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«On fait impunément perdurer des jeunes sur la liste de rappel»

Réginald Harvey   10 novembre 2007  Santé
Non seulement une pénurie d'infirmières subsiste dans le réseau de la santé, bien que leur nombre ait augmenté sur le marché du travail au cours des dernières années, mais les effectifs paraissent mal répartis d'un endroit et d'un secteur d'activités à l'autre. Tout comme en 1980, ces professionnelles ont maintenant tendance à se tourner davantage du côté des agences privées pour obtenir de l'emploi et des conditions de travail plus avantageuses.

Dans un communiqué émis le 22 octobre dernier, l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) signalait une croissance du nombre d'infirmières pour 2007: ce regroupement professionnel a connu une augmentation du nombre de ses membres de 1011 personnes. Il y a actuellement un nombre total de 69 765 infirmières qui sont inscrites au tableau de l'OIIQ. Il ressort des données de l'Ordre que Montréal perd des infirmières au profit des régions. Il appert aussi que le secteur privé enregistre des gains notoires en termes d'effectifs: 6000 de celles-ci appartiennent présentement au privé, soit 9 % de l'ensemble des membres de l'Ordre.

Lina Bonamie, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), examine sous cet angle la mobilité de la main-d'oeuvre en région et dans les différents services: «Bien sûr, les grands centres universitaires attirent une certaine cohorte d'infirmières et les hôpitaux régionaux en drainent une autre différente. Cela dit, quand les gens sont bien à leur place dans la profession, ils y demeurent; en général, ils restent fidèles à moins qu'il y ait vraiment des contraintes nouvelles qui viennent s'ajouter dans leur travail.» Elle fournit un exemple à petite échelle: «Il n'y a pas si longtemps de cela, les infirmières de salle d'urgence partaient de là pour aller soit au bloc opératoire, soit en salle de réveil, parce qu'elles retrouvent un genre d'affinités entre ces départements, entre ces centres d'activités là. Il y a aussi les gens qui ont tendance à se diriger vers une surspécialité, comme la greffe de la moelle osseuse. Ils demeureront très longtemps à cet endroit si, dès le début, ils aiment cela.»

L'usine santé

Elle envisage une meilleure répartition des forces en présence dans un contexte différent de celui qui prévaut: «On pourrait le faire si on améliorait les conditions de travail et les offres d'emploi. On n'offre plus du temps complet aux jeunes qui quittent le cégep ou l'université; ça fait des années qu'il en est ainsi. On tente de les attirer avec deux journées de travail assurées par semaine en leur disant: Il est fort probable que tu vas recevoir un coup de fil pour te rappeler au travail et que tu vas finalement obtenir un temps complet. Ça demeure sur appel, alors que dans tous les autres domaines, on propose des boulots à cinq jours par semaine. Il y a pénurie de personnel et les employeurs en santé n'offrent pas de temps complet: le paradoxe est là, au moment où on n'atteint même pas le 50 % de temps complet dans notre structure d'emploi.»

Selon elle, il est faux de croire que les postes à plein temps ne sont plus convoités: «Les jeunes qui vont en informatique ou en communication, pourquoi est-ce qu'ils acceptent le temps complet et pourquoi ils le refuseraient en santé? Il y a là quelque chose qui ne tient pas la route. On fait impunément perdurer des jeunes sur la liste de rappel, et la raison en est qu'ils veulent gérer le réseau de la santé comme si c'était une entreprise de chaîne de montage: aujourd'hui, j'ai besoin de quatre personnes et j'en fais rentrer quatre et, demain, je n'en aurai besoin que de trois et j'en ferai entrer le même nombre. Mais quand, sur la chaîne de montage, il est question d'un être humain, on ne peut pas gérer cela de cette façon, même si les employeurs ont tendance à le faire.»

Salaires et liberté de mouvement

Quelque 350 infirmières se sont tournées vers le privé en 2007, ce qui montre que ce secteur bénéficie actuellement d'un bon pouvoir d'attraction. Lina Bonamie explique pourquoi: «Dans un premier temps, si on regarde tout juste le salaire, c'est plus intéressant au privé; les infirmières sont payées plus cher dans les agences. Par contre, aussitôt qu'on jette un coup d'oeil sur les avantages sociaux, elles n'en ont à peu près pas: elles ne sont pas remboursées pour les congés fériés, sauf pour la Saint-Jean qui tombe sous le coup d'une loi, et elles n'ont pas de fonds de retraite. Si on examine le portrait d'ensemble, au bout du compte, elles sont moins bien payées, mais, pour ce qui est du salaire, de l'argent qu'on reçoit au bout de la semaine, c'est mieux payé dans les agences.»

Et il n'y a pas que le salaire qui entre en ligne de compte: «En deuxième lieu, elles restent dans le réseau durant les journées de leur choix, elles choisissent l'établissement où elles veulent aller et elles ne sont pas soumises aux heures supplémentaires. Pour elles, c'est idéal: elles travaillent de jour et, parfois, en soirée, tout en sachant qu'elles ne feront qu'un sept heures et quart de travail. L'employeur ne peut pas dire à madame X de l'agence Y: "Je vous somme de demeurer en poste jusqu'à minuit bien que vous soyez rentrée au travail à huit heures ce matin." Il ne peut pas faire cela car elle n'est pas une employée de l'hôpital mais de l'agence. Être maître de son horaire et les salaires, voilà ce qui les attire vers les agences privées.»

Parcours incertain

Il y a maintenant trois types d'infirmières dans le réseau de la santé: celles qui possèdent une formation collégiale, celles qui détiennent un bac universitaire et qui sont qualifiées de cliniciennes et celles qui, après une formation supplémentaire d'une durée de deux ans à l'université dans des concentrations bien particulières au niveau de la maîtrise, sont considérées comme des praticiennes; ces dernières sont maintenant habilitées à devenir des «superinfirmières» de première ligne et dans trois spécialités, soit la cardiologie, la néphrologie et la néonatalogie.

Pour l'heure, les praticiennes tardent à occuper la place qui devrait leur revenir dans les soins de santé selon les prévisions. Les candidates se révèlent difficiles à recruter. Pourquoi? La présidente apporte cette réponse: «Prenons un exemple. J'ai terminé mon baccalauréat, je suis dans le réseau et j'ai déjà une expérience en néphrologie, la spécialité des reins; il serait intéressant pour moi, d'une part, de devenir praticienne. D'autre part, ça veut dire que je vais passer deux ans sans recevoir de salaire parce que je dois poursuivre des études à temps complet; je dois donc travailler le soir pour joindre les deux bouts, même si j'ai reçu une bourse qui ne peut compenser pour le salaire que je recevais.»

Le scénario se présente comme suit: «Je dois consentir à une importante diminution d'argent sans savoir si, par la suite, un hôpital va me fournir du travail, car, pour l'instant il n'y a pas de plan d'effectifs pour ces superinfirmières. Il est certain que les gens ont une hésitation de ce côté-là.»

***

Collaborateur du Devoir






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Vos réactions

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  • Michel Vézina
    Inscrit
    samedi 10 novembre 2007 16h05
    Cessez de faire parler les syndicats
    « Et si les journalistes cessaient de donner la parole et syndicats, mais plutôt aux infirmières qui en ont assez de cette grosse mafia institutionnalisée qui rebute de plus en plus la relève et qui est impossible à réformer? DONNER LA PAROLE AUX INFIRMIÈRES ET NON À CEUX QUI DISENT QU'ILS LES REPRÉSENTENT MAIS QUI EN RÉALITÉ DÉFENDENT UN DOGME! »

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