Guylaine Saucier, fellow de l'ordre des comptables agréés du Québec, alors présidente du conseil de la SRC. Résultat : des pertes de 400 milliards de dollars pour les actionnaires si bien représentés par des administrateurs qui brillaient tous par leur grande compétence et leur grande indépendance.

    Je termine par cette citation de J.K.Galbraith au sujet de la rémunération des administrateurs et que j'affectionne beaucoup:

    " Alors que le capitalisme a cédé la place au système du " management plus bureaucratie ", on monte de toutes pièces un simulacre de puissance pour les propriétaires. C'est de l'escroquerie. Ce mensonge s'accompagne de tout un cérémonial : un conseil d'administration choisi par les directeurs et qui leur est entièrement dévoué, mais que l'on considère comme le porte-parole des actionnaires. Les hommes qui le composent, avec la présence nécessaire d'une ou deux femmes, n'ont besoin que d'une connaissance superficielle de l'entreprise. À de rares exceptions près, on peut compter sur eux pour acquiescer. On donne à ces administrateurs un jeton de présence et un peu à manger, et les directeurs les informent régulièrement des décisions qu'ils ont prises ou de ce que chacun sait déjà. On postule que le conseil d'administration approuvera tout, y compris les rémunérations fixées par eux-mêmes. J.K.Galbraith, p.44. Les mensonges de l'économie, 2004, Grasset "

    Louis Lapointe
    Brossard »

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