La médecine rêvée de François Legault
Dr Julie Lajeunesse, omnipraticienne en CLSC: au bureau, au téléphone et au volant
Au Québec, la carte-soleil régimente la vie de bien des médecins. Mais pas celle du Dr Julie Lajeunesse, omnipraticienne au CLSC des Faubourgs, dans le centre-sud de Montréal. Qu'elle soit au bureau, au téléphone ou au volant de sa voiture pour voler au chevet d'un malade, le Dr Lajeunesse a tout le temps de s'occuper de ses patients, où qu'ils se trouvent.
À lui seul, ce petit détail fait toute la différence. La plupart des médecins, soumis aux aléas de la castonguette, doivent rencontrer leur patient, au bureau de préférence, et à un rythme souvent effréné. Payée à salaire, le Dr Lajeunesse peut régler des problèmes mineurs au téléphone ou consacrer plusieurs heures à des cas complexes. Elle peut aussi prendre sous son aile quelques étudiants sans risquer une baisse de salaire et peut se permettre de rencontrer ses patients les plus mal en point à leur domicile. Un luxe auquel n'osent même pas penser la plupart des omnipraticiens qui travaillent en clinique privée.
«Je vais voir à domicile les patients qui ne peuvent pas sortir de chez eux parce qu'ils sont paralysés ou ont une maladie pulmonaire obstructive chronique. Ce ne serait pas logique de les faire venir au bureau», dit-elle.
En fait, le Dr Lajeunesse incarne le prototype du bon vieux médecin de famille, du Dr Welby de notre enfance, disponible à souhait, tant pour les petits que pour les grands malades. Un prototype que le ministre de la Santé, François Legault, voudrait bien cloner un peu partout sur le territoire québécois pour donner des services médicaux à la population, sept jours sur sept, 24 heures sur 24.
Si la plupart des omnipraticiens en clinique privée gagnaient autrefois de meilleurs salaires que leurs collègues oeuvrant en CLSC, cette réalité est en train de changer. Un médecin de CLSC gagne un salaire brut de 91 000 $ par année après six ans de pratique, sans autres frais à supporter.
En clinique privée, la rémunération à l'acte rapporte en moyenne 150 000 $ par année, somme à laquelle il faut soustraire 30 % de frais de bureau (loyer, secrétariat, etc.) ainsi que le coût des assurances professionnelles. Avec des loyers à la hausse, plusieurs cliniques ferment leurs portes et peinent à recruter de jeunes médecins, qui jugent plus avantageuses les conditions de pratique en CLSC ou en région.
«Mon bureau est payé par le CLSC, et le téléphone aussi, mais je n'ai pas de secrétaire personnelle. Tout compte fait, c'est peut-être plus rentable de travailler en CLSC qu'en clinique privée pour un médecin qui fait du vrai suivi de clientèle», affirme le Dr Lajeunesse.
Un métier en mutation
Mère de trois enfants, cette jeune omnipraticienne de 35 ans est à l'image même de ce que la profession médicale sera demain. Un métier essentiellement féminin, où les médecins mèneront de front une vie professionnelle et familiale bien remplie. Comme de plus en plus d'autres femmes médecins, le Dr Lajeunesse travaille quatre jours par semaine pour consacrer une journée à ses enfants.
Grosso modo, ce médecin de famille passe trois demi-journées à rencontrer ses patients et une demi-journée en clinique sans rendez-vous. Une autre demi-journée est consacrée aux soins à domicile, notamment aux patients qui reçoivent des soins de fin de vie à la maison. La balance va aux tâches administratives et à l'enseignement aux jeunes résidents en médecine familiale. «Je passe certainement plus de temps avec mes patients, mais j'en vois moins que si j'étais dans une clinique privée. Ça suppose aussi une organisation du travail différente, où les infirmières sont très présentes pour nous aider. Parfois, on se rend sur place. Mais certaines choses peuvent très bien se régler par téléphone, notamment le contrôle d'une médication», affirme ce jeune médecin, formé à l'Université de Sherbrooke.
Avec cinq médecins à ses côtés et un grand total de 15 au CLSC des Faubourgs, le Dr Lajeunesse est bien entouré. Très peu de CLSC peuvent se targuer d'avoir une équipe médicale aussi bien fournie. Pourquoi? «Pour travailler dans un CLSC, ça prend une somme d'engagements. On fait tous de la garde pour les soins à domicile, etc. Mais d'après moi, si on fait du véritable suivi de clientèle, ça se ressemble, qu'on soit en clinique ou en CLSC.»
Des irritants
Malgré cette flexibilité, tout n'est pas parfait dans la vie d'un médecin de CLSC. Le Dr Lajeunesse se heurte aux mêmes obstacles que ses collègues qui travaillent en clinique privée. Elle doit faire des pieds et des mains pour avoir accès à une consultation auprès d'un spécialiste de l'hôpital ou à des tests diagnostiques, essentiels pour amorcer un traitement.
«Il y a un problème majeur de circulation de l'information dans notre réseau de santé. Quand les patients sortent de l'hôpital, on ne sait pas pourquoi ils ont été hospitalisés ou ce qu'ils ont reçu comme médicaments, etc. Pour obtenir une radiographie dans un délai raisonnable, il faut envoyer nos patients à l'urgence. Ça n'a pas de sens. C'est totalement inefficace!», croit-elle.
Avec ses collègues du CLSC des Faubourgs, le Dr Lajeunesse fera partie d'un des rares groupes de médecine familiale que le gouvernement Landry prévoit créer dans la région de Montréal. Ce modèle révolutionnera-t-il les soins aux patients? «Pour nous, ça ne changera rien parce que c'est déjà ce que nous faisons. Ce qu'il faudra mieux développer, ce sont les liens avec les laboratoires et le suivi avec les médecins spécialistes», pense-t-elle.
Quant aux lois que vient d'adopter le ministre Legault pour s'assurer que les médecins de famille consacrent leur temps à des services prioritaires comme l'urgence, cette jeune omnipraticienne en remet en partie la pertinence en question et s'inquiète de leurs impacts sur le moral des troupes. «J'ai arrêté de faire de l'urgence à mon troisième enfant parce que l'hôpital Saint-Michel où je travaillais a été fermé par le gouvernement», dit-elle.
«Aujourd'hui, est-ce que mon travail est moins utile que celui de l'urgence? Je ne crois pas. Et si demain on me dit: "Tu vas là, il manque de médecins dans cette région", qu'est-ce que je fais avec mes trois enfants?, dit-elle. J'ai l'impression qu'au contraire, en suivant adéquatement les malades chroniques, nous évitons ici beaucoup de visites inutiles à l'urgence et que nous aidons le système.»
Fin
À lui seul, ce petit détail fait toute la différence. La plupart des médecins, soumis aux aléas de la castonguette, doivent rencontrer leur patient, au bureau de préférence, et à un rythme souvent effréné. Payée à salaire, le Dr Lajeunesse peut régler des problèmes mineurs au téléphone ou consacrer plusieurs heures à des cas complexes. Elle peut aussi prendre sous son aile quelques étudiants sans risquer une baisse de salaire et peut se permettre de rencontrer ses patients les plus mal en point à leur domicile. Un luxe auquel n'osent même pas penser la plupart des omnipraticiens qui travaillent en clinique privée.
«Je vais voir à domicile les patients qui ne peuvent pas sortir de chez eux parce qu'ils sont paralysés ou ont une maladie pulmonaire obstructive chronique. Ce ne serait pas logique de les faire venir au bureau», dit-elle.
En fait, le Dr Lajeunesse incarne le prototype du bon vieux médecin de famille, du Dr Welby de notre enfance, disponible à souhait, tant pour les petits que pour les grands malades. Un prototype que le ministre de la Santé, François Legault, voudrait bien cloner un peu partout sur le territoire québécois pour donner des services médicaux à la population, sept jours sur sept, 24 heures sur 24.
Si la plupart des omnipraticiens en clinique privée gagnaient autrefois de meilleurs salaires que leurs collègues oeuvrant en CLSC, cette réalité est en train de changer. Un médecin de CLSC gagne un salaire brut de 91 000 $ par année après six ans de pratique, sans autres frais à supporter.
En clinique privée, la rémunération à l'acte rapporte en moyenne 150 000 $ par année, somme à laquelle il faut soustraire 30 % de frais de bureau (loyer, secrétariat, etc.) ainsi que le coût des assurances professionnelles. Avec des loyers à la hausse, plusieurs cliniques ferment leurs portes et peinent à recruter de jeunes médecins, qui jugent plus avantageuses les conditions de pratique en CLSC ou en région.
«Mon bureau est payé par le CLSC, et le téléphone aussi, mais je n'ai pas de secrétaire personnelle. Tout compte fait, c'est peut-être plus rentable de travailler en CLSC qu'en clinique privée pour un médecin qui fait du vrai suivi de clientèle», affirme le Dr Lajeunesse.
Un métier en mutation
Mère de trois enfants, cette jeune omnipraticienne de 35 ans est à l'image même de ce que la profession médicale sera demain. Un métier essentiellement féminin, où les médecins mèneront de front une vie professionnelle et familiale bien remplie. Comme de plus en plus d'autres femmes médecins, le Dr Lajeunesse travaille quatre jours par semaine pour consacrer une journée à ses enfants.
Grosso modo, ce médecin de famille passe trois demi-journées à rencontrer ses patients et une demi-journée en clinique sans rendez-vous. Une autre demi-journée est consacrée aux soins à domicile, notamment aux patients qui reçoivent des soins de fin de vie à la maison. La balance va aux tâches administratives et à l'enseignement aux jeunes résidents en médecine familiale. «Je passe certainement plus de temps avec mes patients, mais j'en vois moins que si j'étais dans une clinique privée. Ça suppose aussi une organisation du travail différente, où les infirmières sont très présentes pour nous aider. Parfois, on se rend sur place. Mais certaines choses peuvent très bien se régler par téléphone, notamment le contrôle d'une médication», affirme ce jeune médecin, formé à l'Université de Sherbrooke.
Avec cinq médecins à ses côtés et un grand total de 15 au CLSC des Faubourgs, le Dr Lajeunesse est bien entouré. Très peu de CLSC peuvent se targuer d'avoir une équipe médicale aussi bien fournie. Pourquoi? «Pour travailler dans un CLSC, ça prend une somme d'engagements. On fait tous de la garde pour les soins à domicile, etc. Mais d'après moi, si on fait du véritable suivi de clientèle, ça se ressemble, qu'on soit en clinique ou en CLSC.»
Des irritants
Malgré cette flexibilité, tout n'est pas parfait dans la vie d'un médecin de CLSC. Le Dr Lajeunesse se heurte aux mêmes obstacles que ses collègues qui travaillent en clinique privée. Elle doit faire des pieds et des mains pour avoir accès à une consultation auprès d'un spécialiste de l'hôpital ou à des tests diagnostiques, essentiels pour amorcer un traitement.
«Il y a un problème majeur de circulation de l'information dans notre réseau de santé. Quand les patients sortent de l'hôpital, on ne sait pas pourquoi ils ont été hospitalisés ou ce qu'ils ont reçu comme médicaments, etc. Pour obtenir une radiographie dans un délai raisonnable, il faut envoyer nos patients à l'urgence. Ça n'a pas de sens. C'est totalement inefficace!», croit-elle.
Avec ses collègues du CLSC des Faubourgs, le Dr Lajeunesse fera partie d'un des rares groupes de médecine familiale que le gouvernement Landry prévoit créer dans la région de Montréal. Ce modèle révolutionnera-t-il les soins aux patients? «Pour nous, ça ne changera rien parce que c'est déjà ce que nous faisons. Ce qu'il faudra mieux développer, ce sont les liens avec les laboratoires et le suivi avec les médecins spécialistes», pense-t-elle.
Quant aux lois que vient d'adopter le ministre Legault pour s'assurer que les médecins de famille consacrent leur temps à des services prioritaires comme l'urgence, cette jeune omnipraticienne en remet en partie la pertinence en question et s'inquiète de leurs impacts sur le moral des troupes. «J'ai arrêté de faire de l'urgence à mon troisième enfant parce que l'hôpital Saint-Michel où je travaillais a été fermé par le gouvernement», dit-elle.
«Aujourd'hui, est-ce que mon travail est moins utile que celui de l'urgence? Je ne crois pas. Et si demain on me dit: "Tu vas là, il manque de médecins dans cette région", qu'est-ce que je fais avec mes trois enfants?, dit-elle. J'ai l'impression qu'au contraire, en suivant adéquatement les malades chroniques, nous évitons ici beaucoup de visites inutiles à l'urgence et que nous aidons le système.»
Fin
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