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Trop, c'est trop

Louise-Maude Rioux Soucy   15 janvier 2008  Santé
Il est difficile de plaider contre la vertu, spécialement quand il s'agit de sauver des vies. Mais encore faut-il doser les interventions, notent les établissements de santé québécois qui croulent littéralement sous les enquêtes de qualité. Pour eux, le virage prescrit par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, a donné naissance à un embrouillamini qui, s'il n'est pas mieux balisé, mènera tout droit à son contraire, soit à «une perte de sens et d'efficacité».

Désormais, un établissement moyen peut recevoir jusqu'à une dizaine de visites de qualité par année, voire bien davantage. Ces examens donnent alors lieu à des recommandations que l'établissement doit mettre rapidement en branle. Or, la multiplication des organismes régulateurs a rendu leur tâche extrêmement complexe. En tout, une soixantaine d'organismes et de groupes externes ont maintenant voix au chapitre. Sans oublier la vingtaine d'instances internes qui ont désormais pour tâche de surveiller la qualité et la sécurité des organisations.

Au départ, le resserrement des normes annoncé par le ministre Couillard a été accueilli comme une bouffée d'air frais par les établissements confrontés à une recrudescence des maladies nosocomiales comme le C. difficile et le SARM ou encore à une médiatisation croissante des erreurs médicales évitables. Mais au fur et à mesure que ces maux sont apparus sur l'écran-radar ministériel, de nouvelles instances sont venues se greffer à celles qui existaient déjà, comme les conseils d'agrément, les ordres professionnels et les directions du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Aujourd'hui, cette multiplication galopante se traduit par des lendemains qui déchantent. «Le risque est grand de perdre le sens même des démarches engagées et de les banaliser, raconte Lise Denis, qui dirige l'Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS). Quand on multiplie les activités d'évaluation de la qualité et de la sécurité, on sollicite souvent les mêmes personnes qui doivent refaire des exercices similaires sinon contradictoires. Tout cela demande beaucoup d'énergie dans un contexte où la pénurie sévit encore durement.»

Par exemple, le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Beauce a reçu pas moins de 300 recommandations différentes en un peu plus d'un an. Puisque les enquêtes réalisées ont leurs propres échéanciers dictés par plusieurs interlocuteurs différents, leur suivi est devenu proprement épique pour le CSSS. «Tout ça a été fait avec une bonne intention, mais quand on met toutes les recommandations de front, ça paraît très difficile à suivre, et pas seulement en raison de leur très grand nombre», note Mme Denis. En effet, certaines recommandations se répètent tandis que d'autres se contredisent carrément. «Dans ces conditions, il est bien difficile de garder le fil.»

Cure minceur

Mise au fait de ces multiplications inutiles, l'AQESSS a organisé un rendez-vous axé sur la qualité qui a lieu aujourd'hui même à l'Hôtel Hilton Bonaventure de Montréal. Son but: trouver le fil conducteur qui permettra à ses membres de mieux apprivoiser la réforme qu'ils ont pourtant appelée de tous leurs voeux. «On cherche à développer des trucs pour aider les établissements à garder la tête hors de l'eau en donnant suite aux recommandations sans pour autant se perdre dans le fouillis qui s'installe avec la multiplication des visites», explique Jacques Couillard, responsable des dossiers qualité à l'AQESSS.

Ce colloque vise également à donner des munitions à l'association qui réclame une cure minceur parmi les organismes d'évaluation, spécialement chez les organismes nouvellement créés. «On aimerait que le ministère fasse des efforts de coordination pour que l'on ne s'embrouille pas et que l'on ne perde pas un temps précieux, que nous n'avons pas, d'ailleurs», précise Jacques Couillard. L'exercice paraît d'autant plus nécessaire que tous les établissements sont déjà assujettis à des processus d'agrément qui ratissent de plus en plus large. Aux yeux de l'AQESSS, il faut profiter de cet avantage et en faire la pierre angulaire de l'évaluation de la qualité et de la sécurité dans les établissements.

Tous les autres organismes d'évaluation devront être réévalués à la pièce. L'idée est simple, il s'agit de bonifier le programme sans dupliquer les interventions, résume Mme Denis. Ainsi, les processus qui ne figurent pas aux conseils d'agrément devront être intégrés tandis que ceux qui viennent les dupliquer devront être abandonnés, tranche l'AQESSS. Cette approche a été soumise au sous-ministre Roger Paquet en novembre dernier. Ce dernier a convenu que le grand nombre d'instances réglementaires complique la tâche des établissement. Selon l'AQESSS, un examen pourrait d'ailleurs être lancé sous peu par le MSSS.

Précisons que le rehaussement de la qualité et de la sécurité touche à la fois aux soins et aux services offerts dans les établissements de santé et des services sociaux. Cette question vient de pair avec la sécurité et l'humanité des soins dispensés «au bon moment, à la bonne personne», précise l'AQESSS.

Né de la fusion de l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) et de l'Association des hôpitaux du Québec et de l'Association des CLSC et des CHSLD du Québec, l'AQESSS est le porte-voix de quelques 140 établissements dont une centaine de CSSS, 16 centres hospitaliers à vocation universitaire et 14 hôpitaux, 10 CHSLD et 1 CLSC. À eux seuls, les membres de l'AQESSS gèrent plus de 85 % du budget global des établissements du réseau de la santé et des services sociaux du Québec.






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  • Jean-Pierre Lusignan
    Abonné
    mardi 15 janvier 2008 00h15
    Des exemples s.v.p. et d'autres avis!
    « D'abord, j'aimerais que les gestionnaires d'établissement nous donnent des exemples précis de croisement abusif.
    Ceci dit, ils devront eux aussi faire mieux et plus avec moins. Nous attendons qu'ils s'attèlent à la tâche.

    Les établissements font faire une bonne partie de leur ouvrage par les ordres professionnels, par exemple en informant le syndic d'un ordre professionnel donné de la conduite d'un professionnel. Ensuite, il ne leur restera plus qu'à appliquer la décision disciplinaire rendue par un comité de discipline, le tout aux frais des membres d'un ordre professionnel.

    Dans chaque établissement ou presque, il y a également Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP). Cet organisme est concrètement responsable de la qualité des soins médicaux et de l'évaluation des compétences des médecins, dentistes et pharmaciens. Ils se sont regroupés en un organisme provincial du même nom.

    Ce que je voudrais savoir, c'est que les ordres professionnels concernés et ce regroupement des C.M.D.P. pensent des initiatives ministérielles. Sont-ils du même avis que les gestionnaires d'établissements de santé?
    Plus généralement, le public doit être capable d'avoir des données fiables sur chacun des centres hospitaliers de façon à pouvoir les comparer en termes de gestion et de résultat. Ces données doivent également être accessibles aux médias.

    Une nouvelle culture de l'imputabilité extérieure à un établissement de santé est en train de se faire. Merci, Dr. Couillard. Souhaitons que nous puissions ainsi lever une "chape de plomb" néfaste à la qualité des soins de santé. »

  • Philippe Bielande
    Abonné
    mardi 15 janvier 2008 04h31
    Bravo pour la cure
    « Pourquoi toujours plus de la même chose, cela ne palie pas les carences au contraire ça les accentue parfois en les justifiant au nom du sacro saint contrôle »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    mardi 15 janvier 2008 08h30
    Trop, c'est trop : des exemples!
    « Bonjour Madame Rioux Soucy,

    J'ai été vice-président du comité exécutif d'un établissement de réadaptation du réseau de la santé et des services sociaux 1998 à 2007.

    Pendant cette période de 9 ans, j'ai assisté à trois réformes où la composition et la représentation au sein du conseil d'administration de l'établissement ont été modifiées à chaque occasion. D'une réforme à l'autre, le nombre de comités interne relevant du conseil d'administration a été multiplié alors que le nombre de représentants du public et d'usagers au sein du conseil d'administration de cet établissement de réadaptation a diminué, augmentant ainsi la charge bénévole de ces personnes extérieures à l'établissement. De sorte que pendant toutes ces années, comme plusieurs de mes collègues, j'ai siégé sur un nombre croissant de comités.

    À tire d'exemple, voici quelques-uns de ces comités : comité exécutif, comité des ressources humaines, comité de vérification, comité d'éthique, comité d'éthique du C.A., comité d'éthique clinique, comité de vigilance, comité interne de la recherche, comité d'agrément, comité des risques, comité de sélection et comité d'évaluation du directeur général, liste auquel s'ajoutent les fondations et les organismes statutaires réseau et les divers comités ad hoc. De sorte que, malgré leurs compétences reconnues dans plusieurs domaines professionnels et techniques, les membres extérieurs des conseils peinent à suivre le ministère dans toutes ces réformes où on leur demande à chaque fois d'être de plus en plus responsables, alors qu'ils sont moins nombreux pour assumer toutes ces charges bénévolement.

    Cela est devenu ridicule, on demande à des gens de l'extérieur de faire la tâche qui incombait auparavant à des gestionnaires dont on a aboli les postes à cause de coupures administratives. Ces personnes qui rendaient compte de leur gestion à leur directeur général, ont été remplacés par des bénévoles qui, malgré toute leur bonne volonté, n'ont pas nécessairement les compétences et connaissances requises pour surveiller la gestion et les services publics de plus en plus nombreux, à la fois diversifiés et spécialisés. Chose certaine, puisqu'on a diminué le nombre de représentants de l'externe et augmenter ceux de l'interne au sein des conseils d'administration, ils sont forcément moins nombreux à être indépendants pour le faire, ils ont donc de moins en moins de temps à accorder à chacune de ces tâches alors que la somme d'heures données par chacun d'entre eux a augmenté. Je suis obligé de l'avouer, nous sommes moins nombreux et moins compétents pour surveiller des tâches plus de plus en plus complexes. Cherchez l'erreur !

    Je trouve inouï que le gouvernement rende de plus en plus responsables des bénévoles alors que ces tâches devraient être accomplies par des cadres du réseau. Après 9 ans de bons et loyaux services, 3 réformes, 3 révisions réglementaires, 3 directeurs généraux, 2 longs et lourds processus d'agrément, et de nombreux chambardements des structures administratives, j'ai démissionné de mon poste d'officier et de nombreux comités pour redevenir simple administrateur, n'ayant plus l'énergie pour faire bénévolement l'ouvrage qui devrait normalement échoir à un ou des cadres et non aux membres du conseil d'administration de l'établissement. Les membres de conseil devraient siéger plus souvent en conseil d'administration et moins en comités hyperspécialisés, laissant les gestionnaires rendre compte de leur gestion à leur directeur général qui relève directement du conseil d'administration.

    Louis Lapointe
    Brossard »

  • Raymond Vaillancourt
    Abonné
    mardi 15 janvier 2008 08h30
    Le sens perdu !
    « S'il y a eu obligation de mettre tant d'organismes sur pied pour s'occuper de la qualité des soins dans les établissements de soin, c'est que ces établissements avaient, depuis longtemps, perdu le sens de leur mission. C'est quand même étonnant de constater qu'ils prétendent maintenant que ce sont ces organismes qui leur font perdre le sens !

    Raymond Vaillancourt
    www.prospectgestion.com »

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    mardi 15 janvier 2008 13h15
    Un «miserabilis causa» ferait consensus.
    « Alors qu'ils sont corridorisés et qu'un nombre infime des malades, mal-en-point et mal pris, ont accès aux soins que leur état requiert, on ne parlera plus de «visites aux malades». Non on parle déjà de «visites de qualité», de «visites d'urbanité» et de «visites aux domiciles» des bien nantis que l'on souhaite ne priver de rien.

    Alors que Philippe Couillard a scandaleusement privilégié et rehaussé de plus de 30% les émoluments des pauvres médecins spécialistes, appelés «la gang à Barrette» et qu'il a gonflé d'argent neuf, par centaines de millions, les portefeuilles de ses collèges généralistes oeuvrant dans un système public où les malins disciples d'Hippocrate sont systématiquement graissés de piastres et d'abris fiscaux, il va d'ores et déjà multiplier les paradeuses «visites de performance» dont feront grand état les médias et un certain quotidien de la Capitale où fut parachuté le Roi Soleil, tous obnubilés par les artifices de sa flamboyante stature libérale.

    Sans compter ce qu'empocheront les architectes et ingénieurs des Mégas Amonts de Béton Inhospitalier de Montréal et de Québec, ces gigantesques morgues de la recherche sans fil ni fin. Sans compter ce qu'empocheront les architectes et ingénieurs des Infrastructures routières que chérit tout particulièrement sa consoeur, la Dame au Trésor sans fond qui a précipitamment versé des milliards dans le règlement féministe, opportuniste, électoraliste et bâclé du plus épais des dossiers politiques, celui de l'équité salariale. Sans compter, sans compter, sans compter. À eux-deux, ils «justifient» une dilapidation sans précédent, des deniers publics, au Québec, en si peu de temps qu'au cours des 4 dernières années du calendrier libéral Charest.

    Par tous les moyens qu'emprunte LA DIVERSION qui s'acoquine avec l'inadvertance, tout en misant sur l'oubli et les failles de la mémoire électorale, DOMAINE dans lequel les libéraux de Jean Charest sont passés maîtres, l'actuel mandaté du MSSS doit mâter les critiques et drainer l'opinion publique, la dirigeant partout ailleurs qu'au centre du profond malaise dont il commandite, comme pas un et pour le plus grand dam d'une population vieillissante et otage, l'escalade et l'enlisement.

    Donc, COMPRESSIONS des subventions et récurrences, PRESSIONS sur tout le monde, sauf sur les occupants des loggias de la médecine et DÉPRESSIONS généralisées pour la majorité de ceux et de celles qui tiennent les colonnes du temple, dont principalement les infirmiers et les infirmières. Tout ce délabrement, sous le regard attentif, «médusé et amusé» des richards fonctionnaires de la médecine de guichet, à la fois la plus lucrative, mais aussi et surtout la plus alanguissante et la plus inefficiente de l'histoire du Québec. Machiavéliques pressions, au moyen d'évolutions de tâches sans freins, de rémunérations mesquines et quasi misogynes, exercées à fond la caisse et à l'encontre du dévoué et passionné personnel infirmier, majoritairement féminin, que l'on est à la veille de tirer des stalles des derniers retranchements de la francophonie tiers-mondiste.

    Le Ministre de la Santé Privée et Ménestrel des Maladies du Public, est muni de la plus volubile des glottes et sa jactance vertigineuse dépasse deux fois la vitesse du son. Dans un jargon qui lui est propre et qui appartient habituellement à ceux de sa confrérie qui jouissent d'être souvent les seuls à se comprendre, comme c'était le cas, à l'époque où les occultes ministres du culte échangeaient en latin, Philippe Couillard n'a réponse à rien ni à personne. Mais, il a supputations à tout et répliques trop souvent cinglantes et qui fustigent tout le monde. Le plus doué des emberlificoteurs et le plus habile des enjôleurs, Couillard est passé maître dans l'art de dorer toutes les pilules que les coûts gonflés, suivant les desiderata des pharmaciens, rendent inaccessibles, dans l'art d'anesthésier l'Opposition et surtout dans l'art théâtral du tribun, d'endormir tout le monde, aux gazes des verbiages et des bagous de sa grandiloquente parlure.

    Au statufié et monument du césarisme libéral québécois, les malades, les corridorisés de l'incompétence, les entassés et acculés aux murs du mépris gouvernemental systémique, les démunis, les aînés fragilisés, les pensionnaires des garderies de la maltraitance et des parkings de la souffrance, les nouveaux pauvres que sont devenus les retraités désindexés, les abandonnés et les flushés du tsarisme libéral qui sévit au Québec, depuis 2003, ainsi que les désabusés des promesses électorales, tous réunis, décernent volontiers, sans tambours ni trompettes, mais en choeur, un MISÉRABILIS CAUSA au chargé du Ministères des Conséquences du Québec, sachant trop bien qu'il s'en foutra éperdument, puisque hissé sur la nouvelle tribune qu'il s'est aménagée, à QUÉBEC 2008, il compte sur le nouveau PDG pour lui dénicher et remettre quelques HONORIS, pour assurer et prolonger sa place au SOLEIL.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec »

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