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Redonner vie à la première ligne

Louise-Maude Rioux Soucy   8 décembre 2007  Santé
Photo : Agence France-Presse
Trouver la perle rare qui suivra sa grossesse de bout en bout n'est pas chose facile au Québec. Et pas seulement parce que les obstétriciens gynécologues sont en nombre insuffisant. La défection graduelle des médecins de famille, ceux-là mêmes qui ont pourtant accouché des générations d'enfants, accentue l'effet de la pénurie. Ajoutez à cela une implantation trop timide des services offerts par les sages-femmes et vous vous retrouvez avec une première ligne... aux abonnés absents.

Pour les obstétriciens, formés spécialement pour s'occuper des anomalies et des complications, ce glissement a eu l'effet d'un grand chambardement. Dans leurs cabinets, ces spécialistes en sont désormais quittes pour gérer la normalité en surplus, avec toutes les pressions que cela suppose. Une absurdité, croit la présidente de l'Association des obstétriciens gynécologues du Québec (AOGQ), la Dre Diane Francoeur. «Vous savez, ça ne prend pas nécessairement un gynécologue de niveau trois pour faire un suivi de grossesse.»

Son association réclame donc une réorganisation de la première ligne, et vite. Un médecin de famille, une sage-femme ou même une infirmière clinicienne peuvent en effet faire des suivis de grossesse. Ces professionnels sont spécifiquement formés pour prendre en charge la normalité. Ce faisant, ils ont le pouvoir de soulager les spécialistes d'un poids qu'ils peinent de plus en plus à assumer seuls. «Au bout de la ligne, ce sont les femmes qui vont gagner car elles auront toutes droit au même suivi, ce qui n'est pas le cas présentement», rappelle la Dre Francoeur.

Dans ses cartons, l'AOGQ conserve les plans d'une petite révolution structurelle qu'elle a présentée au ministère de la Santé. Au menu: une première ligne renforcée et un nouveau modèle d'organisation des cabinets librement inspiré des groupes de médecine familiale. «Donnez-moi trois infirmières demain à mon bureau et je vais pouvoir suivre trois fois plus de grossesses, raconte la Dre Francoeur qui partage son temps entre le CHU Sainte-Justine et son cabinet privé. Pendant qu'elles vont faire le suivi des grossesses normales, moi je vais suivre les grossesses anormales.»

Ces infirmières pourront aussi suppléer aux lacunes notées en matière de prévention et d'accompagnement, lacunes qui alimentent un stress inutile et croissant, croit la Dre Louise Charbonneau du CSSS Jeanne-Mance et coauteure de La Santé des femmes. «Il y a des façons d'aider les femmes à démêler un peu ce qui est de l'ordre de la normalité de ce qui est franchement pathologique et mérite une consultation et, éventuellement, un traitement médical.»

Pour cela, il faut toutefois du temps. «Avant, notre travail dans un CLSC était pratiquement consacré moitié-moitié à la prévention et aux soins. Maintenant, on a une liste de patients à voir et il est impensable de faire le genre de formation que nous faisions avant», raconte la Dre Charbonneau. Conséquence: le type de consultation a changé. «Les gens se précipitent dans les cliniques sans rendez-vous et les urgences parce qu'ils veulent savoir tout de suite ce qui cause leur inquiétude.»

Vivement la première ligne

Tous les intervenants dans ce dossier conviennent qu'un retour aux bases est impératif. Y compris le ministre de la Santé, Philippe Couillard, qui veut donner un nouvel éclairage à la première ligne grâce à sa politique de la périnatalité. Sur ce point, les sages-femmes sont appelées à prendre une place beaucoup plus importante. «On veut faire passer de 0,7 à 10 % le nombre de "suivis sage-femme" au Québec», raconte l'attachée de presse du ministre, Isabelle Merizzi.

À l'Ordre des sages-femmes du Québec (OSFQ), on se croise les doigts. Pour l'instant, le Québec ne compte que huit maisons de naissance et toutes roulent à plein régime pour un total d'environ 1500 accouchements par année. Un vif succès qui laisse bien des mamans intéressées en plan. «En fait, il y a plus de femmes inscrites sur des listes d'attente dans notre réseau que de femmes qui reçoivent des services», regrette la présidente de l'Ordre, Dominique Porret.

L'ouverture de nouvelles maisons de naissance, 21 selon les informations les plus récentes, permettra aux sages-femmes de réduire ces listes d'attente, voire de les éliminer. Ces nouvelles ressources contribueront à la remise en force de la première ligne, un incontournable en 2007. «Je crois que le fait de mener une politique de la peur et du risque n'est pas profitable, explique Mme Porret. Beaucoup de femmes pensent qu'il est préférable d'être suivies par un gynécologue, mais en réalité elles se trompent de niveau parce que ces gens-là sont habitués aux problèmes, c'est leur métier, et ils n'ont pas le temps pour le reste.»

Pour le reste justement, il faudra attendre janvier prochain. Le mini baby-boom que connaît le Québec a en effet forcé le gouvernement à réviser ses plans, admet Mme Merizzi. «On pensait déposer la politique d'ici la fin de l'année, mais ça pourrait basculer de l'autre côté de l'année, au début de 2008. On aura alors pu apporter un éclairage nouveau avec la situation que l'on connaît à Montréal et aussi, dans une moindre mesure, à Québec ou en Montérégie.»






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