Sortons des sentiers battus !
Jean-Bernard Trudeau - Médecin et président de l'Association médicale du Québec
20 novembre 2007
Santé
Au Québec, il est curieux de constater que le financement des hôpitaux, la principale source de dépenses de notre système de santé, n'a rien de réaliste. En effet, le budget d'un hôpital est encore très largement accordé sur une base historique: il est d'abord et avant tout fixé en fonction du budget de l'année précédente.
Un tel type de financement entraîne des effets pervers majeurs. Les patients sont considérés comme autant d'occasions de ponctionner un budget par définition limité. Le rationnement devient un mode de gestion.
Pourquoi ne pourrait-on pas instaurer des mécanismes de marché qui suscitent l'émulation entre les établissements publics? L'OCDE, dans un récent rapport (Vers des systèmes de santé, 2004), a constaté que ces mécanismes réduisent les coûts des services hospitaliers, même s'ils sont administrés principalement par l'État.
L'Association médicale du Québec (AMQ) préconise d'axer le financement public sur les patients. En d'autres termes, pour les cliniciens et les gestionnaires, les patients devraient être considérés comme une source de revenus et non comme une source de dépenses. L'hôpital est financé en fonction des services et soins réellement dispensés. L'argent suit le patient, en quelque sorte. Il est clair (et l'expérience européenne le montre) qu'une tel mécanisme de financement augmenterait la capacité de production du système.
Afin d'améliorer l'organisation du travail chez les professionnels de la santé, il faut absolument accélérer le développement et l'implantation des technologies permettant le partage de l'information clinique. Parce qu'elles favorisent la continuité, améliorent l'accessibilité et la qualité générale des soins tout en réduisant les risques d'erreurs et les duplications, ces technologies contribuent directement à l'optimisation du système de santé. Elles devraient être implantées systématiquement, non seulement dans le réseau d'établissements publics et les groupes de médecine familiale (GMF), mais aussi dans les cliniques indépendantes par lesquelles transite plus de 75 % de la première ligne au Québec.
Le gouvernement du Québec, par la loi 30, a réduit à quatre les unités d'accréditation dans les établissements du réseau de la santé et des services sociaux. Il faut maintenant aller plus loin.
Les problèmes structurels qui caractérisent l'actuelle organisation du travail dans la santé sont des freins à l'efficacité. Il y a des gains d'efficience énormes à réaliser en introduisant plus de souplesse dans l'organisation du travail. Ces changements nécessiteront beaucoup de courage politique, mais c'est l'avenue à privilégier pour obtenir des résultats concrets qui se répercutent sur les coûts et qui optimisent la prestation des soins.
Par ailleurs, il faudrait faciliter la sous-traitance dans les secteurs non médicaux des établissements publics. Les salariés qui oeuvrent dans les secteurs de l'alimentation, de l'entretien sanitaire, de l'entretien des bâtiments, de la buanderie (pour ne nommer que ceux-là) sont des employés de l'État.
Il faudrait faire en sorte que les administrations locales puissent explorer de nouvelles façons de gérer ce type de services. La contribution du secteur privé dans la gestion et dans les opérations quotidiennes de ces secteurs pourrait peut-être générer des économies substantielles, sans que soit touchée l'essence même des établissements.
Aujourd'hui, au Québec, 3 % de la population est responsable de 50 % des jours d'hospitalisation. Il faut investir davantage dans la promotion et la prévention, puisque la meilleure façon de limiter les coûts du système de santé est de s'en tenir éloigné. Or, plusieurs indicateurs actuels sont inquiétants. L'obésité et le diabète, pour n'en mentionner que deux, se répandent de plus en plus. Sur ce plan, les coûts de la prévention seront toujours de beaucoup inférieurs aux coûts de traitement.
Quelles que soient les solutions avancées, il est indispensable de se pencher avec lucidité et avec courage sur le financement du système et sur l'organisation médicale du travail. La cellule de réflexion, formée de quelque 25 médecins et universitaires, mise sur pied cette année par l'Association médicale du Québec, passe en revue depuis plusieurs mois les tendances cliniques, technologiques, démographiques, économiques, sociales, politiques et éthiques, en lien avec l'évolution des systèmes de santé.
Dépoussiérer les modes de gestion, moderniser la pratique médicale, faire plus de place au patient, investir massivement dans la prévention, toutes ces pistes doivent impérativement être explorées en profondeur si l'on veut aboutir à des améliorations tangibles et durables. Il est temps de faire preuve de créativité et ne pas avoir peur d'innover afin d'assurer l'avenir de notre système de santé pour les décennies à venir.
Un tel type de financement entraîne des effets pervers majeurs. Les patients sont considérés comme autant d'occasions de ponctionner un budget par définition limité. Le rationnement devient un mode de gestion.
Pourquoi ne pourrait-on pas instaurer des mécanismes de marché qui suscitent l'émulation entre les établissements publics? L'OCDE, dans un récent rapport (Vers des systèmes de santé, 2004), a constaté que ces mécanismes réduisent les coûts des services hospitaliers, même s'ils sont administrés principalement par l'État.
L'Association médicale du Québec (AMQ) préconise d'axer le financement public sur les patients. En d'autres termes, pour les cliniciens et les gestionnaires, les patients devraient être considérés comme une source de revenus et non comme une source de dépenses. L'hôpital est financé en fonction des services et soins réellement dispensés. L'argent suit le patient, en quelque sorte. Il est clair (et l'expérience européenne le montre) qu'une tel mécanisme de financement augmenterait la capacité de production du système.
Afin d'améliorer l'organisation du travail chez les professionnels de la santé, il faut absolument accélérer le développement et l'implantation des technologies permettant le partage de l'information clinique. Parce qu'elles favorisent la continuité, améliorent l'accessibilité et la qualité générale des soins tout en réduisant les risques d'erreurs et les duplications, ces technologies contribuent directement à l'optimisation du système de santé. Elles devraient être implantées systématiquement, non seulement dans le réseau d'établissements publics et les groupes de médecine familiale (GMF), mais aussi dans les cliniques indépendantes par lesquelles transite plus de 75 % de la première ligne au Québec.
Le gouvernement du Québec, par la loi 30, a réduit à quatre les unités d'accréditation dans les établissements du réseau de la santé et des services sociaux. Il faut maintenant aller plus loin.
Les problèmes structurels qui caractérisent l'actuelle organisation du travail dans la santé sont des freins à l'efficacité. Il y a des gains d'efficience énormes à réaliser en introduisant plus de souplesse dans l'organisation du travail. Ces changements nécessiteront beaucoup de courage politique, mais c'est l'avenue à privilégier pour obtenir des résultats concrets qui se répercutent sur les coûts et qui optimisent la prestation des soins.
Par ailleurs, il faudrait faciliter la sous-traitance dans les secteurs non médicaux des établissements publics. Les salariés qui oeuvrent dans les secteurs de l'alimentation, de l'entretien sanitaire, de l'entretien des bâtiments, de la buanderie (pour ne nommer que ceux-là) sont des employés de l'État.
Il faudrait faire en sorte que les administrations locales puissent explorer de nouvelles façons de gérer ce type de services. La contribution du secteur privé dans la gestion et dans les opérations quotidiennes de ces secteurs pourrait peut-être générer des économies substantielles, sans que soit touchée l'essence même des établissements.
Aujourd'hui, au Québec, 3 % de la population est responsable de 50 % des jours d'hospitalisation. Il faut investir davantage dans la promotion et la prévention, puisque la meilleure façon de limiter les coûts du système de santé est de s'en tenir éloigné. Or, plusieurs indicateurs actuels sont inquiétants. L'obésité et le diabète, pour n'en mentionner que deux, se répandent de plus en plus. Sur ce plan, les coûts de la prévention seront toujours de beaucoup inférieurs aux coûts de traitement.
Quelles que soient les solutions avancées, il est indispensable de se pencher avec lucidité et avec courage sur le financement du système et sur l'organisation médicale du travail. La cellule de réflexion, formée de quelque 25 médecins et universitaires, mise sur pied cette année par l'Association médicale du Québec, passe en revue depuis plusieurs mois les tendances cliniques, technologiques, démographiques, économiques, sociales, politiques et éthiques, en lien avec l'évolution des systèmes de santé.
Dépoussiérer les modes de gestion, moderniser la pratique médicale, faire plus de place au patient, investir massivement dans la prévention, toutes ces pistes doivent impérativement être explorées en profondeur si l'on veut aboutir à des améliorations tangibles et durables. Il est temps de faire preuve de créativité et ne pas avoir peur d'innover afin d'assurer l'avenir de notre système de santé pour les décennies à venir.
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