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La route de l'avenir à l'échelle humaine

Louise-Maude Rioux Soucy   16 février 2008  Santé
Sans êtres humains, pas de béton. Et pourtant, ceux-ci peinent à trouver leur place dans la Baie-James de bitume annoncée par la ministre des Transports, Julie Boulet. Cette omission pourrait coûter très cher, prévient un cercle grandissant d'experts, pour qui le simple fait de continuer à ouvrir une voie royale à l'automobile constitue une menace directe pour notre santé collective.

Il y a maintenant des décennies que nos rues sont conçues comme si les voitures en étaient les seuls usagers. Les milliards de dollars promis cette semaine n'y changeront rien puisqu'ils serviront à requinquer nos installations décrépites et à élargir, voire à développer des axes routiers placés sous le signe de l'enflure. Pourtant, la route de l'avenir, celle qui fait l'orgueil des villes visionnaires comme Portland et Vancouver, est bien différente. En fait, elle est carrément aux antipodes, tranche l'épidémiologiste Marie Demers, qui la voit plutôt «mince, étroite et conviviale».

Du point de vue de la santé publique, le ministère n'a pas tout faux mais presque, confirme le Dr Louis Drouin. En fait, tout projet destiné à accroître la circulation automobile apparaît comme un leurre à ses yeux, lui qui est responsable du secteur environnement urbain et santé à la Direction de la santé publique de Montréal. «Les automobiles ont horreur du vide. Plus on leur donne de l'espace, plus elles en prennent. C'est un cercle vicieux qu'il faut impérativement briser.»

À son avis, le système de transport du XXIe siècle peut être mieux adapté aux impératifs de la santé publique et aux exigences de développement durable. Mais un changement de paradigme s'impose. «Il ne suffit pas de rafistoler, il faut développer une autre conception de la mobilité, orientée sur l'humain et non plus sur l'automobile, en mettant l'accent sur les transports en commun, les services d'auto-partage, les vélos en libre service ou la marche», résume Marie Demers, qui signe Pour une ville qui marche chez Écosociété.

Fouillé et bien fait, son ouvrage plonge dans une Amérique du Nord longiligne où jusqu'à 50 % du territoire urbain est recouvert d'asphalte. La championne toutes catégories est sans conteste Los Angeles, dont les deux tiers du territoire sont pavés. Là-bas, on compte huit places de stationnement par véhicule!, lit-on dans Asphalt Nation de Jane Holtz Kay. Le Canada n'échappe pas à cette surenchère. Et c'est la paisible ville de Québec qui occupe le premier rang au pays pour le nombre de kilomètres d'autoroute par habitant.

Il ne faudrait pas s'en étonner. La rue est d'abord l'affaire des voitures, pas des citoyens. Ce réflexe bien ancré s'avère pourtant un danger pour la santé des populations, note l'épidémiologiste. «La dépendance à la voiture coûte cher, mais elle accroît aussi l'effet de serre, affecte la qualité de l'air et favorise la sédentarité et l'inactivité, ce qui contribue du coup à la montée de l'obésité.»

Lourd tribut

Le dernier bulletin de santé de la DSP de Montréal met non seulement des chiffres mais surtout des visages sur les victimes de notre dépendance à la voiture. Dans la métropole, la pollution atmosphérique est associée à 1540 décès prématurés et à 500 visites à l'urgence pour des problèmes cardiorespiratoires chaque année. Parmi ceux-là, pas moins de 70 % sont directement attribuables aux pots d'échappement de nos motorisés, note le Dr Louis Drouin.

Aux abords des autoroutes, l'impact sanitaire est littéralement multiplié. Cela a pour effet de favoriser l'éclosion de problèmes de santé comme des infarctus, des otites ou des troubles respiratoires chez les plus vulnérables, dont les jeunes enfants et les personnes âgées. À moins de 200 mètres des grandes artères, le risque d'avoir un enfant prématuré ou de petit poids grimpe de 17 à 20 %. À moins de 100 mètres, la mortalité cardiorespiratoire croît de 53 % chez les 55 à 77 ans tandis que l'hospitalisation des plus de 60 ans augmente de 20 %.

Et ici, personne n'a eu à mettre le pied dans la rue pour payer ce lourd tribut! Ceux qui le font s'exposent à d'autres risques qui peuvent être tout aussi mortels. À Montréal, par exemple, jusqu'à une trentaine de piétons meurent sous les roues d'un véhicule chaque année. Selon les statistiques de la municipalité, 129 autres piétons ont été grièvement blessés en 2007, auxquels il faut ajouter 1360 blessés légers.

Dans cette jungle urbaine, de plus en plus de Québécois choisissent le confort et l'indifférence à bord de leur cylindrée. C'est un choix qui a son prix, soit une hausse continue de l'embonpoint et de l'obésité, qui touchent maintenant un peu plus d'un adulte sur deux. Et le lien n'est pas forcé: la ville de l'automobile, Detroit, remporte la palme du surplus de poids en Amérique du Nord, une indication qui démontre «le lien entre le milieu bâti et l'obésité», note Marie Demers.

La ville aux citoyens

Dans son ouvrage, l'épidémiologiste cite Arnold Toynbee: «Une ville où rien n'est à distance de marche est un piège pour l'homme.» Cette petite phrase résume à elle seule la révolution à laquelle en appellent un nombre croissant d'organismes citoyens, qui peuvent maintenant compter sur des experts d'horizons divers pour les représenter auprès des gouvernements.

Pour réduire notre dépendance à l'automobile, Marie Demers suggère de s'inspirer de ce qu'on a fait avec le tabagisme. Graduellement, on a rétréci l'espace où les fumeurs avaient le droit de griller une cigarette. «Si on arrive à réduire physiquement l'espace accordé à l'automobile, on va changer les normes sociales», croit-elle, elle qui travaille au Conseil de la science et de la technologie. «Une ville, ce n'est pas quelque chose qui doit s'étaler comme une pieuvre. Il faut que ce soit dense pour que les services de proximité soient possibles.»

Québec doit aussi apprendre à ne pas concentrer toutes ses énergies sur des approches liées aux comportements individuels. Les usagers comptent pour des miettes dans nos bilans routiers, affirme le Dr Drouin. «On peut faire le parallèle avec le milieu du travail. On peut agir sur la machine, sur celui qui la manipule ou encore sur son environnement de travail en général. D'un point de vue populationnel, c'est certainement l'approche environnementale qui est la plus efficace parce qu'elle élimine le risque à la source.»

Une étude française corrobore cette lecture. Il appert que 5 % des accidents de la route mettent en cause le seul comportement de l'usager. Les 95 % restants sont plutôt attribuables à la manière dont la route a été conçue, ce qui en dit long sur le chemin à parcourir pour revoir nos normes urbanistiques. Pour la DSP, la solution est claire: il faut réduire la circulation automobile et sa vitesse, favoriser les transports en commun et réaliser des aménagements sécuritaires pour donner un coup de pouce au transport actif, à vélo comme à pied.

À l'heure actuelle, l'automobile règne sans partage sur 70 % du réseau routier montréalais, ce qui ne laisse que 30 % aux transports en commun ou au transport actif. Mais le Dr Drouin croit que la vapeur peut encore être renversée de façon à ramener ce ratio à 50 %-50 % d'ici 2020. Encore faudra-t-il que les milliards promis ne soient pas tous engloutis par la voracité routière. «On a une occasion en or de transformer notre quotidien, mais il faudra qu'on sorte des sentiers battus et, pour ça, il faudra un leadership fort, que nous attendons encore.»






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  • Valdor Lagacé-Gallant
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 10h39
    C'est coulé dans le béton.
    « Cela fait du bien de lire que quelqu'un voudrait nous faire prendre conscience que nos santés ne se nourrissent pas de béton.

    Mais qui lit cet article ?

    Quand je vois les automobilistes foncer à toute allure vers un arrêt, je voudrais leur faire comprendre qu'un piéton est en légitime défense devant un tel assaut. Et tous les moyens sont bons pour se défendre. C'est nos vies ou les leurs.

    Les citoyens marchent de plus en plus, dit-on. Du dépanneur à la maison, on finit par faire un kilomètre en une semaine. Les gens ne marchent plus ailleurs que sur les grandes rues et là, ils se ruent pour en sortir. Le monde est absurde.
    Vous ne verrez jamais personne dans les rues secondaires, les plus belles et les plus tranquilles,peu importe l'heure de la journée.

    Des milliards de dollars sont parqués le long des chaines de trottoir. Des milliards de dollars sont parqués dans les hôpitaux. Des milliards de dollars à boucher des trous. Des milliards de dollars agonisant dans les couloirs.

    Des milliards de dollars sont donnés à des gens qui passent leurs journées à la maison à ne rien faire, alors que la vie leur offre tant de plaisirs.Ils préfèrent faire du bruit pour nous démontrer qu'ils existent. En emmerdant les autres,ils fuient leurs propres responsabilités.Même par les belles journées de soleil, ils se stonent au lieu d'aller prendre l'air. Comme aujourd'hui, par exemple.

    L'être humain s'illusionne et se nourrit de vanité.C'est comme cela depuis toujours. La santé du corps et celle de l'esprit ont toujours été secondaires.

    D'ailleurs,il n'y connaît rien à son corps. Et si vous lui parler d'esprit,c'est parce que vous en fumez du bon.

    Rien n'est fait pour notre bien ! Rien n'est fait pour en changer la direction.

    Direct à la fosse commune. Enterrés avec leurs voitures sous une dalle de béton armé. Des milliards de dollars dépensés par pure vanité et illusion.

    Je vais prendre ma marche et affronter ces errants sous abris de fortune. Prêt à protéger ma vie.

    Il fait beau. Qui sait si le soleil ne les éblouira pas ?

    Bonne journée. »

  • Charles Marsan
    Abonné
    samedi 16 février 2008 12h01
    La voracité routière...
    « Félicitation madame Rioux Soucis pour votre article. Vous y présentez de solides arguments qui s'opposent à ce qu'on s'apprête à faire à notre environnement (avec notre argent). La voracité des mercenaires pro-pollueurs et les pouvoirs de leurs lobbys me laissent craindre que vos idées et les statistiques du Dr Droin ne passent loin derrière leurs intérêts $.

    Par exemple, ça fait longtemps qu'on parle des dommages que causent la proximité des autoroutes sur la santé des gens, chiffres à l'appui, et de quoi parle-t-on? De tout sauf de ça. Prenons le fameux dossier du tracé de l'autoroute 30 entre Candiac et Kahnawake. On se bat depuis des années, dans les médias, pour protéger quelques arpents de terre, pour l'avenir de quelques vaches laitières, et je vous mets au défi de trouver un seul article qui a fait valoir l'évidence que des centaines de familles vivent sur les abords de la route 132? Trouvez-moi un seul article qui a dénoncé le fait que des humains vont mourir prématurément suite au passage de l'autoroute 30 à cet endroit?

    Je me demande bien quel « leadership fort » pourrions-nous rêver qui puisse s'opposer aux projets de cette voracité autoroutière? Peut-être que d'autres lecteurs ont des idées... »

  • Monique Désy Proulx
    Abonnée
    samedi 16 février 2008 12h24
    Montréal, ville du Nouveau Tramway
    « Montréal doit devenir une ville du Nouveau Tramway! C'est le seul moyen d'envisager l'avenir avec enthousiasme et de développer le centre-ville, entre la montagne et le fleuve. On pourrait enfin revitaliser les quartiers qui souffrent depuis les années soixante du massacre provoqué par la passion des autoroutes. De plus, on soutiendrait nos industries, celle de l'électricité et du rail, plutôt que l'industrie de l'automobile, qui nous saigne à blanc. Le transport collectif sur rail est également le seul moyen de retrouver un jour l'accès au fleuve. On éviterait de polluer l'air et d'empoisonner les citoyens, et on s'épargnerait une énorme fracture de béton. On ne devrait installer aucune autoroute dans la ville densément peuplée qui va de la 13 à l'ouest à la 25 à l'est, de la 40 au nord à la 30 au sud, à part la Métropolitaine (enfouie) et la 15, directement reliée au pont Mercier (pour faire sortir les camions). À l'intérieur de cette zone, dans l'axe est-ouest, il y aurait le tramway, ou tram-train, à haute vitesse et en site propre, qui s'arrêterait à l'équivalent de quatre stations de métro. On pourrait alors partir de l'est de l'île, par exemple à Pointe-aux-Trembles, et s'arrêter ensuite à Montréal-Est, à l'Assomption, à Pie-IX, à Papineau, à Champ-de-Mars, à Vendôme, à Montréal-Ouest, à Lachine et... à Dorval! Ça donne une idée de l'efficacité à laquelle on atteindrait alors. Pas de bouchon, pas de pollution. Chacune de ces stations serait connectée au réseau du métro ou à de nouvelles lignes de... tramway. Le tram-train glisse au niveau du sol, on peut le prendre avec une poussette ou un fauteuil roulant, c'est silencieux et confortable, c'est tout vitré et ça permet de voir la vie urbaine se dérouler sous nos yeux, d'admirer les façades des immeubles, de voir les commerçants ouvrir ou fermer leurs boutiques et les enfants rentrer de l'école. Bref, de voir la vie qui bat! C'est ça, le bonheur de la ville... C'est ça, l'avenir de Montréal... »

  • Benoît Poulin
    Abonné
    mardi 19 février 2008 06h58
    Ingénierie sociale
    « «Pour réduire notre dépendance à l'automobile, Marie Demers suggère de s'inspirer de ce qu'on a fait avec le tabagisme. Graduellement, on a rétréci l'espace où les fumeurs avaient le droit de griller une cigarette. «Si on arrive à réduire physiquement l'espace accordé à l'automobile, on va changer les normes sociales», croit-elle,»: je déteste me faire manipuler, même si c'est pour les meilleures intentions. »

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