Couillard manque de courage, accuse le président des médecins spécialistes
Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le Dr Gaétan Barrette, a donné le ton en saluant un rapport «modéré et réaliste» qui «voit juste». Sa grande déception est plutôt venue du côté du ministre de la Santé, Philippe Couillard, qui a manqué de courage, tranche-t-il. «D'un côté, il admet que ça va coûter cher. De l'autre, il refuse les moyens mis de l'avant pour y parvenir. Améliorer la productivité et la performance ne suffira pas. Tout le monde s'entend sur ça. Pourtant, le ministre ferme la porte à la taxe, comme à la franchise. Je trouve ça tout à fait déplorable.»
Le Collège des médecins du Québec a lui aussi salué «des solutions réalistes, pragmatiques et applicables à court et moyen terme». Le secrétaire du Collège, le Dr Yves Robert, s'est notamment dit rassuré par les verrous prévus par le comité, si jamais Québec décidait de donner le feu vert à la mixité. Quant à la franchise, il s'agit d'un instrument de responsabilisation fort intéressant qui existe déjà dans les coopératives de santé. «Il faut le voir comme un ticket non pas modérateur, mais motivateur. Cela crée un sentiment d'appartenance et de mutualité qui est très intéressant.»
La FMSQ juge elle aussi que les points les plus controversés comme la mixité ou la franchise sont «bien balisés». La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) est plus mitigée. «En fait, on se demande jusqu'à quel point la franchise pourrait constituer un frein à l'accessibilité, il faudra voir», a précisé son président, le Dr Louis Godin. Des réticences sont aussi à prévoir quant à la possibilité d'introduire des contrats liant les cliniques à des établissements. «La profession est déjà tellement encadrée, tout ça nous paraît parfaitement inutile, voire carrément nuisible.»
Cette crainte est largement partagée par la FMSQ qui refuse de voir l'autonomie de ses membres être réduite de quelque manière que ce soit. À cet égard, la venue de sociétés privées à la tête des hôpitaux est très mal reçue par les médecins spécialistes.
Cela n'empêchera pas la productivité de demeurer un élément majeur de ce rapport, a pour sa part estimé le président de l'Association médicale du Québec (AMQ), le Dr Jean-François Trudeau, qui se félicite de voir l'évaluation de la performance apparaître enfin sur l'écran-radar. «Je crois que les lois du marché peuvent générer une saine compétition qui rendra son agilité au système public, car il ne faut pas l'oublier, c'est là son principal défi.»
Le Dr Trudeau accueille d'ailleurs «d'un bon oeil» les ouvertures au privé qui nécessiteront une révision de la Loi sur la santé et les services sociaux. «Je préfère toutefois parler de modernisation que d'une véritable ouverture.»
Bémols, inconforts et dissidences
Plus réservée, la présidente de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), Gyslaine Desrosiers, a déploré la polarisation qui d'ores et déjà s'est installée au Québec. Elle endosse d'ailleurs pleinement la dissidence de Michel Venne, tant sur la mixité que sur une ouverture plus grande aux assurances privées et sur l'idée de confier la gestion des hôpitaux à des sociétés privées. «Ce sont là des irritants inutiles qui viennent jeter un doute sur ce rapport qui mérite pourtant qu'on l'examine de plus près.»
L'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) partage son inconfort en ce qui a trait à la mixité, mais aussi à une plus grande ouverture aux assurances duplicatives. Elle dit aussi préférer l'idée d'augmenter la TVQ à celle d'introduire une franchise dont les mécanismes ne lui paraissent pas très clairs, mais méritent d'être étudiés.
Sa directrice générale, Lise Denis, juge toutefois que tous ces bémols ne doivent pas occulter la nécessité de donner des suites à ce rapport, qu'elle juge par ailleurs «pertinent». «Si nous sommes devant des décisions difficiles, c'est que les gouvernements successifs ont déjà trop tardé. Il y a urgence d'agir!»
L'enjeu de ce rapport, soit le financement du réseau pour le rendre accessible à tous, doit impérativement être discuté, a renchéri la présidente de l'OIIQ. «On ne peut pas se permettre de jouer une fois de plus à l'autruche, revenons à l'essentiel et ayons le courage d'en débattre ouvertement», a réclamé Mme Desrosiers. Cette dernière invite toutefois le ministre à s'en tenir à sa loi 33 pour se concentrer plutôt sur la stricte question du financement.
Médecins pour l'accès à la santé va plus loin encore en demandant au ministre de carrément jeter le rapport Castonguay au panier. «Ce rapport contient plusieurs fausses prémisses qui sont hautement questionnables et qui ne régleront en rien les problèmes d'accessibilité», a commenté la Dre Saideh Khadir, qui rejette la vision catastrophique des coûts de santé présentée dans ce rapport. «Toutes les études sérieuses le démontrent, les coûts en santé sont très bien contrôlés, c'est la part privée qui tire les chiffres vers le haut.»
Les moyens mis de l'avant sont d'autant plus mal venus qu'ils font peser tout le poids du financement sur le citoyen. La franchise paraît à cette égard dangereuse, en ce sens qu'elle limitera le recours aux services de santé, tout comme le ferait un ticket modérateur. «On taxe le malade qui va certainement espacer ses visites, croit la Dre Khadir. Le cas échéant, on va se retrouver avec des cas plus lourds qui vont nécessiter plus de moyens, c'est un cercle vicieux.»
Le Collège des médecins du Québec a lui aussi salué «des solutions réalistes, pragmatiques et applicables à court et moyen terme». Le secrétaire du Collège, le Dr Yves Robert, s'est notamment dit rassuré par les verrous prévus par le comité, si jamais Québec décidait de donner le feu vert à la mixité. Quant à la franchise, il s'agit d'un instrument de responsabilisation fort intéressant qui existe déjà dans les coopératives de santé. «Il faut le voir comme un ticket non pas modérateur, mais motivateur. Cela crée un sentiment d'appartenance et de mutualité qui est très intéressant.»
La FMSQ juge elle aussi que les points les plus controversés comme la mixité ou la franchise sont «bien balisés». La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) est plus mitigée. «En fait, on se demande jusqu'à quel point la franchise pourrait constituer un frein à l'accessibilité, il faudra voir», a précisé son président, le Dr Louis Godin. Des réticences sont aussi à prévoir quant à la possibilité d'introduire des contrats liant les cliniques à des établissements. «La profession est déjà tellement encadrée, tout ça nous paraît parfaitement inutile, voire carrément nuisible.»
Cette crainte est largement partagée par la FMSQ qui refuse de voir l'autonomie de ses membres être réduite de quelque manière que ce soit. À cet égard, la venue de sociétés privées à la tête des hôpitaux est très mal reçue par les médecins spécialistes.
Cela n'empêchera pas la productivité de demeurer un élément majeur de ce rapport, a pour sa part estimé le président de l'Association médicale du Québec (AMQ), le Dr Jean-François Trudeau, qui se félicite de voir l'évaluation de la performance apparaître enfin sur l'écran-radar. «Je crois que les lois du marché peuvent générer une saine compétition qui rendra son agilité au système public, car il ne faut pas l'oublier, c'est là son principal défi.»
Le Dr Trudeau accueille d'ailleurs «d'un bon oeil» les ouvertures au privé qui nécessiteront une révision de la Loi sur la santé et les services sociaux. «Je préfère toutefois parler de modernisation que d'une véritable ouverture.»
Bémols, inconforts et dissidences
Plus réservée, la présidente de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), Gyslaine Desrosiers, a déploré la polarisation qui d'ores et déjà s'est installée au Québec. Elle endosse d'ailleurs pleinement la dissidence de Michel Venne, tant sur la mixité que sur une ouverture plus grande aux assurances privées et sur l'idée de confier la gestion des hôpitaux à des sociétés privées. «Ce sont là des irritants inutiles qui viennent jeter un doute sur ce rapport qui mérite pourtant qu'on l'examine de plus près.»
L'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) partage son inconfort en ce qui a trait à la mixité, mais aussi à une plus grande ouverture aux assurances duplicatives. Elle dit aussi préférer l'idée d'augmenter la TVQ à celle d'introduire une franchise dont les mécanismes ne lui paraissent pas très clairs, mais méritent d'être étudiés.
Sa directrice générale, Lise Denis, juge toutefois que tous ces bémols ne doivent pas occulter la nécessité de donner des suites à ce rapport, qu'elle juge par ailleurs «pertinent». «Si nous sommes devant des décisions difficiles, c'est que les gouvernements successifs ont déjà trop tardé. Il y a urgence d'agir!»
L'enjeu de ce rapport, soit le financement du réseau pour le rendre accessible à tous, doit impérativement être discuté, a renchéri la présidente de l'OIIQ. «On ne peut pas se permettre de jouer une fois de plus à l'autruche, revenons à l'essentiel et ayons le courage d'en débattre ouvertement», a réclamé Mme Desrosiers. Cette dernière invite toutefois le ministre à s'en tenir à sa loi 33 pour se concentrer plutôt sur la stricte question du financement.
Médecins pour l'accès à la santé va plus loin encore en demandant au ministre de carrément jeter le rapport Castonguay au panier. «Ce rapport contient plusieurs fausses prémisses qui sont hautement questionnables et qui ne régleront en rien les problèmes d'accessibilité», a commenté la Dre Saideh Khadir, qui rejette la vision catastrophique des coûts de santé présentée dans ce rapport. «Toutes les études sérieuses le démontrent, les coûts en santé sont très bien contrôlés, c'est la part privée qui tire les chiffres vers le haut.»
Les moyens mis de l'avant sont d'autant plus mal venus qu'ils font peser tout le poids du financement sur le citoyen. La franchise paraît à cette égard dangereuse, en ce sens qu'elle limitera le recours aux services de santé, tout comme le ferait un ticket modérateur. «On taxe le malade qui va certainement espacer ses visites, croit la Dre Khadir. Le cas échéant, on va se retrouver avec des cas plus lourds qui vont nécessiter plus de moyens, c'est un cercle vicieux.»
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