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Se refaire une beauté intérieure

Pauline Gravel   12 janvier 2008  Santé
Esther exerce une profession exigeante et stressante, de surcroît dans un milieu très compétitif. Depuis six mois, elle se réserve chaque jour deux pauses de 20 minutes, l'une le matin, l'autre en fin de journée, au cours desquelles elle s'assoit bien droite sur une chaise, fixe son attention sur la flamme d'une bougie et répète intérieurement une courte phrase de quatre syllabes qu'elle a choisie en raison de sa signification, qui l'inspire. De nature dépressive et anxieuse, Esther trébuchait sporadiquement dans le tourbillon infernal qu'est sa vie, au demeurant très semblable à celle de la plupart des Occidentaux. La pratique d'une technique de méditation qu'elle s'est inventée en s'inspirant de diverses traditions méditatives a grandement adouci son existence.

«La méditation a apaisé mon âme tourmentée, réduit mon taux d'anxiété et mes épisodes dépressifs. En plus d'accroître mon pouvoir de concentration, elle m'a remplie de compassion pour les autres et a tempéré mon agressivité», a confié Esther. «Le fait de se concentrer loin de la trame délirante de nos mauvaises perceptions, de nos pensées négatives, de notre rancoeur, de tout ce qu'impliquent les rapports humains, apaise notre esprit. Contrairement à la prière, souvent conditionnée par un voeu, la méditation vise simplement à vivre le moment présent. Il n'y a rien de religieux dans tout cela.»

Comme maints autres Occidentaux, de plus en plus nombreux à pratiquer la méditation, Esther a emprunté des éléments à diverses techniques traditionnelles de méditation plusieurs fois millénaires. Les techniques de méditation sont légion, mais elles se distinguent par l'importance accordée à certains éléments centraux comme la posture, la respiration, la relaxation, l'attention (focalisée ou ouverte), l'utilisation ou non d'un mantra ainsi que la fréquence et la durée des périodes de pratique, qui doivent être quotidiennes et durer au moins une vingtaine de minutes.

«La première étape consiste à stabiliser le corps et l'esprit. Pour ce faire, il faut s'asseoir dans une position stable et confortable, mais pas trop confortable non plus afin de ne pas s'assoupir», prévient Daryl Vansier, qui enseigne diverses techniques de méditation à l'Institut Ciel et Terre, qu'il a créé à Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal. La respiration, «le pont entre le corps et l'esprit», peut être passive ou contrôlée, comme dans plusieurs formes de yoga. «On peut tout simplement observer notre respiration ou l'approfondir en comptant les respirations intérieurement, comme dans la méditation bouddhiste zen», dit M. Vansier.

Le mantra qui distingue certaines formes de méditation, notamment la méditation transcendantale où l'attention du méditant est carrément dirigée vers le mantra, est «une arme contre la tendance du mental à errer», souligne M. Vansier. Il peut s'agir d'un simple son comme om, d'un mot ou d'une phrase plus élaborée pouvant par exemple évoquer la compassion, par exemple le «om mani padme oum» que psalmodie le dalaï-lama. Ce mantra est inlassablement répété à voix haute ou silencieusement. «Le cerveau a tendance à s'épivarder. Comme je suis sans cesse entraînée dans le feu roulant de mes pensées, qu'il est difficile d'arrêter, la répétition d'un mantra m'aide à raccompagner vers la sortie les pensées qui surgissent», précise Esther, qui trouve nécessaire le recours à un mantra dans son cas.

Les méditations dites de pleine conscience (mindfulness), parmi lesquelles on reconnaît la méditation Vipassana et la méditation bouddhiste zen, ne font appel à aucun mantra: la personne qui médite doit plutôt intéresser son esprit au moment présent. Selon Daryl Vansier, qui a pratiqué la méditation bouddhiste zen pendant dix ans alors qu'il s'était fait moine bouddhiste, «on ne sépare pas l'état de méditation de notre état habituel. Les yeux restent habituellement ouverts et sont orientés vers le bas sans toutefois se fixer sur quelque chose en particulier, dit-il. On peut néanmoins fermer les yeux afin d'être moins distrait par ce qu'on voit, ce qui permet de transférer notre attention sur ce qui se passe à l'intérieur de nous».

Dans la méditation Vipassana, le méditant observe avec détachement ses sensations internes et les idées qui surgissent dans sa tête sans toutefois être happé par elles. En utilisant une approche comparable, le moine bouddhiste Matthieu Ricard, fils du philosophe français Jean-François Revel, pratique quant à lui la méditation de la «présence ouverte». «Étymologiquement, "méditer" veut dire "cultiver une manière d'être"», souligne M. Ricard, qui vit au Tibet et est l'interprète français du dalaï-lama. «Dans la méditation de la présence ouverte, nous cultivons une habileté ou une qualité humaine qui est désirable pour l'accomplissement humain, comme la compassion, l'altruisme ou l'équilibre émotionnel.» Quand il médite, Matthieu Ricard s'applique donc à ressentir une compassion et une tendresse infinies pour tous les êtres vivants.

Or des observations effectuées par imagerie cérébrale ont montré que la méditation axée sur la compassion, que pratique et préconise Matthieu Ricard, activait les régions du cerveau qui contrôlent les émotions, génèrent des sentiments heureux, comme la joie et l'amour maternel, et interviennent dans la planification des mouvements. «Cette méditation induit une disponibilité, celle d'être prêt à aider. L'empathie que nous éprouvons n'est pas celle où vous ressentez la souffrance de l'autre mais celle où vous êtes prêt à tout pour aider, et ce, sans être perturbé émotionnellement», précise M. Ricard.

«Quand nous méditons, nous n'ignorons pas complètement les événements qui surviennent dans notre environnement mais nous rendons notre esprit extrêmement vaste, comme un ciel. » La présence ouverte se distingue donc significativement des méditations où l'attention est focalisée sur un objet, un mot, voire la respiration, et cette approche particulière diminue la vulnérabilité de l'individu aux perturbations de son environnement. Au point où les moines bouddhistes les plus expérimentés ne seraient absolument pas perturbés par une violente explosion qui se produirait à leurs côtés alors qu'une telle détonation déclencherait un réflexe inné de sursaut chez tout autre humain, relate M. Ricard.

La méditation peut aussi se pratiquer en mouvement comme dans le taï chi, le qi gong et le hatha yoga, rappelle Daryl Vansier. Le taï chi se compose de mouvements qui s'enchaînent lentement et continûment et qui favorisent non seulement la flexibilité mais aussi la relaxation, le bien-être et la concentration sur le moment présent. Le qi gong, proche parent du taï chi, met quant à lui l'accent sur l'alignement du corps et la régulation de la respiration. Quant au hatha yoga, il se compose de diverses postures qu'on adopte tout en cherchant «à générer plus d'harmonie en nous-mêmes», résume M. Vansier.

Parmi la variété de techniques offertes, chacun peut trouver son compte, voire s'aménager une technique sur mesure qui répondra à ses besoins particuliers et sa personnalité.






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  • Hélène Bourgeois
    Abonnée
    samedi 12 janvier 2008 22h57
    Régression dans le sein maternel...
    « Et régressons tous dans le sein maternel où nous étions logés, nourris, blanchis...

    La sérénité n'est pas la Paix. La compassion et l'empathie ne sont pas l'Amour (jusqu'à celui des ennemis) et les vibrations cosmiques ne sont pas Dieu mais elles sont des "eaux d'en bas" càd, des énergies naturelles... divinisées : je suis la plante, je suis le soleil, je suis l'arbre... et le mantra est généralement le nom d'une divinité pigé dans le grand panthéon hindou. Il s'agit ni plus ni moins de se prosterner devant une divinité (càd les éléments naturels divinisés) hindou, ce qui s'apparente à rien de moins qu'une idolâtrie pour un chrétien.

    Il est impossible de pratiquer ces méthodes de "relaxation" et méditations en les arrachant de leur arrière-fond religieux et philosophique. C'est une erreur de croire que ces exercices de se fondre dans le Grand Tout impersonnel sont anodins et recentrent sur soi pour une meilleure compassion universelle... elles ont plutôt l'effet de justement se "centrer sur son Soi" divinisé... et en même temps anéanti.

    Comme le disait un moine (chrétien) : il y a deux manières d'empoisonner votre belle-mère. La première, mettez toute une fiole d'arsenic dans sa soupe, ce sera rapide et efficace. La deuxième, mettez une goutte d'arsenic dans sa soupe tous les jours jusqu'à ce qu'elle en meurt et le résultat sera le même. C'est la même chose pour les pratiques de méditations (yoga, etc.) orientales mal intégrées (c'est le cas de le dire) par nous occidentaux qui essayons de les dissocier de leur arrière-fond religieux. Elles ouvrent des portes (que nous appelons chakras) que nous ne voudrions pas forcément ouvrir si nous savions à quelles entités nous avons à faire...

    Mais vivre c'est aimer et pour aimer, il faut être deux, un "je" et un "Tu". Supprimer le sujet du verbe aimer ("je") afin de se fondre dans un Grand Tout (car c'est bien l'idée de ces techniques : supprimer le "je" du verbe "souffrir", du verbe « penser », du verbe « agir », etc.). Ces expériences ne conduisent qu'à une expérience de soi et de solitude absolue voire d'anéantissement si ce n'est le désespoir. Pas de possibilité de relation d'amour contrairement à la prière qui ouvre à la Transcendance d'un Dieu Personnel pour une communion d'amour dont le résultat apporte Paix, Joie, Amour du prochain... et surtout d'oser la vie plutôt que d'anéantir le « je » personnel dans une régression sur soi, centré sur le nombril (position du bouddha, du lotus) alors que le Christ nous invite, les bras grand ouverts dans une étreinte universelle, à une sortie de soi vers l'Autre, à une « extase » contrairement à l'enstase du bouddha.

    Ce sont les grandes différences et l'incompatibilité entre la vision du monde occidentale (judéo-chrétienne) et la vision du monde des philosophies et traditions orientales naturalistes.

    Je vous invite à regarder ces deux vidéos :

    Témoignage d'un père abbé ayant vécu les différentes formes de méditations (bouddhistes, hindous, transcendantales, etc.), scientifique de formation, reconverti au christianisme :

    http://www.parresia.fr/L-experience-inter-dite.html

    Plus de 35 ans le sépare de ces expériences. Il a depuis étudié l'arrière-fond de ces techniques de méditation.

    La différence entre la prière et les états modifiés de conscience orientaux :

    http://www.parresia.fr/La-priere-et-les-etats-de.html

    Hélène Bourgeois
    www.ephata.actifforum.com »

  • André Beaudoin
    Inscrit
    lundi 14 janvier 2008 18h03
    Cessons d'avoir peur
    « Pourquoi semer l'épouvante? Chère madame Bourgeois, avez-vous déjà médité? Le contenu de votre message m'incline à penser que non. Car si vous aviez déjà pratiqué la méditation, vous auriez constaté que c'est tout à fait inoffensif. Et très bénéfique, comme de plus en plus d'études scientifiques sérieuses l'ont clairement démontré.
    En outre, ce n'est pas un acte religieux et il est faux d'affirmer que les mantras sont les noms des dieux hindous. Il y a une multitude de mantras qui ont des usages très variés.
    Il est vrai, par contre, que les religions se servent de la méditation, et pas seulement l'Hindouisme et le Bouddhisme, mais aussi le Christianisme: des grands mystiques comme Thérèse d'Avila et Jean de la Croix étaient de véritables athlètes de la méditation, qu'ils n'appelaient pas méditation mais contemplation.
    La méditation comme telle est un outil, sans plus, un instrument qui peut servir à autre chose qu'à entrer en communication avec Dieu. Affirmer qu'en méditant on active inévitablement l'arrière-plan religieux de l'Hindouisme, c'est méconnaître ce qu'est vraiment la méditation: un simple outil, je le répéte, neutre, inoffensif et très bénéfique pour la santé en général. Il n'y a pas de contre-indication ni d'effet secondaire. Il est même avéré que la méditation peut aider à prévenir le cancer ou contribuer avec la médication à en retarder la progression ou même à le faire régresser.
    En plus des nombreux usages bien documentés auxquels fait allusion Pauline Gravel dans son article, on peut aussi l'utiliser pour mieux se connaître soi-même. C'est une aide précieuse pour le «travail psychologique».
    Quant au «moi», il y aurait beaucoup de choses à dire à ce sujet, mais contentons-nous de suggérer que la méditation peut aider, en effet, à nous libérer de cette fiction douloureuse qui est la cause de tous nos maux et problèmes, car c'est le moi qui est responsable de nos soucis, colères, frustrations, désillusions, etc. Le moi est égoïste par définition et il ne peut donc connaître l'amour, et le bonheur lui est inaccessible. La disparition de ce moi tyrannique n'est pas une grande perte, croyez-moi, et la personne s'en trouve enrichie, agrandie, plus apte à comprendre les vraies valeurs de la vie. S'il est vrai que la méditation peut aider à dissoudre cette illusion funeste, cela exige des années d'efforts intenses dirigés dans ce sens précis, ce qui n'a rien à voir avec les 20 minutes de méditation quotidienne pour favoriser la détente et une meilleure concentration dans toutes nos activités. Donc, rien à craindre, la méditation quotidienne pour la santé et l'harmonie n'a aucune chance de dissoudre votre moi, ce cher moi que vous défendez si âprement, même si serait une bénédiction de le voir se volatiliser comme le mirage qu'il est en réalité. Un mirage auquel on consacre énormément d'énergie... pour rien, car on ne peut jamais satisfaire ses appétits!
    D'ailleurs, il n'est pas du tout nécessaire d'utiliser un mantra. On peut simplement se concentrer sur un objet ou sur la respiration ou sur les sensations... On peut également remplacer les mantras par des prières ou de brèves invocations répétées inlassablement, comme le suggère l'article. Bref, la méditation n'est pas incompatible avec une pratique chrétienne: au contraire, cela peut approfondir notre foi et notre pratique.
    La méditation est bienfaisante sur tous les plans. On serait bien bête de s'en passer.
    Alors, au lieu d'agiter le spectre des vieilles peurs, il aurait été préférable, mme Bourgeois, de reconnaître que vous ne savez pas ce qu'est la méditation et de présenter vos commentaires pour ce qu'ils sont: des opinions subjectives, donc des croyances, des clichés négatifs sur ce merveilleux outil dont on n'a pas fini de découvrir les bienfaits. »

  • Lucie St-Cyr
    Inscrite
    samedi 2 février 2008 11h36
    méditation
    « Bonjour, je suis agréablement surprise de savoir que des articles de Le Devoir sont à ma disposition sur internet même après plusieurs semaines de parution dans le journal. Mon acupunctrice m'a suggéré de lire quelques articles déjà parus, je le dirai à d'autres, merci. »

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