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Levée de boucliers à gauche

Louise-Maude Rioux Soucy   20 février 2008  Santé
L'ouverture au privé proposée par le comité Castonguay aura conduit à un braquage généralisé dans le monde syndical, qui voit dans ce rapport une «entorse à l'universalité» et un «bris de solidarité» parfaitement inacceptables. Des groupes de citoyens, mais aussi des chercheurs ont ajouté leurs voix à ce concert unanime, en appelant le gouvernement et les partis politiques à rejeter ce rapport en bloc.

Le premier coup de canon est venu du Secrétariat intersyndical des services publics (SISP), venu manifester son désaccord jusqu'aux portes de la conférence donnée par le comité en matinée. Leurs pires craintes se sont toutes matérialisées, ce qui a fait dire à leur porte-parole, Lina Bonamie, qu'il y avait là un précédent dangereux qui aura pour «effet de désolidariser la société québécoise et de fragiliser encore plus le système de santé public».

Le rapport a été jugé «épouvantable» par celle qui préside aussi la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ). «On nous dit carrément: "taxons la maladie" et, ce faisant, on rate complètement l'objectif principal de ce rapport qui était d'améliorer l'accessibilité».

De plus, la recommandation de céder la gestion des hôpitaux aux entreprises privées est également sévèrement condamnée par les leaders syndicaux du SISP qui y voient une introduction tous azimuts des PPP en santé, à l'exemple, «malheureux», de l'Angleterre. Toutes ces craintes sont partagées en bloc par la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ).

La présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Claudette Carbonneau, partage ces critiques. Elle convient toutefois que le réseau a besoin d'oxygène et donc de nouveaux investissements. L'idée d'une caisse de stabilisation lui plaît bien, d'ailleurs. Mais les moyens pour la remplir, pas du tout. «Je réagis très mal à la franchise qui, disons-le, est en fait un ticket modérateur déguisé, ce qui n'a absolument aucun bon sens en santé.» Cette dernière préfère de loin que le gouvernement récupère la totalité du 1 % de la taxe de vente.

La CSN est aussi déçue de constater que le rapport était bel et bien «écrit d'avance», ne laissant pas de place à la négociation. «Recours accru aux assurances privées, décloisonnement des pratiques médicales, hôpitaux publics gérés par le privé: nous retrouvons les mêmes positions défendues par M. Castonguay depuis longtemps», a déploré Mme Carbonneau. Autant de «vieilles idées» qui font reculer le Québec sur le plan de la justice sociale.

Pour sa part, la Coalition Solidarité Santé voit dans le rapport Castonguay un enterrement de première classe du système public. Sa porte-parole, Marie Pelchat, demande donc au gouvernement comme aux partis d'opposition de rejeter ce rapport qui «propose des solutions qui auront pour effet de miner, de saborder et de saper» le régime public. Elle juge par ailleurs que la dissidence de Michel Venne est «pour le moins rachitique».

L'absence de solutions publiques est également une grande déception. Toute la place revient aux valeurs libérales qui «ravalent la santé à une marchandise comme les autres». Et c'est la population qui va «passer à la caisse», dénonce la coalition, qui y voit un «recul innommable par rapport aux acquis de la solidarité et qui de plus contribuera à augmenter le coût global du système de santé».

Cette lecture est partagée par l'Institut de recherche et d'informations socio-économique (IRIS). La semaine dernière, ses chercheurs avaient publié une étude fouillée montrant que le privé était loin d'être la panacée en santé. «L'introduction du modèle de l'utilisateur-payeur, qui rappelle beaucoup le système anglais, est un changement important. Or, on sait bien que le modèle a des limites importantes et risque fort d'être décevant», a commenté le chercheur Guillaume Hébert.
 
 
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  • Georges Paquet
    Abonné
    mercredi 20 février 2008 02h55
    Qui doit payer pour un système public ?
    Relisez cette étonnante dénonciation de la Coalition Solidarité Santé: "Et c'est la population qui va passer à la caisse". Est-ce que la Coalition pourrait inventer un système public qui ne soit pas payé par la population?

  • Yvon Montoya
    Abonné
    mercredi 20 février 2008 07h20
    Étrangeté.
    Les syndicats sont à gauche maintenant? Être à gauche ce n'est pas être corporatiste. On parle de privé et les syndicats n'aident pas les travailleurs du privé tous secteurs confondus sans que l'on doive être obligatoirement syndiqué. Un peu comme les conseils des Prud'hommes en France (apparu au XIème siècle, le terme Prud'hommes ("hommes de valeur, prudents, de bon conseil") s'appliquait alors aux "défenseurs du métier". Si un conflit surgissait entre artisans, il était tranché par leurs pairs : les prud'hommes.). Ça ferait du bien justement à tout ceux ou celles qui se trouvent injustement mal traité(e)s tant d'un point de vue économique que de santé.

  • Mario Tremblay
    Abonné
    mercredi 20 février 2008 08h36
    À M. Paquet
    Si vous interprétez ce bout de phrase ainsi, je n'ose imaginer le résumé que vous feriez de l'ensemble de l'article!

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