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Retour forcé dans le placard?

Louise-Maude Rioux Soucy   26 octobre 2007  Santé
Photo : Agence Reuters
Jusqu'à présent, au Québec, les homosexuels vieillissants optaient pour le profil bas, à l'image d'une vie placée tout entière sous le signe de la discrétion. Mais voilà qu'une première génération de lesbiennes et de gais qui ont vécu leur vie hors du placard arrivent à leur tour au troisième âge. Le hic, c'est que le réseau actuel n'a absolument rien à leur offrir, au point où la Fondation Émergence et l'organisme Gai Écoute craignent que cette première génération ne doive «retourner dans son placard» une fois la vieillesse venue.

Reçu ce matin même à la consultation publique sur la condition des aînés, le président de ces deux organismes, Laurent McCutcheon, a bien l'intention de dénoncer la rupture de services dont font les frais les homosexuels. «Si on regarde actuellement toute la structure d'entraide des aînés, on voit que le réseau est solide. C'est du "mur à mur". Il y a un ministre responsable, un conseil, un secrétariat, des fédérations, des tables régionales, trois universités et le moindre village a son club de l'âge d'or. Or, dans ce réseau-là, personne ne parle d'orientation sexuelle. Ça n'existe tout simplement pas.»

Interrogé par Le Devoir à la veille de sa présentation, Laurent McCutcheon admet qu'une part du fardeau de cette absence systémique incombe à la communauté gaie, qui devra développer son propre réseau d'entraide pour que les choses changent. Mais la société devra aussi faire sa part, prévient-il. «On aurait pu prôner le développement de réseaux parallèles destinés aux homosexuels. Mais les ressources sont limitées et l'objectif ultime de nos communautés n'est pas de vivre à l'écart. On vise l'inclusion, comme pour tout le reste.»

Dans leur mémoire, les deux organismes évaluent à un peu plus de 107 000 le nombre d'homosexuels âgés de plus de 65 ans. Un nombre appelé à croître dans les prochaines années avec l'arrivée en masse des baby-boomers dans le troisième âge. Bien sûr, ces gens auront des besoins qui seront sensiblement similaires à ceux de l'ensemble des personnes âgées. Mais ils sont appelés à «affronter des difficultés supplémentaires compte tenu de leur orientation sexuelle», lit-on dans ce mémoire intitulé Pour que vieillir soit gai.

Isolement et représailles

C'est spécialement vrai dans le réseau de la santé et des services sociaux, qui n'est visiblement pas adapté à cette clientèle, selon ces deux organismes. Idem pour les structures institutionnelles et communautaires actuelles. Au banc des accusés: la préséance «des attitudes homophobes et hétérosexistes» et «un manque de connaissances spécifiques des besoins [de la communauté gaie]» dans des réseaux de soin et d'entraide déjà en manque de ressources.

L'absence de reconnaissance des modèles gais est un autre obstacle qui amène plusieurs homosexuels à faire bande à part. «Présentement, tout le monde marche sur des oeufs sur ce point», déplore M. McCutcheon. Dans les résidences privées, les HLM et les CHSLD, on ne voit en effet qu'une seule chose sur les tables de chevet: des photos des époux, des enfants, des petits-enfants. Rien pour les couples non orthodoxes qui brillent par leur absence. «Quand un gai pourra mettre la photo de son conjoint sans craindre d'être exclu, là on pourra dire qu'on a progressé. Pour l'instant, on en est pas là.»

Mais la peur d'être isolé une fois hébergé n'est-elle pas exagérée? Pas du tout, répond M. McCutcheon, qui cite plusieurs études sur le sujet. «Ce n'est pas une peur intuitive, encore moins marginale. Plusieurs recherches ont montré que les aînés craignent de révéler leur orientation sexuelle aux employés du réseau de la santé et des services sociaux principalement par peur de représailles.» Cet état de fait ne serait pas sans conséquence puisqu'il amènerait les homosexuels à consulter le moins possible, voire à éviter le réseau public de la santé, avait d'ailleurs montré une étude québécoise menée en 2003.

Il faut dire que l'acceptation reste difficile, surtout en ce qui a trait aux amis, qui prennent naturellement le relais des descendants, absents chez plusieurs membres de cette communauté. Malgré leurs bonnes intentions, ces proches aidants ne sont généralement pas reconnus par les autorités soignantes ou communautaires, notent les deux organismes dans leur mémoire. Quand il s'agit de prendre des décisions de nature médicale, ils sont même carrément écartés, dénonce M. McCutcheon. «Ça n'a pas de bon sens! Ce sont souvent là leurs seules relations!»

D'ici à ce que les perceptions changent dans le réseau de la santé, l'isolement restera le lot quotidien d'une majorité, craint M. McCutcheon. Sur ce point, la communauté gaie devra d'ailleurs faire son examen de conscience, elle pour qui «la survalorisation de la jeunesse concourt à l'isolement des personnes âgées». La Fondation Émergence comme Gai Écoute sont d'ores et déjà prêts à faire leur part. «On veut travailler à l'application de notre mémoire et on va le prendre en charge», a promis hier M. McCutcheon. La balle est maintenant dans le camp des commissaires de cette consultation présidée par la ministre responsable des aînés, Marguerite Blais. Notons que les prochaines audiences publiques auront lieu lundi prochain, à Montréal-Nord.






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  • Jean-Guy Beaulieu
    Abonné
    vendredi 26 octobre 2007 09h00
    Low profile
    « Quand on a le «profil bas», c'est qu'on a la «mine à terre».

    ... les homosexuels vieillissants optaient pour la discrétion... peut-être ?

    Jean-Guy Beaulieu
    Drummondville »

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 26 octobre 2007 09h49
    Le loisir de discriminer
    « À l'âge moyen, sur le marché du travail et occupés à élever leurs enfants, les adultes n'ont guère le temps ou l'énergie de s'opposer à l'existence dans leur voisinage de couples non-traditionnels. Mais une fois à la retraite, ils en ont le loisir, surtout s'ils sont hébergés dans une maison retraite, logés, nourris, lavés, etc. Alors quoi dire à la cafetéria sinon que le Monsieur ou la Madame qui ne reçoit jamais de visite de ses enfants est sans doute homosexuel. La discrimination envers les gays et lesbiennes devient alors une activité quotidienne comme les autres. Les préjugés ont la vie dure. Ils vivent aussi vieux que ceux qui les alimentent.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Sylvain Bergeron
    Inscrit
    vendredi 26 octobre 2007 16h39
    Quand la loi devance les masses
    « La loi canadienne reconnaît peut-être les marriages entre conjoints du même sexe, ce phénomène est en bonne partie issu du changement d'attitude de l'hétérosexisme à une plus grande ouverture sociale nourri par la montée d'une génération plus ouverte. Il reste que la génération de la deuxième guerre n'as pas grandi avec une telle ouverture et que lorsque nos aînés gais se retrouvent 'en foyer', ils doivent faire face au bastion de la morale hétérosexiste (le plus souvent alimentée par le catholicisme), sinon faire un grand pas en arrière.

    Pour en arriver à un système de santé et services sociaux qui s'adapte à la réalité des aînés gais, il ne faudrait que ledit système fasse ce qui se fait depuis bien longtemps pour une variété de 'clientèles', que ce soit les aînés veufs ou veuves, seuls, etc... c.-a.-d. identifier leurs besoins spécifiques et les rencontrer au mieux des ressources disponible. Ce qui rend le besoin d'adaptation (d'évolution...) du système plus criant dans ce cas-ci, c'est l'histoire de la discrimination que les aînés gais d'aujourd'hui on subit depuis des décennies. »

  • Pierre Castonguay
    Inscrit
    samedi 27 octobre 2007 08h38
    Une sortie de piste semblable à la rentrée en scène
    « À l'école nous les avons raillés, jambette dans la neige, quolibets. Lorsqu'il fallait les choisir dans nos équipes de ballons chasseur, ils étaient les derniers : les fifs et les moumounes. Ceux dont personne ne voulaient. Ceux qui saignaient du nez parce que rossés plus souvent qu'à leurs tours. C'était le taxage avant le taxage que nous connaissons. Plus tard, lorsque le phénomène des abuseurs d'enfants a fait surface, nous avons tenté de leur mettre sur le dos, bien que 88% des pédophiles sont hétérosexuel. Pédé est devenu synonyme d'homosexuel. Comme la haine contre les pédophiles augmente (un juge ayant lancé son cri du coeur pour la peine de mort), je ne vois rien de très beau à l'horizon pour ceux qu'on appelle encore à tort : les pédés. En centre d'accueil, ils auront à faire face aux mêmes préjugés, aux mêmes sarcasmes, à la même discrimination active ou passive. Ils seront exclus au bridge et au romain 500 (voyons...M. Théoret, cela se joue deux par deux). À la fête des pères, au rassemblement familial de pâques,... Noël. Aussitôt que nous allons constater qu'ils n'ont que des visiteurs, ils deviendront la risée informelle du groupe de petits vieux : ceux à qui l'on parle comme un scout fait sa bonne action avec toute la violence fragile et viagère dont seules les personnes âgées maîtrisent le secret entre elles (ce mélange de mépris condescendant à saveur de morale publique et de mansuétude de seconde zone).

    Et on s'étonnera, de constater, comme chez les jeunes hommes, d'une hausse de suicide de ces messieurs provenant d'une catégorie bien...particulière : les tapettes (Oh mon Dieu Germaine, l'ais-je dit...regarde pas Gérard, il s'en vient vers notre table...)


    Pierre Castonguay
    Laval »

  • Murielle Beaulieu
    Inscrite
    samedi 27 octobre 2007 20h22
    L'homosexualité
    « Je trouve ici encore, que nous faisons une tempête dans un verre d'eau. Il a toujours existé des homosexuels que l'on le veuille ou non!
    Il nous faudrait être moins frileux sur cette réalité et commencer à leur donner la place qu'ils ont droit sous le soleil.
    Je trouve que l'on parle beaucoup de la sexualité avec plus ou moins de pudeur et, lorsqu'il arrive ce sujet qui est un réalité tangible, on n'ose pas le dire et accepter ces personnes avec ouverture et transparence. C'est absurbe! Je ne défends pas leur cause car je ne connais pas de proche qui vive avec l'homosexualité et je trouve absurbe de se dire si large de vue et de vouloir cacher cette réalité...Nous sommes obligés de respecter les droits de chacun dans une liberté d'esprit.
    Il en a toujours eu et en aura toujours pourquoi le nier? »

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