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Marcotte condamne la dissidence de Venne

Robert Dutrisac   20 février 2008  Santé
Québec — Dans une lettre annexée au rapport du groupe de travail sur le financement de la santé, Michel Venne, le vice-président désigné par le Parti québécois, exprime sa dissidence à l'égard de l'ouverture au secteur privé que prône le document. Or la vice-présidente choisie par l'Action démocratique du Québec, Joanne Marcotte, critique la position de son collègue dans une «lettre éditoriale» rendue publique hier et assortie d'une courte vidéo diffusée sur YouTube.

Selon Michel Venne, le rapport du groupe de travail, présidé par Claude Castonguay, est «pro-public», car il «mise clairement sur la capacité du système public de poursuivre ses réformes». C'est pourquoi l'ancien journaliste et actuel directeur général de l'Institut du Nouveau Monde ne s'en dissocie pas complètement, mais il s'oppose toutefois à trois de ses propositions: la mixité de la pratique médicale, ou décloisonnement, qui permet à un médecin de pratiquer à la fois dans le public et dans le privé; l'ouverture faite à l'assurance privée duplicative; et l'idée de confier la gestion des hôpitaux au secteur privé.

Ces trois recommandations «risquent d'être perçues comme un désaveu par un grand nombre d'intervenants du système de santé», écrit M. Venne dans un contexte où est lancé «un appel à la mobilisation de tous les acteurs du système». Selon le vice-président dissident, «les solutions aux problèmes du système public se trouvent essentiellement dans le système public».

Dans sa lettre coup-de-poing, Joanne Marcotte, la réalisatrice du documentaire pamphlétaire L'Illusion tranquille, qui dénonce le modèle québécois, dont son système de santé, affirme que le rapport «n'est ni pro-public, ni pro-privé: il est pro-santé. Vouloir perpétuer le faux débat public-privé est, à mon avis, contre-productif, dogmatique, réducteur et diviseur».

La vice-présidente écrit qu'elle ne peut cacher sa «déception» devant «l'incapacité» de Michel Venne de se hisser au-delà du débat public-privé. «Il choisit d'abdiquer en faveur d'une chapelle idéologique aux yeux de laquelle il faut se méfier de tout ce qui n'est pas estampillé du sceau public.» La dissidence de M. Venne est «un acte de foi à l'égard d'un monopole bureaucratique dont il connaît pourtant l'incapacité à se réformer», estime-t-elle.

Dans sa vidéo de près de trois minutes portant sur la dissidence de M. Venne, Mme Marcotte reprend les principaux éléments de sa lettre, ajoutant que le débat sur la place respective du public et du privé en santé est «démagogique». M. Venne a rejeté les trois éléments «les plus novateurs» du rapport, juge-t-elle. «La population est bien en avance sur ses élites», a avancé Mme Marcotte. Le rapport est un «ouvrage équilibré qui doit être mis en oeuvre intégralement, et non pas à la pièce», soutient-elle.

À trois semaines de la publication du rapport, Michel Venne et Joanne Marcotte s'étaient d'ailleurs affrontés sur l'interprétation à donner aux conclusions à venir du rapport. Présumant que le rapport serait unanime, Michel Venne avait affirmé au Devoir que le groupe de travail ne proposerait pas «une remise en question fondamentale» du système actuel. Devant des étudiants en médecine à l'Université de Montréal, Michel Venne avait aussi déclaré que, pour le groupe de travail, «l'apport du secteur privé doit être considéré comme complémentaire. Nous ne recommanderons aucune expansion du rôle du secteur privé dans les services de santé».

Joanne Marcotte avait vertement répliqué qu'au contraire, «ce qui va sortir du rapport, c'était le programme de l'ADQ de 2002», soit l'ajout d'une offre de soins en provenance du secteur privé.

Par la suite, les deux vice-présidents n'ont pu gommer leurs divergences de vue alors que le président du groupe, Claude Castonguay, préconisait d'autoriser la mixité de la pratique médicale et le recours à l'assurance privée.






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  • Yvon Montoya
    Abonné
    mercredi 20 février 2008 07h10
    La liberté n'a pas de prix.
    « Ne pourrait-on pas nous laisser libre dans notre maturité de citoyen pour nous soigner? »

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    mercredi 20 février 2008 08h43
    Bien sûr, monsieur Montoya.
    « À la condition, bien sûr, d'être en santé et riche. »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    mercredi 20 février 2008 08h52
    La valse des lobyistes!
    « L'Institut du Nouveau Monde (Bouchard-Taylor) (PQ) et L'Illusion Tranquille (Lucides-Power Corp) (ADQ) qui se tirent la couverture pour l'argent du beurre d'un "possible" système de santé qui sera public et privé à la fois !

    Un système public "complémenté" par un système privé !

    C'est en plein la philosophie de l'Institut du Nouveau Monde qui propose à la majorité Québécoise d'intégrer la culture des minorités ethniques. Un beau complément.

    En plein la philosophie de l'Institut de l'Illusion Tranquille qui prône la lucidité de ne plus voir la différence entre nous et eux, le public ou privé. Ils sont là pour le faire à notre place. Confiance!

    Pourtant ce deux lobyistes et leurs institutions privées subventionnées par le public et qui comme des sangsues s'accrochent à tous rapports et commissions bidons sont en soi un parfait exemple de l'entreprise de suçage des deniers publics que tout ce cirque médiatique représente vraiment.

    Il n'y a aucune "création de richesse" là-dedans, seulement un déplacement massif de deniers publics vers les poches de profiteurs au privé. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    mercredi 20 février 2008 10h16
    Vous avez raison M Sylvain Auclair...
    « C'est ce qui est dommage. J'ai choisi le sacrifice à défaut d'être riche. J'ai connu quelqu'un qui est sorti une nuit de couvre-feu, en pleine guerre, avec un revolver dans la poche et deux grenades, pour aller chercher un médecin parce que son fils allait mourrir. J'étais son fils et il a réussi au péril de sa vie à le sauver. C'est de ce sacrifice dont je parle. Maintenant vous allez lire peut-être lire les malveillants à ce propos... Mais que voulez-vous, le destin humain est plein de ces tragédies qui finissent soit bien soit mal. La liberté n'a pas de prix. Après on nous parlera de mépris. »

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    mercredi 20 février 2008 15h31
    Autrefois...
    « ...il n'y a pas si longtemps, il y avait des assurances privées. Ceux qui ne pouvaient pas les payer ne se faisaient pas soigner, point à la ligne. Peut-être certains médecins fermaient-ils les yeux, mais pas les hôpitaux, malgré l'étymologie du mot. Et les soins ne sont pas devenus moins coûteux...
    Il ne s'agit pas de sacrifice, il s'agit des profits que des sociétés commerciales veulent faire en choisissant leurs clients et les interventions auxquelles ils auront droit. »

  • Denis Beaulé
    Abonné
    jeudi 21 février 2008 13h37
    In medio stat virtus ?
    « On est censé savoir, et ce depuis de nombreux siècles, que la santé n'est pas un «bien» comme les autres. Qui serait peu propre, donc, à une marchandisation ou à une «computation», comme n'importe quel autre produit courant de consommation. Plutôt, comme disait «l'autre», « la conservation de la santé est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie ».

    Voilà pourquoi, en principe du moins, à cet égard, tout groupe, tout État ou tout individu ne devrait pas tendre à lésiner concernant ce qui est requis pour favoriser la préservation ou la promotion de sa propre santé, celle de ses frères et soeurs, de ses pères et mères, de ses enfants ou d'autres proches. Si tant est, bien sûr, qu'on s'aime soi-même. Et si, solidaire(s), on se préoccupe aussi de faire du bien ou, sinon, d'éviter tout au moins de faire du tort à quiconque.

    Mais qui est-ce, ça, «quiconque» ? Cela ne renverrait-il qu'à nos seuls congénères ou est-ce que c'en impliquerait aussi d'autres (e.g. d'autres générations) ? Il semble que ce soit ceci plutôt que cela. Si bien qu'on aurait aussi le devoir de ne pas rendre malades les générations à venir, en les surchargeant d'une dette sous laquelle elles auraient de fortes chances de s'effondrer.

    Par ailleurs, il ne faudrait pas rendre indûment ou exagérément malades non plus, par mauvais jugement ou mauvaise application d'un principe, certaines cohortes de notre société présente, en les surchargeant, elles. De telle sorte qu'il en coûterait alors plus cher pour les «rescaper» ensuite qu'il n'en aurait coûté pour prévenir la détérioration de leur condition. Laquelle en ferait des personnes «à charge» de l'État, au lieu de pouvoir continuer à être productives.

    Comme on peut le voir, il s'agit donc de trouver un point d'équilibre optimal entre l'État-qui-se-mêle-de-tout, qui fait tout, tout le temps, partout ; et l'État qui soutient ou veille à ce que soient soutenus principalement ceux en ayant le plus besoin, de la façon la plus économe possible, en considérant tant le court que le moyen et long terme, de manière à ne pas devoir (faire) payer au double ou au triple, soi-même peu après ou d'autres longtemps après. À cette fin, s'imposent une conception et une application à la fois des plus rationnelles et rigoureuses, en même temps que des plus humaines, de principes censés pouvoir prévaloir en un monde se disant aussi solidaire et sensible que sensé. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    jeudi 21 février 2008 15h54
    Une colère qui rend malade M. Auclair.
    « Oui, je sais que tout est fait pour faire des médecines à différents étages avec des murs infranchissables dans lesquels on met des portes avec sécurité bien organisée. Hippocrate a été forcé de laisser place à Hypocrite, c'est certain et nous revenons malgré nos ressources à une médecine pour riche et rien pour les pauvres. L'urgent c'est l'argent. Sans ça même un médecin vous regardera de haut et il ne vous soignera même pas. Personnellement, je suis révolté du fait que nous ne pouvons plus avoir de médecin de famille venant vous rendre visite chez vous sans que cela vous ruine. Sortir avec 40 de fièvre pour aller voir un médecin qui ne daigne même plus vous faire un arrêt de travail pour cause d'Assurances qui les surveillent, c'est le comble de la déshumanisation. Les politiques sont responsables et ils ne savent pas ce que veut dire, désormais, qu'un être humain qui souffre. Ce n'est que routine pour les médecins. C'est pour cela que je parlais de sacrifice à cause du fait qu'il faut sauver sa peau et cela a un prix. Comme une question de vie et de mort. Triste, parce que même les médecins ne réagisse pas à cette situation inhumaine en disant non. Nous régressons dans la honte de jour en jour. Merci. »

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