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Thérapies d'un troisième type: la réalité virtuelle peut soigner les vraies phobies

Stéphane Baillargeon   9 février 2008  Santé
Photo : Jacques Nadeau
La réalité virtuelle aide déjà à soigner de vraies de vraies phobies. La téléconsultation par vidéoconférence relie les patients et leur psy. Et ce n'est qu'un début. Bientôt, même les alcooliques, les pédophiles et les schizophrènes pourront bénéficier de ces étonnantes techniques thérapeutiques du troisième type.

Une rose est une rose est une rose, dit un vers célèbre. De même, pour un arachnophobe, une araignée demeure une araignée, qu'elle trottine au Costa Rica, s'ennuie dans un vivier ou joue la starlette au cinéma. Que l'affreuse bête velue apparaisse, même à l'écran, et c'est la crise de panique assurée.

Les images blessent, les images soignent. Les psychologues utilisent maintenant la réalité virtuelle pour traiter de tels problèmes et bien d'autres encore. Le patient peut lentement s'accoutumer à des images troublantes d'araignées, puis en affronter une vraie. Dans un autre cas de figure, la peur de prendre l'avion disparaîtra au bout de quelques séances simulant en laboratoire des expériences de vol aérien.

«La cyberpsychologie, c'est d'abord et avant tout un nouveau domaine de recherche», dit le professeur Jacques Lajoie, du département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal, spécialiste de ce domaine. «Elle concerne l'étude des comportements impliquant une interaction avec des technologies en émergence dans le domaine de l'information et de la communication. Par exemple: les usages du cellulaire et du texto chez les ados, des ressources Web favorisant la socialisation comme Facebook, les rencontres amoureuses via Internet, le cybermentorat pour que les jeunes aient accès à des experts ouverts à leurs questionnements de carrière. La liste pourrait être longue... »

L'efficacité des thérapies virtuelles

Stéphane Bouchard, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en cyberpsychologie clinique de l'Université du Québec en Outaouais (UQO), concentre ses activités scientifiques autour de deux champs d'application de la cyberpsychologie: la réalité virtuelle et la télépsychothérapie, c'est-à-dire la consultation à distance. Il codirige le Laboratoire de cyberpsychologie de l'UQO, fondé en 1999. Il vient tout juste de s'installer dans de nouveaux locaux à la fine pointe de ses besoins en haute technologie, dans le pavillon Alexandre-Taché (17 millions de dollars), inauguré fin janvier.

«Le Laboratoire de cyberpsychologie est assez unique au monde, dit fièrement le codirecteur. Il y a une cinquantaine de laboratoires de réalité virtuelle thérapeutique dans le monde. Le nôtre est maintenant un des mieux équipés et le seul du genre au Canada.»

Les premières publications importantes sur ce sujet datent de la seconde moitié des années 90. «Au début, on détournait souvent les jeux vidéo pour nos expériences. Là, on est rendus dans une autre vague. Pour traiter les troubles anxieux, je dis même guérir l'anxiété, la réalité virtuelle s'avère très utile. Elle permet au psychologue d'avoir un contrôle total de ce qu'il veut faire vivre au patient.»

M. Bouchard revient alors sur l'exemple de l'aérodromophobie. «En traitement traditionnel, le client doit acheter son billet d'avion et celui du thérapeute, se déplacer, etc. Ça coûte une fortune. En plus, la réalité virtuelle permet de contrôler les paramètres, reprendre les décollages et simuler des turbulences, par exemple.»

Le professeur Bouchard ne parle pas de monde réel mais bien de réalité objective et subjective. «À la limite, ce que vivent les patients est réel. C'est la beauté du virtuel: il permet de jouer sur cette zone d'un point de vue subjectif. Le sentiment de présence ou l'illusion d'être là l'emportent. Au fond, on reste dans le registre des émotions. Même une image d'araignée peu ressemblante peut faire peur dans ce registre.»

Tous les cinéastes et les cinéphiles comprennent cette puissance. Le taux d'efficacité des thérapies virtuelles ou in vivo s'avère comparable, avec un seuil dépassant les 80 % après quatre ou six séances d'une heure chacune, du moins pour les phobies spécifiques, la peur de parler en public, par exemple.

Les cliniques privées n'offrent pas encore ce genre de service de pointe. «Ça coûte de 20 000 $ à 30 000 $ pour s'équiper. En bureau privé, c'est cher. En plus, nous avons testé des problèmes simples en laboratoire, surtout des phobies. Les recherches commencent à se pencher sur les problèmes anxieux plus complexes et plus courants, par exemple l'anxiété sociale, l'obsession-compulsion, les troubles paniques. À ce chapitre, les patients plus nombreux vont justifier les investissements.»

Télédivan

Le Groupe de recherche et d'aide psychosociale du Sague-nay-Lac-Saint-Jean vient de lancer une recherche conjointe avec la chaire de recherche en cyberpsychologie pour tester l'efficacité de la cyberthérapie dans la lutte contre le tabagisme. Là aussi, l'application généralisée prendra encore un peu de temps. «D'ici quatre ou cinq ans, il y aura des cliniques privées utilisant le virtuel, prédit le professeur Bouchard. D'ici une dizaine d'années, on devrait pouvoir traiter les dépendances au jeu, à l'alcool, aux drogues. Mon collègue Patrice Renaud s'intéresse à la détection des préférences et des déviances sexuelles, notamment des pédophiles. En Angleterre, aux États-Unis et en Corée, des chercheurs se demandent si on peut amener des schizophrènes à questionner la réalité à travers la réalité virtuelle.»

Le «télédivan» frappe aussi à nos portes. Les chercheurs ont prouvé que les appareils de téléconférence (qui peuvent assurer une diffusion confidentielle, en haute résolution) permettent une thérapie à distance aussi efficace que dans un cabinet, par exemple pour le traitement du stress post-traumatique. «La relation thérapeutique s'avère excellente», dit Stéphane Bouchard qui, cette fois-ci, envisage la création d'un réseau national de télétravail. «Un psychologue s'ouvrira un bureau à Gaspé mais pourra traiter un client à Montréal. L'accès au service se simplifiera.»

Cette application pose un peu les mêmes problèmes d'ordre éthique que la cybermédecine. La semaine dernière, la compagnie Myca annonçait l'ouverture, d'ici quelques mois, d'un service de consultation médicale par Internet. «Il ne faudrait surtout pas que la télépsychothérapie ou la thérapie virtuelle deviennent la forme de traitement par défaut, comme la norme des institutions bancaires est devenue le guichet automatique, dit le professeur Bouchard. Les psychologues n'embarquent pas facilement dans les projets technologiques farfelus.»

N'empêche, notre monde bascule aussi par ce bout. Qui garantit qu'encore une fois, ceci ne tuera pas cela? «Oui, notre monde bascule vers le virtuel, l'immatériel, conclut Stéphane Bouchard. Notre rapport au réel se modifie. Seulement, en psychothérapie, la dimension humaine demeure au centre de nos préoccupations. Internet, la réalité virtuelle: ce ne sont finalement que des outils pour que des humains traitent des humains.»






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  • Jean-Paul Gilson
    Inscrit
    samedi 9 février 2008 16h26
    et puis quoi encore....
    « dis moi Stéphane, on pourrait tout aussi bien se passer de journalistes puisqu'il y a le web!
    Faut arrêter de diffuser ces conneries parce que les gens les croient puisque c'est écrit dans le journal.
    Le fait même que je te propose d'en parler de vive voix semble prouver que le web ne suffit pas.
    Mais comme j'ai maintes fois laissé des messages sans réponse, j'ai sans doute peu de chances de réussir à te convaincre en chair et en os.
    JP Gilson »

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