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Un phare dans le dédale médical

Louise-Maude Rioux Soucy   31 décembre 2007  Santé
Alors, quoi de neuf docteur? La boutade ne peut que faire sourire le commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, qui sait fort bien que sa révolution citoyenne est fin prête à éclore. Et il n'est pas peu fier de cette entité hybride où experts et simples citoyens débattront sur un pied d'égalité des questions les plus pointues. Du jamais vu dans le milieu de la santé. «Notre modèle québécois est unique, c'est la première fois dans le monde qu'on ose mélanger les experts et les citoyens dans une même instance délibérative.»

Nouvellement né, son organisme donnera naissance à une entité responsable de faire rapport au gouvernement de l'état du système de santé du Québec. Une tâche herculéenne qu'il assumera de concert avec un forum consultatif composé de 27 citoyens. «Le citoyen qui a suivi ses parents dans le réseau a une expérience très intime, plus "terrain" que ça, tu meurs. C'est un savoir qu'on néglige trop souvent.» La majorité proviendra des 18 régions du Québec tandis que neuf autres ont été choisis pour leur expertise pointue au terme d'un processus de sélection rigoureux. En somme, il s'agira d'en arriver à un savant équilibre entre le savoir, l'expérience et le senti sans que l'un ne l'emporte sur les autres.

Rencontré le mois dernier à son bureau montréalais, M. Salois ne cachait pas son impatience de voir sa nouvelle créature se préparer à passer enfin le test du réel. Après un an de travail dans l'ombre, il n'y a pas que lui qui commence à s'impatienter. Mais les mauvaises langues qui ont critiqué ce long délai seront confondues, se défend le commissaire. «On est parti d'une simple loi à laquelle il a fallu donner des ailes. Pour cela, nous avons dû développer des outils bien à nous, ce qui nécessite du temps et beaucoup, beaucoup de réflexions.»

Élevé à même les cendres du Conseil de la santé et du bien-être et du Conseil médical du Québec, son organisme a, du coup, vu son rôle être remarquablement étendu et ses responsabilités, démultipliées. «Nous avons maintenant le pouvoir de recueillir de l'information et de faire des recommandations», se félicite le commissaire. Mais ce n'est pas tout. L'organisme devra aussi analyser l'impact des politiques en place, un exercice de haute voltige qui va demander beaucoup de doigté et, surtout, une indépendance totale.

Un phare et un haut-parleur

Pour marquer ses distances, le bureau du commissaire s'est doté d'un logo bien à lui qu'il a voulu sans équivoque. «D'emblée, on a voulu se donner une image différente en orange et noir pour se détacher du bleu et blanc de l'appareil gouvernemental.» C'est ainsi qu'est né le phare stylisé qui lui servira désormais de signature. «Je dis souvent qu'on est à la fois un phare et un haut-parleur. On est là pour éclairer, mais on est aussi là pour diffuser des idées.»

Mais qui dit idées, dit forcément lobby et groupes de pression. Le commissaire est bien conscient qu'il devra outiller solidement son aréopage s'il veut le mettre à l'abri de la tentation et du commerce d'influences. «Nos gens seront appelés à débattre d'enjeux éthiques très délicats. Ça nous prend donc un forum solide et équilibré qui saura se maintenir au-dessus des conflits d'intérêts», insiste Robert Salois. Un code d'éthique serré a donc été prévu, et tous devront s'y conformer à la lettre sous peine d'être exclus du forum.

Le commissaire lui-même ne pourra pas s'immiscer dans leur réflexion, prévient Robert Salois. «Le commissaire est d'abord là pour écouter, ce qu'il pense n'a pas sa place dans la réflexion du forum.» Idem pour l'actualité, dont il devra se garder loin. «Le commissaire s'attaque aux politiques à moyen et à long termes. S'il commente l'actualité, c'est qu'il ne fait pas sa job. On attend de lui qu'il réfléchisse et produise des rapports qui, eux, vont créer l'actualité. On ne veut pas qu'il soit à la remorque des moindres soubresauts du réseau.»

Pas question donc de plonger dans la mêlée, même quand le très attendu rapport sur le financement de la santé sera publié, vraisemblablement en février, au moment même où le forum prendra son premier envol. «Le rapport du comité [présidé par Claude] Castonguay constituera une source d'informations comme les autres que nous absorberons, bien sûr, mais sans plus. Nous serons très prudents parce que nous voulons préserver notre indépendance. Si on commence à commenter tout ce qui se publie, on ne fera pas notre travail.»

Émulation

Ce qui ne veut pas dire que le forum fera de l'écrémage pour autant. Techniquement, toutes les idées, même les plus folles, seront les bienvenues. Mais elles devront passer par une longue réflexion qui pourra être initiée tant par les experts, les citoyens, que par le commissaire lui-même. «On veut que les idées circulent dans tous les sens et non pas dans un seul, de manière à ce que les idées se démultiplient.» Dans un milieu réputé pour fonctionner en silo, le changement risque d'en faire tiquer plusieurs. Mais le commissaire est prêt à défendre bec et ongles cette approche, «la seule qui puisse pousser aussi loin l'émulation».

Le bureau du commissaire va commencer par rassembler tout ce qui a déjà été publié sur un sujet donné. Trois ou quatre pistes de solution seront extraites de ces recherches. Ces dernières seront soumises à des gestionnaires du réseau afin d'en mesurer la faisabilité. Les pistes retenues seront soumise au forum qui va à son tour juger de leur degré d'«acceptabilité». Si une idée réussit à frayer son chemin à travers ces trois filtres, elle pourra alors être présentée devant l'assemblée nationale en commission parlementaire, auréolée d'une crédibilité indéfendable, croit M. Salois.

En tout et pour tout, le commissaire aura cinq ans pour faire le tour complet du jardin. Une course contre la montre qui s'annonce ardue, mais réaliste, croit M. Salois. L'examen de la performance du réseau se fera par tranches de vie, de l'enfance à la perte d'autonomie. Chaque tranche sera à son tour décortiquée à la lumière de quatre dimensions: production, efficacité, adaptation et valeurs véhiculées.

Au bout du compte, le commissaire pourra toujours trancher, mais il ne pourra jamais évacuer les conclusions de son forum citoyen, qui fera partie intégrante de ses rapports. Le premier de la série est attendu à la fin de 2008, mais des mandats spéciaux pourraient aussi venir tester la machine plus tôt, confie M. Salois. Le ministre de la Santé et des Services sociaux a en effet annoncé son intention de soumettre au commissaire la délicate question du dépistage du syndrome de Down chez les femmes enceintes. Un dossier à suivre.






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  • Marcel (Fafouin) Blais
    Inscrit
    lundi 31 décembre 2007 07h04
    Excellente et audacieuse... initiative... à saluer et remercier !
    « Salutations d'entraide honorables tout le Monde,

    Grands mercis pour ce mot fort inspirateur et évocateur d'évolution remarquable en matière d'humanisation et de "citoyennisation" de la santé et du bien-être qu'est le dévoilement d'une "entité hybride" (forum consultatif)autorisant l'expert et le "simple citoyen" ("qui a suivi ses parents", «plus «terrain» que ça, tu meurs") à se rencontrer et à échanger sur des thèmes communs. Vive l'égalité !

    Il s'agit là d'une excellente et audacieuse "initiative" du Bureau du Commissaire à la santé et au Bien-être.

    Excellente ? Oui, pour des motifs d'expertise-terrain et de démocratisation graduelle du système concerné ou à concerner du Bureau du Commissaire.

    Audacieuse ? Non, compte tenu de situation similaire antérieure à cette idée d'égalité.

    Pensons, ici, au Comité de la protection et de la représentation des personnes inaptes ou protégées, du Curateur public du Québec (2000)qui avait à sa présidence une personne provenant de l'Enfance de Duplessis-Léger; à l'élaboration-consultation de la politique-"clientèle" en "di-ted" (MSSS 2001), qui avait en son bord une ou deux représentations de la Fédération des Mouvements Personnes D'Abord du Québec (FMPDAQ)(1); au membership du conseil d'administration de l'OPHQ, qui a une représentation de la FMPDAQ... .

    Quant au dossier soumis par le ministre de la Santé et des Services sociaux ("dépistage du syndrome de Down chez les femmes enceintes"), et se rappelant de réactions antérieures (droits à la diversité /AIS-QuébecMétro), une consultation publique nationale demeure requise en raison de sa "complexité délicate" et, surtout, des personnes concernées et de leur entourage (famille, ressources: pratique, recherche).

    À suivre, comme il nous est signalé, Chalom !

    (1)Les membres de la FMPDAQ sont des "personnes d'abord" (qui relèvent du domaine du "retard mental"), et soutenues par des personnes-ressources, apprennent ou accèdent à une parole citoyenne, sociale. Chapeau ! car on n'y pense pas souvent! »

  • Pierre Samuel
    Abonné
    lundi 31 décembre 2007 09h14
    "La belle jambe" des gouvernants...
    « Comment espérer que les conclusions à venir de cette ixième commission d'une durée interminable de cinq ans ne soient pas qu'un prétexte à l'inaction prolongée et scandaleuse des gouvernements péquistes et libéraux dans le domaine de la santé face à des problèmes concrets et urgents? »

  • Roland Berger
    Abonné
    lundi 31 décembre 2007 09h55
    Encourageant !
    « Voilà qui est encourageant. Un comité indépendant qui réussira, il faut l'espérer, à traiter de la question des soins de santé dispensés aux citoyens à l'abri de groupes de pression dont l'intérêt premier est d'assurer leur survie et leur prédominance. Reste à voir comment se comportera le sacro-saint collège des médecins face à ce « phare dans le dédale médical ».
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Maurice Monette
    Abonné
    lundi 31 décembre 2007 16h16
    Les gens oublient ce qu'est une maladie...!
    « Je suis fort aise de constater tout l'intérêt et surtout, l'ARGENT que ces dignes soient-disants spécialistes se partageront pendant la "MI$E $ur pied$ de ce fameux modèle Québécois" mais, tant que NOUS ne réaliserons pas que l'État de Santé de chaque personne dépend d'abord et avant TOUT de la personne affligée, TOUT cela risque de n'être que du VENT.

    J'entend plein de gens me qualifier de défaitiste mais, connaissant l'être humain(e) et sa prédisposition à s'octroyer un STATUT affublé d'un po$te payant, pour ne "brasser que de l'air" pour se donner de l'importance, sans effectivement apporter rien de POSITIF à une situation déjà trop "engluée" dans des dédales ADMINISTRATIFS, le DOUTE non seulement persiste mais, s'incruste plus profondément.

    La première des ACTIONS POSITIVES que le gouvernement devrais avoir, c'est de faire comprendre que CHACUNE et CHACUN d'entre NOUS avons la RESPONSABILITÉ des ÉTATS PHYSIQUES et/ou PSYCHOLOGIQUES et/ou SPIRITUELS du corps charnel(le)/véhicule charnel(le) dans lequel notre âme ou esprit est confiné(e).

    Donc, de vouloir substituer un modèle quelconque pour recouvrer la SANTÉ, c'est en fait DÉRESPONSABILISER les MALPORTANTS(ES) quant aux "mauvaises DÉCISIONS de leur LIBRE-ARBITRE" qui ont INDUITS ces MALAISES. Je ne parle pas d'ACCIDENT ICI, quoique les conséquences qui découlent d'un revers de la vie active de quelqu'un(e), ÇA devrait être abordé dans un même optique de RESPONSABILITÉ de recouvrer la SANTÉ.

    Une MALADIE ou un ACCIDENT est une ÉTAPE dans la vie actuelle de l'indigeant(e) qui lui demande de modifier sa façon d'être et / ou d'agir en déployant un AMOUR FRATERNEL de ses PROCHES et moins proches. J'en entend plusieurs(es) qui croient que je parle sans expérience mais, sachez que je me suis sorti d'un ÉTAT d'HÉMIPLÉGIE subie après un grave accident d'automobile survenu le 16 décembre 1982, suivi de 18 jours de coma profond et environ six mois de réhabilitation au "Centre François Charron" alors, je sais de quoi je parle.

    Pour me sortir des handicaps que j'avais ( six ans après, j'étais encore évalué comme ayant 58 % de déficiences diverses), j'ai changée ma philosophie, j'ai accrue(s) ma spiritualité et mes connaissances extra-sensorielles que ma PHASE COMATEUSE m'a permis d'acquérir et j'ai mis en pratique ces NOUVEAUX ATOUTS.

    Donc, toutes les ÉPREUVES qui NOUS sont soumises, ont pour BUT ULTIME de NOUS faire GRANDIR en GRÂCES et en $age$$e. C'est à chaque personne de s'en EXTIRPER au meilleur de ses possibilités personnelles...! »

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