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Conditions de vie - Les aînés ont été abandonnés, dit Louise Harel

Louise-Maude Rioux Soucy   3 octobre 2007  Santé
Louise Harel
Photo : Pascal Ratthé
Louise Harel
Où trouver à se loger quand les forces s'amenuisent et que les soins deviennent une nécessité quotidienne? Cette question lancinante hante chacune des séances de la consultation publique sur les conditions de vie des aînés, qui bat son plein ces jours-ci dans l'ombre de la très médiatisée Commission sur les accommodements raisonnables. Hier, à Montréal, cette préoccupation était sur toutes les lèvres, offrant à Marguerite Blais, la ministre responsable des aînés, autant de témoignages crève-coeur. Ceux-ci ont été repris au bond par le Parti québécois, qui accuse carrément le gouvernement Charest d'avoir mis en péril la désinstitutionnalisation de l'hébergement de longue durée.

De grands changements ont en effet été promis par Philippe Couillard, le ministre de la Santé, afin de diversifier l'offre faite aux personnes âgées qui ont besoin de plus de soins, mais qui peuvent encore rester dans leur maison ou dans un logement adapté à leurs besoins, notamment par la création de ressources intermédiaires (RI) en partenariat avec le privé. En tout, 1355 places en RI ont été promises à l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, à qui on a aussi fait miroiter le financement nécessaire pour aider 10 336 personnes en attente de soins à domicile, rappelle Louise Harel, porte-parole du Parti québécois en matière de services sociaux et d'aînés en perte d'autonomie.

Or, le gouvernement n'a versé à l'Agence que le tiers des 12 millions requis en budget de démarrage pour les RI, affirme Mme Harel, qui a activement participé aux commissions parlementaires traitant de cette question. Pis, rien n'a été fait pour avancer les 52 millions manquants en soins à domicile, ajoute cette dernière. Interrogé hier, sur ces deux enveloppes, le ministre Couillard est resté vague, invitant les journalistes à lui reposer la question lorsque l'annonce officielle en sera faite, dans «les prochaines semaines».

Pourtant, c'est maintenant que le problème doit être débattu, alors que le premier ministre Charest demande à l'Agence de prendre les moyens nécessaires pour que les expulsions de locataires de résidences destinées à devenir des RI se fassent dans les règles, argue Mme Harel. «Le premier ministre Charest doit cesser de jouer à Ponce Pilate en se désengageant de sa responsabilité à l'égard de la transformation de logements occupés par des personnes âgées en ressources intermédiaires privées, financées par des fonds publics.»

Ce commentaire vaut également pour la manière dont ce gouvernement aborde toute la question du maintien en milieu de vie des aînés, poursuit la député d'Hochelaga-Maisonneuve. «Comment M. Charest peut-il remettre le problème entre les mains de l'Agence de santé et de services sociaux de Montréal et des Centres de santé et de services sociaux, alors que son gouvernement refuse de verser le financement requis pour réaliser correctement la désinstitutionnalisation de l'hébergement de longue durée, pourtant réclamé par son ministre de la Santé?»

Un grand virage

La question de la diversification des soins prodigués aux aînés est un enjeu clé aux yeux du Dr Réjean Hébert, qui agit comme expert pour cette commission. «Je retiens beaucoup votre appui aux services à domicile, a-t-il confié aux participants. C'est de la véritable musique à mes oreilles parce que ça fait des années que je dis qu'il faut recentrer le système de santé vers le domicile des gens, de façon à pouvoir désengorger les hôpitaux et les établissements». En entretien au Devoir, il a insisté sur l'importance de ce virage qui va nécessiter des moyens bien plus grands que ceux proposés jusqu'ici sur la feuille de route du ministre Couillard, qu'il qualifie d'«excellent début».

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, comme ont pu en témoigner plusieurs personnes qui se cherchent désespérément une place. C'est le cas de Carmen Lopez dont l'époux est très malade. «Moi aussi, je suis malade, mais il faut que je continue». Le problème, c'est que leur logement n'est plus adapté à la paralysie de son mari. «Je cherche un logement adapté à nos besoins et à nos revenus. Mais les résidences privées sont trop chères et les coopératives sont pleines ou réservées à la famille ou aux amis.»

Jean-Claude De Nogent, lui, a dû se résigner à se séparer de sa femme après des mois de recherche acharnée. Son épouse souffre de sclérose en plaques et a besoin de soins constants. Mais à 71 ans, il n'a plus l'énergie, encore moins les compétences pour les lui donner. «Je suis malheureux de la voir rester dans un HLM où il y a des punaises, où les gens sont débordés et où l'indifférence est grande», a-t-il raconté. «C'est dur d'être séparé quand on a passé toute une vie ensemble, j'essaie de trouver quelque chose pour nous deux, mais j'essuie refus après refus.»

Son histoire a beaucoup touché Marguerite Blais, qui s'est engagée à apporter de l'aide à cet homme qui vient de son propre comté. «Quand on me parle de vie de couple et de couples séparés parce que les conditions ne sont pas favorables, je trouve ça tout à fait inacceptable. Cela me touche profondément. Il faut faire en sorte que les personnes qui s'aiment et qui ont vécu ensemble toute leur vie puissent poursuivre leur vie ensemble.»

L'offre restreinte n'est pas la seule faiblesse de ce système. Une bonne dizaine de personnes se sont levées hier pour réclamer un resserrement des accréditations accordées aux résidences privées. D'autres se sont inquiétées de la qualité des soins donnés dans des CHSLD débordés. Johanne Jutras est venue parler de son «père alzheimer» qui, une semaine après avoir été hébergé, est devenu un «vieillard alzheimer». «Les préposés sont débordés, il n'y a pas de techniciens en loisirs, ou pas assez pour les animer et les stimuler. C'est la fin de la vie.»

Même quand des abus sont dénoncés haut et fort, ils peuvent revenir une fois la poussière retombée, a pour sa part dénoncé Suzie Attias, présidente du comité des usagers au CHSLD juif de Montréal. «Chez nous, il y a eu des rapports du Protecteur [du citoyen], l'administration a été changée. Le ministre a demandé à l'Agence d'envoyer une équipe sur place. Pendant le temps qu'ils ont été là, tout allait bien. Mais maintenant qu'ils sont partis, c'est fini. Tout est tombé à l'eau. Les lacunes sont revenues comme avant», a-elle dit en invitant le Protecteur à demander des comptes. «C'est l'indifférence totale. Déjà que ça prend des mois avant que le Protecteur ne bouge, il me semble qu'il devrait au moins revenir sur place pour voir si on l'a écouté.»

Selon l'Association des retraités des secteurs public et parapublic (AQPR), 91 % des personnes aînées de la région de Montréal résident dans des ménages privés. Parmi elles, 36 % habitent seules, ce qui est la plus forte proportion au Québec.






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  • Gérard Lépine
    Abonné
    mercredi 3 octobre 2007 06h18
    et alors!
    « Moi qui pensais venir terminer mes jours au Québec après 43 ans au Québec et presque 25 an France!!! C'est raté! »

  • Gilles Baillargeon
    Inscrit
    mercredi 3 octobre 2007 07h03
    Économie
    « Il me semble que si vous êtes lucide, il est clair que les vieillards ne sont pas très générateurs de richesse. Je crois qu'il est impossible d'être humanitaire si l'on court toujours après la performance. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mercredi 3 octobre 2007 07h51
    Services tout croches aux 2 bouts de la vie
    « Notre bon gouvernement, très provincial, perd trop d'argent avec les HLM parce que les loyers sont très bas ce qui ne l'incite pas à en construire d'autres vu qu'il est si pauvre même s'il désire encore construire 2 gros hôpitaux universitaires "un anglophone et l'autre, francophone".

    C'est le même problème que pour les garderies. Fait que...il manque de places dans les garderies et dans les HLM ce qui favorise seulement ceux qui en profitent. Lea autres, qui se qualifient autant, doivent se contenter du "privé" qui coûte trop cher pour leurs moyens. "Injustice d'un gouvernement à la petite semaine."

    Conseil à notre gouvernement : Chargez un peu plus cher aux utilisateurs de garderies et de HLM et, avec cet argent, construisez des nouvelles places pour compléter ces 2 services, ce que vous ne faites pas assez depuis plusieurs années malgré les besoins criants. En plus d'écouter, agissez un peu à la place de laisser de longues listes d'attente pour ces services depuis trop d'années ! »

  • Emmy Grand-Maison
    Inscrite
    mercredi 3 octobre 2007 08h46
    Une richesse oubliée, une sagesse ignoré
    « Quel genre de société sommes-nous! Individualiste au point de laisser mourir nos parents seuls, sans soins adéquats et loins de ceux qu'ils aiment. Dans certaines cultures, et dans la nôtre il y a plusieurs années, les gens qui nous ont ouvert la voie passaient leurs vie avec leur famille,à donner la sagesse, qu'il ont acquis. Aujourd'hui, on préfèrent les laisser crever dans des maisons qui s'apparente aux hospice du temps de Duplessis, la société québécoise évolue ou régresse? »

  • Renée Desautels
    Inscrite
    mercredi 3 octobre 2007 09h06
    J ai un beau Chateau...
    « Une résidence privée acheter par une grosse boite a Montréal .Les résidents on peur on leur dit d appeler que quand c est urgent seulement ne pas dérangés pour rien.Alors il ne nous appel plus de peur qu on les mettre a la porte.
    Les résidents sont très inquiet car Ils sont a la merci du nouveau personnels. Engagées en vitesse pour un moindre salaire et sans grande expérience
    Les résidents sot très inquiet car les employés fidèles depuis des années sont partis pas renvoyés mais pousser vers la porte. Des renvoies déguisés. Les nouveaux employés ne sont pas la crème car on les paies un salaire dérisoire.
    On oublis de frapper avant d entrer, on les tutoie. Les problèmes ne sont pas rapportés a l infirmière. Il n ya plus de suivi :qui a un malaise, une plaie,etc. Mais comme notre nouveau directeur nous dit s ils ne sont pas contents qu ils partent. Les famille sont aussi inquiètes car ou mettront il maman a 97 ans. La résidence avait été choisi par les familles et résidents pour sa réputation ses soins et surtout pour son coté familiale. Tout cela a disparu et ils sont terrorisés d avoir a partir alors ils se t'aient. Tout ses résidents qui ne sont pas dans le besoin ils espéraient finir leur jours comme ils sont vécu, bien entourés ,bien soignez ça prouve que même riche on n est pas a l abris des abus. Familles,résidents employés on vis en attente que quelqu'un fasse quelque choses. Personnes ose dénoncer car on a peur a notre place .
    Je suis dyslexique pardonner mon orthographe »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 3 octobre 2007 09h35
    D'autres chats à fouetter
    « Tout ce que demandent les sociétés capitalistes, c'est que les vieux et les vieilles aient la décence de mourir en silence. Les gouvernements de ces sociétés ont d'autres chats à fouetter, se faire réélire par exemple, en étant très attentifs aux besoins de la majorité des électeurs, majorité dont les personnes âgées ne font pas partie. Il serait intéressant de savoir combien des députés actuels, tous partis confondus, ont quelque souci quant à leur mode de vie alors qu'ils auront pris de l'âge.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Jacques_Morissette
    Abonné
    mercredi 3 octobre 2007 09h58
    Il y a parfois des enjeux sociaux qui devraient dépasser les intérêts politiques.
    « Il y a des problèmes des fois qui devraient se régler autrement que par des solutions politiques. Je m'explique! Je ferais confiance en madame Harel pour un dossier de ce genre, en raison de ses qualités personnelles et de son expérience politique. Je sais, le parti Libéral est au pouvoir et madame Harel est à l'opposition. On devrait chercher à dépasser ce genre de clivage. Plus de solidarité entre les députés élus indépendamment du parti qui les a fait élire serait de bon aloi. Pour moi, alors je pense que le monde de la politique serait plus constructif.

    Ça n'enlève rien à madame Blais qui a fort probablement de très belles qualités humaines, mise à part le fait que ces deux dames pourraient ensemble mettre l'épaule à la roue. Puisque l'on parle de démocratie, n'a-ton pas aussi élu madame Harel. L'opposition bien d'accord, mais n'y a-t-il pas quelque chose de plus grand quand il s'agit de construire? »

  • Jacques_Morissette
    Abonné
    mercredi 3 octobre 2007 11h12
    Nos gouvernants et la myopie de leur vision globale.
    « On ne gouverne pas sans une certaine vision politique. Il reste que c'est d'autant plus difficile quand on est myope. Surtout quand on ne voit que l'économie devant soi et des oeillères quant au reste. Quand on ne voit pas bien le reste, on finit par perdre tous les gains apparents de l'économie, à long terme. »

  • Eloise Lapointe Leblanc
    Inscrite
    mercredi 3 octobre 2007 17h55
    ...et que les plus pauvres ou les plus "maganés" se débrouillent!
    « Je sais que les personnes âgées encore autonomes mais en perte d'autonomie ont besoin de soins. Mais personnellement, je ne crois pas que le gouvernement devrait seulement faire des programmes pour les personnes âgées. Il y a des gens beaucoup plus jeunes, parfois dans la trentaine qui auraient besoin de pouvoir profiter des mêmes mesures offertes aux personnes âgées (comme les gens souffrant de la sclérose en plaques par exemple).
    Mais c'est beau rêver! Si Charest et ses ministres n'ont même pas pris la peine de donner aux personnes âgées ce qu'ils avaient promis, je ne crois pas que d'élargir la population cible soit dans leurs projets.
    Au fond, c'est bien simple: les gouvernements ont perdu l'humanité qu'ils devraient avoir. Au lieu de gouverner pour offrir à la population des services en redistribuant l'argent de nos impôts, les gouvernements libéraux et conservateurs ne font que favoriser l'enrichissement des riches (et le leur en passant) et que les plus pauvres ou les plus "maganés" se débrouillent! »

  • Danielle Laberge
    Abonné
    jeudi 4 octobre 2007 15h25
    L'appel de madame Desautels
    « Chers journalistes, vous avez-là matière à reportage... Qu'attendez-vous pour communiquer avec madame Desautels? (J'ai un beau chateau) »

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