Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Droit à l'avortement et désir d'enfanter - Simone Veil donne raison à Couillard

    L'ancienne ministre française de la Santé ne croit pas à la nécessité absolue de financer la fécondation in vitro

    12 octobre 2007 |Stéphane Baillargeon | Santé
    Simone Veil dit parfois envier les Québécoises, beaucoup plus émancipées que les Françaises.
    Photo: Pascal Ratthé Simone Veil dit parfois envier les Québécoises, beaucoup plus émancipées que les Françaises.
    «C'est un peu simplifier que d'établir cette équation», dit la responsable de la loi Veil qui a dépénalisé l'IVG. «Il faut replacer les problèmes dans leur contexte. Le droit à l'avortement a été acquis alors que, chaque année, des femmes le subissaient dans des conditions effroyables. [...] Les nouvelles µtechniques de reproduction offrent une occasion. Les difficultés du financement du système de santé posent aussi un problème à nos sociétés. Il faut faire des choix.»

    Le débat a germé au Québec le mois dernier après la diffusion d'un documentaire de la compagnie de l'animatrice télé Julie Snyder. Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a affirmé qu'il ne fallait pas confondre désir et droit d'enfanter. Ici, l'État rembourse environ le tiers des procédures in vitro. En France, cette démarche médicale est entièrement couverte.

    Mais bon, Mme Veil, qui a passé la semaine à Montréal, n'est pas venue ici pour se mêler de politique ou critiquer qui que ce soit. Mercredi, elle parrainait le lancement d'une nouvelle collection de mémoires de survivants de l'Holocauste devenus canadiens après 1945. Hier, elle recevait un doctorat honoris causa de l'Université de Montréal pour souligner «son courage politique et personnel».

    Déportée à Auschwitz à l'adolescence, elle est ensuite devenue avocate, puis ministre et présidente du Parlement européen. À 80 ans, Mme Veil demeure la personnalité politique la plus admirée de son pays, et de loin.

    «Je suis venue très souvent au Canada, je rencontre très souvent des Canadiens, et ce que je vois depuis 30 ou 40 ans est tout à fait passionnant», a dit Mme Veil, rencontrée avant-hier dans un hôtel de Montréal. «Pour nous, Français nés avant la guerre, le Canada français était perçu comme un pays conservateur et même très conservateur, avec une Église forte et des femmes soumises. On avait le sentiment que, pendant la guerre, les gens d'ici avaient été plutôt pétainistes. Tout d'un coup, nous avons vu émerger un Canada qui n'a rien à voir avec tout cela, un pays démocratique, très ouvert, très tolérant.»

    Elle a ajouté envier souvent la place des femmes d'ici, jugées «extraordinairement émancipées» et ne ressemblant en rien au vieux schéma. «En France, le féminisme a beaucoup progressé, mais les femmes ont encore beaucoup de raisons de se battre. Les femmes sont encore inquiètes, avec raison, parce que, dans bien des domaines, on croyait que la marche à l'égalité irait plus vite. En politique par exemple, la parité est loin d'être atteinte.»

    Une loi française oblige théoriquement les partis à présenter un nombre égal de candidats et de candidates. Il n'existe rien de semblable au Québec. Dans les faits, les formations politiques françaises préfèrent payer l'amende plutôt que de se soumettre à ce règlement. «Si on regarde les directions d'entreprise, la rémunération, le chômage, partout, les femmes sont désavantagées. Il y a donc encore beaucoup à faire.»

    Mme Veil siégeait jusqu'en mars dernier au Conseil constitutionnel de la République. Sitôt libérée de son devoir de réserve, elle s'est prononcée en faveur de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle alors que ses attaches idéologiques auraient pu la conduire dans le camp du candidat centriste. Toujours franche, elle critique la décision du nouveau président de créer un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale. Elle aurait préféré un intitulé faisant référence à l'intégration, qui marque une volonté d'accueil.

    «Je crois que l'on ne peut pas évacuer ce que sont les gens. On a tous besoin de racines. La diversité culturelle aussi est très enrichissante. Je ne vois pas en quoi elle peut nuire à l'unité.»












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.