OGM: du riz illégal est toléré
«Sans Nom» mais avec organisme génétiquement modifié (OGM) illégal. Une analyse en laboratoire commandée par le groupe environnemental Greenpeace vient de révéler la présence d'un riz transgénique, dont la vente est interdite au Canada, dans un produit générique de la chaîne d'épiceries Provigo/Loblaws. Un dépistage «gênant», indiquent les gardiens de la «paix verte», mais que l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) tout comme le distributeur ont cherché hier à minimiser.
«Le riz en question ne présente pas de risque pour la santé, la salubrité des aliments ou l'environnement», a indiqué la porte-parole de Provigo, Josée Bédard. «Vous pouvez manger un bol de riz composé à 100 % de ce riz sans danger», a ajouté Marc Richard, de l'ACIA. En novembre dernier, Greenpeace a soumis 10 échantillons de riz achetés dans le commerce un peu partout au pays au laboratoire américain Genetic ID, de Fairfield en Iowa. Les grandes marques étaient toutes représentées. Objectif de l'analyse: déceler la présence possible du LLRICE 601, un riz expérimental génétiquement modifié que la compagnie Bayer CropScience a accidentellement laissé se répandre dans la chaîne alimentaire aux États-Unis en 2006. Ce riz n'est pas homologué dans ce pays ni au Canada d'ailleurs, ce qui interdit de facto sa présence dans les produits de consommation.
Or, les limiers embauchés par le groupe de pression en ont trouvé des traces, indique le rapport de recherche dont Le Devoir a obtenu copie, dans deux produits vendus sur le marché canadien, soit un riz blanc à long grain de marque «Sans nom» vendu dans les chaînes Provigo/Loblaws ainsi que dans un riz blanc de marque Western Familly, populaire dans les régions de l'ouest du Canada. Une dissémination dans l'environnement de ce transgène serait à l'origine de la contamination, précise Greenpeace.
«On pouvait s'en douter, a commenté hier Éric Darier, porte-parole du groupe écologiste en matière d'OGM. Nous avons ici la preuve du laxisme du gouvernement fédéral qui a tout fait pour ne pas déceler ce riz dans les produits importés des États-Unis. Et forcément, on le retrouve sur nos tablettes aujourd'hui.»
Les États-Unis sont en effet, avec près de 220 000 tonnes par an, le premier fournisseur de riz du Canada. Loin devant la Thaïlande et à des années-lumière de l'Inde et de l'Italie, les autres principaux exportateurs de riz au pays.
Ottawa ferme les yeux
Modifiées génétiquement pour tolérer un herbicide, les semences de LLRICE 601 ont été cultivées dans les États du sud des États-Unis, de manière expérimentale, entre 1998 et 2001. En 2006, Bayer CropScience a informé les autorités américaines et canadiennes de la contamination de plusieurs lots de riz par ces semences non homologuées. L'ACIA a toutefois indiqué à l'époque ne pas vouloir renforcer ses contrôles jugeant que cet OGM ne fait peser aucun risque pour la santé humaine et animale.
Plus d'un an plus tard, le ton n'a pas changé. «Selon l'évaluation faite par Santé Canada, ce riz n'a aucun effet sur la santé», a rappelé Marc Richard. «On parle donc ici de la présence de quantités infimes d'une substance jugée sécuritaire. Il n'y a donc pas grand-chose.»
Dans la foulée de l'aveu de Bayer CropScience, l'ACIA a toutefois diffusé à l'automne 2006 une série de recommandations techniques à l'attention de l'industrie pour qu'elle s'assure de l'absence de LLRICE 601 dans les produits mis en marché au Canada. Par ailleurs, de concert avec la Rice Federation des États-Unis, l'Agence a publié un «plan d'action» pour inciter les producteurs américains à ne pas cultiver en 2007 de riz Chenière, une variété porteuse pour le LLRICE 601, et de faire analyser l'ensemble de leurs semences pour s'assurer de l'absence de ce transgène.
Pis, tout en affirmant que la présence de cet OGM «n'a pas été détectée», l'agence a décidé en septembre dernier de lever ses exigences relatives à l'importation de cette souche de riz qui n'a toujours pas été homologuée au pays. Sa présence est donc encore et toujours illégale.
«C'est très préoccupant, a indiqué hier au Devoir Charles Tanguay, porte-parole de l'Union des consommateurs. On se sent encore une fois, face aux OGM, comme des cobayes. Sans un système efficace d'étiquetage obligatoire, tout est en place pour permettre à l'industrie de nous faire passer n'importe quoi.»
Fort de son analyse en laboratoire, commandée «en réaction à l'inefficacité du fédéral», Greenpeace a contacté l'ACIA dans les derniers jours afin de lui demander de revoir rapidement ses programmes de contrôle pour que les OGM non homologués ne se retrouvent plus dans les assiettes des consommateurs. L'organisme demande également à l'Agence de modifier ses critères de détection dont la générosité ne permet pas de détecter correctement la présence d'OGM dans les produits, estime le groupe de pression qui, par la même occasion, exige qu'à l'avenir l'ensemble des tests du fédéral en matière de transgènes soient rendus publics.
***
Rectificatif
Contrairement à ce que nous avons écrit dans notre édition , le riz génétiquement modifié LLRICE 601 de la compagnie Bayer CropScience a été homologué aux États-Unis en novembre 2006, et ce, afin de régulariser la présence de ce transgène expérimental qui s’est répandu de manière accidentelle dans la chaîne alimentaire. Toutefois, comme nous le mentionnions, les autorités sanitaires canadiennes n’ont pas approuvé ce riz issu de la biotechnologie. La présence de cette graminée dans des produits de consommation, dénoncée par Greenpeace cette semaine, demeure donc totalement illégale, mais tolérée par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).
«Le riz en question ne présente pas de risque pour la santé, la salubrité des aliments ou l'environnement», a indiqué la porte-parole de Provigo, Josée Bédard. «Vous pouvez manger un bol de riz composé à 100 % de ce riz sans danger», a ajouté Marc Richard, de l'ACIA. En novembre dernier, Greenpeace a soumis 10 échantillons de riz achetés dans le commerce un peu partout au pays au laboratoire américain Genetic ID, de Fairfield en Iowa. Les grandes marques étaient toutes représentées. Objectif de l'analyse: déceler la présence possible du LLRICE 601, un riz expérimental génétiquement modifié que la compagnie Bayer CropScience a accidentellement laissé se répandre dans la chaîne alimentaire aux États-Unis en 2006. Ce riz n'est pas homologué dans ce pays ni au Canada d'ailleurs, ce qui interdit de facto sa présence dans les produits de consommation.
Or, les limiers embauchés par le groupe de pression en ont trouvé des traces, indique le rapport de recherche dont Le Devoir a obtenu copie, dans deux produits vendus sur le marché canadien, soit un riz blanc à long grain de marque «Sans nom» vendu dans les chaînes Provigo/Loblaws ainsi que dans un riz blanc de marque Western Familly, populaire dans les régions de l'ouest du Canada. Une dissémination dans l'environnement de ce transgène serait à l'origine de la contamination, précise Greenpeace.
«On pouvait s'en douter, a commenté hier Éric Darier, porte-parole du groupe écologiste en matière d'OGM. Nous avons ici la preuve du laxisme du gouvernement fédéral qui a tout fait pour ne pas déceler ce riz dans les produits importés des États-Unis. Et forcément, on le retrouve sur nos tablettes aujourd'hui.»
Les États-Unis sont en effet, avec près de 220 000 tonnes par an, le premier fournisseur de riz du Canada. Loin devant la Thaïlande et à des années-lumière de l'Inde et de l'Italie, les autres principaux exportateurs de riz au pays.
Ottawa ferme les yeux
Modifiées génétiquement pour tolérer un herbicide, les semences de LLRICE 601 ont été cultivées dans les États du sud des États-Unis, de manière expérimentale, entre 1998 et 2001. En 2006, Bayer CropScience a informé les autorités américaines et canadiennes de la contamination de plusieurs lots de riz par ces semences non homologuées. L'ACIA a toutefois indiqué à l'époque ne pas vouloir renforcer ses contrôles jugeant que cet OGM ne fait peser aucun risque pour la santé humaine et animale.
Plus d'un an plus tard, le ton n'a pas changé. «Selon l'évaluation faite par Santé Canada, ce riz n'a aucun effet sur la santé», a rappelé Marc Richard. «On parle donc ici de la présence de quantités infimes d'une substance jugée sécuritaire. Il n'y a donc pas grand-chose.»
Dans la foulée de l'aveu de Bayer CropScience, l'ACIA a toutefois diffusé à l'automne 2006 une série de recommandations techniques à l'attention de l'industrie pour qu'elle s'assure de l'absence de LLRICE 601 dans les produits mis en marché au Canada. Par ailleurs, de concert avec la Rice Federation des États-Unis, l'Agence a publié un «plan d'action» pour inciter les producteurs américains à ne pas cultiver en 2007 de riz Chenière, une variété porteuse pour le LLRICE 601, et de faire analyser l'ensemble de leurs semences pour s'assurer de l'absence de ce transgène.
Pis, tout en affirmant que la présence de cet OGM «n'a pas été détectée», l'agence a décidé en septembre dernier de lever ses exigences relatives à l'importation de cette souche de riz qui n'a toujours pas été homologuée au pays. Sa présence est donc encore et toujours illégale.
«C'est très préoccupant, a indiqué hier au Devoir Charles Tanguay, porte-parole de l'Union des consommateurs. On se sent encore une fois, face aux OGM, comme des cobayes. Sans un système efficace d'étiquetage obligatoire, tout est en place pour permettre à l'industrie de nous faire passer n'importe quoi.»
Fort de son analyse en laboratoire, commandée «en réaction à l'inefficacité du fédéral», Greenpeace a contacté l'ACIA dans les derniers jours afin de lui demander de revoir rapidement ses programmes de contrôle pour que les OGM non homologués ne se retrouvent plus dans les assiettes des consommateurs. L'organisme demande également à l'Agence de modifier ses critères de détection dont la générosité ne permet pas de détecter correctement la présence d'OGM dans les produits, estime le groupe de pression qui, par la même occasion, exige qu'à l'avenir l'ensemble des tests du fédéral en matière de transgènes soient rendus publics.
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Rectificatif
Contrairement à ce que nous avons écrit dans notre édition , le riz génétiquement modifié LLRICE 601 de la compagnie Bayer CropScience a été homologué aux États-Unis en novembre 2006, et ce, afin de régulariser la présence de ce transgène expérimental qui s’est répandu de manière accidentelle dans la chaîne alimentaire. Toutefois, comme nous le mentionnions, les autorités sanitaires canadiennes n’ont pas approuvé ce riz issu de la biotechnologie. La présence de cette graminée dans des produits de consommation, dénoncée par Greenpeace cette semaine, demeure donc totalement illégale, mais tolérée par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).
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