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Infirmières: Couillard maintient les primes

Louise-Maude Rioux Soucy   13 novembre 2007  Santé
L'impact des primes de 10 % et 7 % consenties cet été par Québec aux infirmières travaillant dans les services d'urgence et de soins intensifs à fort et moyen débit reste encore à mesurer. Mais, déjà, une différence notable a été notée sur le plan de la stabilité des équipes touchées. Au point que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, a décidé de maintenir ces primes jusqu'à nouvel ordre, a appris Le Devoir. Annoncées à la fin juin, ces primes dites estivales avaient déjà été reconduites une première fois jusqu'à octobre, mais le ministre Couillard a finalement décidé de les maintenir jusqu'à ce qu'une solution «plus structurante» soit trouvée pour assurer la rétention des effectifs. Pour cela, il compte sur l'expertise de la Table de concertation en soins infirmier

Techniquement, toutes les options sont encore sur la table, y compris l'idée de faire de ces primes temporaires des mesures permanentes au même titre que les primes de nuit, de soir ou de fin de semaine.

Mais cette option ne rallie pas toutes les parties, notamment les représentants syndicaux qui jugent cette béquille encore bien imparfaite. Pour plusieurs, la possibilité de créer un nouveau titre d'emploi qui tienne enfin compte des difficultés inhérentes à la pratique en soins critiques paraît beaucoup plus intéressante. Dans les deux cas toutefois, les infirmières ne devront pas être les seules à gagner au change et d'autres professionnelles devront aussi être prises en compte, déclarent les syndicats.

Chose certaine, le bilan de la présente expérience servira de point de départ à la négociation qui devrait débuter plus formellement lors de la prochaine rencontre de la Table de concertation, prévue à la fin du mois de novembre. «Cette discussion va nous permettre de dire si on maintient cette mesure ou si on la modifie. Pour l'instant, il est encore trop tôt pour le dire, alors on s'est dit que tant qu'à créer un vide, aussi bien en analyser les impacts le plus longtemps possible», explique l'attachée de presse du ministre de la Santé, Isabelle Merizzi.

Jusqu'à présent, rien n'indique que la prime ait pu avoir un impact positif sur l'attraction et la rétention des infirmières dans ces secteurs critiques, convient le ministère. «On note que l'impact est plus qualitatif que quantitatif, dans la mesure où les gens qui en bénéficient se sentent effectivement valorisés. Chose certaine, on a senti que ça a fait une différence sur le plan de la stabilité des équipes», précise Mme Merizzi.

Pénurie

Il faut dire que ces primes ont été annoncées très tardivement, à la fin du mois du juin, alors que les vacances étaient déjà planifiées. Pour la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), ce seul point suffit à justifier un report. «Sur le coup, les gens n'ont pas annulé leurs réservations, et c'est bien normal. Il nous faudra donc un peu plus de temps pour évaluer l'impact réel des primes, d'autant que la pénurie est toujours aussi vive, vacances ou pas», explique le porte-parole à la négociation, Richard Dufort.

Ce sentiment est partagé par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), qui ajoute qu'il faudra corriger certains aspects discriminatoires pour les petits établissements, explique sa présidente, Lina Bonamie. «Prenons une urgence comme celle de Maisonneuve-Rosemont où il y doit y avoir au moins 20 infirmières en présence. Disons qu'il en manque deux: on doit se débrouiller à 18. C'est dur, c'est vrai, mais si on compare cette situation à celle des infirmières de la Gaspésie, on voit tout de suite que c'est injuste. Là-bas, elles sont quatre dans la salle d'urgence, alors quand il en manque une ou deux, c'est le quart ou la moitié des effectifs qui manquent et, pourtant, elles n'ont pas droit à la prime.»

Le ministre Couillard ne cache pas qu'il est sensible à cet argumentaire. Tout le monde travaille fort dans le réseau de la santé, convient son attachée de presse. «Maintenant, c'est sur la spécificité des actes que l'on a voulu reconnaître une charge différente sur les unités d'urgence et des soins intensifs, compte tenu du stress, de la vitesse d'exécution de certains actes et de la spécificité de la pression.»

La prolongation des primes intervient alors que l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) publiait hier un mémoire sur la pénurie de main-d'oeuvre. Son mot d'ordre: «le statu quo n'est plus possible». Il faut dire que les dernières données publiées par le ministère de la Santé et des Services sociaux indiquent que le nombre d'infirmières restera sensiblement le même dans les prochaines années, soit près de 70 000. Présentement, le Québec accuse un déficit de 2000 infirmières. À moins d'un sérieux coup de barre, la pénurie sera donc de 7300 infirmières dans cinq ans et de 23 000 dans 15 ans.

Ces chiffres n'effraient pas le ministre Couillard. Hier, il a en effet estimé qu'il était possible de contourner cet obstacle en mettant en place plusieurs réaménagements structuraux. «Je suis convaincu que l'on est capable de le faire, avec une organisation de travail plus adaptée aux besoins des gens», a-t-il mentionné, ajoutant qu'il était possible de répondre aux besoins à venir par une transformation de la profession, une réorganisation du travail des différents professionnels et l'ajout d'autre personnel médical, notamment des infirmières auxiliaires et des préposés aux bénéficiaires.

Pour ce faire, la présidente de l'Ordre, Gyslaine Desrosiers, précise toutefois qu'il faudra «changer les règles du jeu» pour tenir compte des compétences des infirmières et des domaines cliniques dans lesquels elles travaillent. Tout cela commence par une planification des effectifs dans cinq secteurs jugés prioritaires: les soins critiques, les soins dans la communauté, la santé mentale, les soins périopératoires et la prévention et le contrôle des infections. L'environnement de travail devra aussi être «significativement amélioré» de manière à favoriser la rétention des effectifs.

Enfin, l'Ordre réclame la réalisation des réformes du système professionnel de la formation infirmière (DEC-BAC intégré) qui visent une meilleure utilisation des infirmières sur le territoire québécois. «Notre proposition est simple, il s'agit de mieux arrimer les structures d'emploi avec la formation qui est donnée», explique Mme Desrosiers. Notons que le mémoire de l'Ordre a reçu hier l'appui unanime de son assemblée générale.

Avec La Presse canadienne






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  • Pierre Germain
    Inscrit
    mardi 13 novembre 2007 12h51
    Une insulte au personnel infirmier
    « Alors que le Québec fait face à une pénurie de personnel infirmier, le Gouvernement du Québec, par le biais de son ministre de la Santé et des Services sociaux, M. Philippe Couillard, ajoute l'insulte à l'injure en proposant seulement qu'à certains de ses membres une prime qui ne porte même pas le salaire de ces derniers à même hauteur que celui d'autres employés ayant une formation comparable : les policiers provinciaux de la Sûreté du Québec.

    En effet, dans les deux cas, les études requises sont un diplôme d'études collégiales (D.E.C.), soit une technique collégiale de trois ans dans les deux cas. Cependant, alors qu'un infirmier voit son salaire progresser de 38 900 $ à 57 900 $ sur une période de 12 ans, celui des policiers provinciaux passe de 36 300 $ à 64 600 $ en seulement 7 ans. De plus les policiers provinciaux peuvent devenir « agent 2 », avec un salaire maximum de 70 600 $, ou agent 3, avec un salaire maximum de 72 200 $. Sans compter tous les autres grades accessibles - tels celui de sergent, de lieutenant ou de capitaine -, lesquels s'accompagnent d'un salaire encore plus élevé.

    Pour poursuivre la comparaison, notons que l'uniforme est fourni à la Sûreté du Québec, alors que pour les infirmiers, c'est à leurs frais, bien évidemment. Pour les policiers provinciaux, la retraite est accessible, sans pénalité, après 25 ans de service. Dans le cas des infirmiers, il s'agit plutôt de 35 ans de service.

    Qu'est-ce qui justifie un tel écart de traitement entre deux groupes de travailleurs ayant une formation et des responsabilités comparables? Il serait temps que M. Couillard admette publiquement ce qu'il sait déjà : le personnel infirmier québécois est sous-payé, et ce n'est pas une prime à certains qui va corriger cette situation honteuse. Cet état de fait est d'autant plus navrant que le Gouvernement du Québec se targue de promouvoir l'équité salariale.

    Références

    http://www.tresor.gouv.qc.ca/fr/publications/ress_humaine/condition/echelle/sss_inf.pdf

    http://www.suretequebec.gouv.qc.ca/accueil/recrutement/conditions.html »

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