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Symposium québécois de recherche sur la famille - Turbulences et petite enfance

Un diagnostic précoce éviterait bien des maux aux enfants

Louise-Maude Rioux Soucy   3 novembre 2007  Santé
Photo : Jacques Nadeau
Pour beaucoup d'enfants, la rentrée scolaire est synonyme de nouveaux maux: anxiété, hyperactivité, inattention et bien d'autres encore. Pourtant, ce qui apparaît comme une nouveauté était là bien avant que bébé ne dise ses premiers mots ou ne fasse ses premiers pas. Un risque tangible, mesurable, qui peut même être prévenu, selon une étude québécoise.

Tous les bébés ne naissent pas égaux. À cinq mois à peine, il serait déjà possible de départager les petits qui risquent de présenter des difficultés d'apprentissage ou des problèmes de comportement et les autres enfants. Le hic, c'est que cette vulnérabilité n'est souvent détectée qu'à leur entrée à la maternelle, déplore la chercheuse Christa Japel. Cette dernière a profité du Symposium québécois de recherche sur la famille, qui s'est terminé hier, à Trois-Rivières, pour inviter les autorités concernées à réagir plus tôt, soit dès le berceau.

Plusieurs facteurs peuvent alimenter la vulnérabilité d'un enfant. La pauvreté en est un, tout comme la monoparentalité ou le degré d'éducation des parents. Pris isolément, ces facteurs fragilisants ne suffisent toutefois pas à prédire la vulnérabilité d'un enfant, prévient la professeure au département d'éducation et formation spécialisées de l'Université du Québec à Montréal (UQAM). «Ce serait beaucoup trop simpliste, il faut vraiment mesurer l'effet cumulatif des facteurs de risque pour dire que la trajectoire développementale d'un enfant risque d'être compromise ou non.»

Dans les faits, la vulnérabilité s'installerait dès que quatre facteurs de risque ou plus sont réunis, montrent les travaux de Mme Japel, dont le rapport détaillé sera publié sous peu par l'Institut de recherche en politiques publiques. La chercheuse fait partie du petit groupe de spécialistes qui a la chance d'analyser les données de l'Étude longitudinale du développement des enfants du Québec, qui rassemble un peu plus 2000 enfants nés en 1998. Fait intéressant, ce sont justement ces enfants qui seront les futurs parents de 2020, date charnière de ce 9e symposium organisé entre autres par le Conseil de la famille et de l'enfance.

En tout, une douzaine de facteurs ont été passés au crible par l'équipe de Mme Japel: des facteurs propres à l'enfant, propres à sa famille et propres à son environnement. Les données établies à cinq mois ont ensuite été comparées à celles mesurées à la maternelle. «On voit clairement que l'augmentation des facteurs de risque amène une diminution des performances cognitives à la maternelle.» Sur le plan comportemental, la courbe suit le mouvement inverse. «À partir de quatre facteurs et plus, le risque de voir un enfant développer des comportements problématiques, comme l'opposition, l'hyperactivité, l'anxiété, l'inattention et l'agressivité physique, augmente.»

Dans cette fameuse cohorte, ce sont 24,4 % des enfants qui présentaient quatre facteurs de risque ou plus à l'âge de cinq mois. À cinq ans, cette proportion avait légèrement fléchi pour atteindre les 21 %. En matière de prévention, toutefois, il est déjà un peu tard pour cette génération, qui a maintenant intégré le réseau primaire, regrette Mme Japel. «Mais les dés ne sont pas jetés, il y a encore de la place pour l'intervention au niveau scolaire afin de corriger l'impact de ces facteurs de risque.» Le problème, c'est que les ressources consacrées aux enfants à risque sont comptées et largement insuffisantes.

Pour les générations suivantes, toutefois, tout reste encore possible. Pour Mme Japel, le processus de prévention devrait débuter dès la grossesse et perdurer jusqu'à l'entrée à l'école, à l'image de certains programmes mis au point dans une poignée de CLSC au Québec. Mais on est loin de la coupe aux lèvres, d'autant que l'un des facteurs de protection les plus intéressants pendant la petite enfance, soit le service de garde, est largement boudé par les familles qui cumulent plusieurs facteurs de risque. «On le voit, plus le nombre de facteurs de risque monte, moins les enfants fréquentent les services de garde, ce qui les prive d'un facteur de protection qui peut pourtant être très efficace s'il est bien mené», conclut Mme Japel.
 
 
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