Où est la cohérence ?
Faut-il appeler cela de l'incohérence ou de l'hypocrisie? Dans son plus récent rapport, la Direction de la santé publique de Montréal (DSP) recommande l'adoption de mesures structurantes afin de réduire le nombre de voitures qui circulent chaque jour sur l'île de Montréal: transports en commun, voies réservées, nouvelle configuration aux intersections et, surtout, arrêt des grands projets d'autoroutes. Pendant ce temps, les autorités politiques vont de l'avant avec leur projet de réseau autoroutier pourtant conçu selon des plans et des priorités à la mode au siècle dernier.
Selon l'évaluation des chercheurs de la DSP, la vie à proximité d'une voie rapide accroît de beaucoup le risque de maladies cardiorespiratoires, de mortalité et de naissances prématurées, sans parler des accidents avec blessés, dont le nombre dépasse les 12 000 par année à Montréal.
Alors que la plupart des villes européennes et plusieurs villes nord-américaines ont entrepris de remplacer les voies rapides par des rues à circulation réduite, des navettes gratuites, des tramways et autres moyens efficaces et confortables, à Montréal on s'apprête à compléter un réseau d'autoroutes qui fera grimper le nombre potentiel de véhicules.
Depuis une semaine, la Ville de Montréal et le ministère des Transports ont commencé des consultations qui n'en sont pas vraiment en prévision de la transformation de la rue Notre-Dame en voie rapide. Lorsque les travaux seront terminés, un automobiliste habitant Lanaudière ou la Montérégie sur l'autre rive pourra rouler sans s'arrêter de chez lui jusqu'au centre-ville via le futur pont de l'autoroute 25 et le nouveau boulevard Notre-Dame. En théorie du moins, parce qu'à la moindre tempête, au moindre accident, le bouchon s'étendra lui aussi sans discontinuer des deux rives jusqu'au centre-ville, avec les conséquences qu'on devine sur la qualité de l'air, déjà inférieure aux normes un jour sur cinq au cours de l'année. Quant à savoir où il garera sa bagnole, la question reste ouverte puisque la Ville entend entre-temps réduire de beaucoup le nombre de places disponibles...
Il fut un temps où Montréal défendait l'idée d'un vrai boulevard urbain sur la rue Notre-Dame afin de réduire la vitesse et le débit de voitures aux abords du centre-ville. Mais comme c'est Québec qui paie, les feux de ce futur «boulevard» de huit voies resteront au vert six heures par jour pour accroître la fluidité, dit-on. Quant à la vitesse autorisée, elle sera limitée légalement à 60 km/h, mais il est plus réaliste de parler de 100 à 120 km/h comme sur les autres voies rapides de Montréal (boulevards Décarie et Métropolitain).
Alors que Montréal et le gouvernement du Québec se sont engagés à injecter 3,5 milliards de dollars d'ici dix ans pour rajeunir le métro et améliorer le transport collectif, voilà qu'on s'apprête à dépenser un milliard et demi uniquement sur le boulevard Notre-Dame et l'autoroute 25. Les fonctionnaires du ministère de la Santé peuvent toujours s'amuser à rédiger des programmes de prévention, on a d'autres priorités au ministère des Transports et au bureau du premier ministre.
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j-rsansfacon@ledevoir.com
Selon l'évaluation des chercheurs de la DSP, la vie à proximité d'une voie rapide accroît de beaucoup le risque de maladies cardiorespiratoires, de mortalité et de naissances prématurées, sans parler des accidents avec blessés, dont le nombre dépasse les 12 000 par année à Montréal.
Alors que la plupart des villes européennes et plusieurs villes nord-américaines ont entrepris de remplacer les voies rapides par des rues à circulation réduite, des navettes gratuites, des tramways et autres moyens efficaces et confortables, à Montréal on s'apprête à compléter un réseau d'autoroutes qui fera grimper le nombre potentiel de véhicules.
Depuis une semaine, la Ville de Montréal et le ministère des Transports ont commencé des consultations qui n'en sont pas vraiment en prévision de la transformation de la rue Notre-Dame en voie rapide. Lorsque les travaux seront terminés, un automobiliste habitant Lanaudière ou la Montérégie sur l'autre rive pourra rouler sans s'arrêter de chez lui jusqu'au centre-ville via le futur pont de l'autoroute 25 et le nouveau boulevard Notre-Dame. En théorie du moins, parce qu'à la moindre tempête, au moindre accident, le bouchon s'étendra lui aussi sans discontinuer des deux rives jusqu'au centre-ville, avec les conséquences qu'on devine sur la qualité de l'air, déjà inférieure aux normes un jour sur cinq au cours de l'année. Quant à savoir où il garera sa bagnole, la question reste ouverte puisque la Ville entend entre-temps réduire de beaucoup le nombre de places disponibles...
Il fut un temps où Montréal défendait l'idée d'un vrai boulevard urbain sur la rue Notre-Dame afin de réduire la vitesse et le débit de voitures aux abords du centre-ville. Mais comme c'est Québec qui paie, les feux de ce futur «boulevard» de huit voies resteront au vert six heures par jour pour accroître la fluidité, dit-on. Quant à la vitesse autorisée, elle sera limitée légalement à 60 km/h, mais il est plus réaliste de parler de 100 à 120 km/h comme sur les autres voies rapides de Montréal (boulevards Décarie et Métropolitain).
Alors que Montréal et le gouvernement du Québec se sont engagés à injecter 3,5 milliards de dollars d'ici dix ans pour rajeunir le métro et améliorer le transport collectif, voilà qu'on s'apprête à dépenser un milliard et demi uniquement sur le boulevard Notre-Dame et l'autoroute 25. Les fonctionnaires du ministère de la Santé peuvent toujours s'amuser à rédiger des programmes de prévention, on a d'autres priorités au ministère des Transports et au bureau du premier ministre.
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