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Institut de recherche en biotechnologie - Il faut développer des médicaments plus ciblés

« Trop souvent, le travail des chercheurs d'ici n'arrive pas à traverser les étapes nécessaires à la commercialisation »

Martine Letarte   26 septembre 2007  Santé
Depuis environ cinq ans, les chercheurs utilisent beaucoup la génomique et la protéomique pour trouver de nouvelles façons de traiter le cancer. Photo: Institut de recherche en biotechnologie du CNRC
Depuis environ cinq ans, les chercheurs utilisent beaucoup la génomique et la protéomique pour trouver de nouvelles façons de traiter le cancer. Photo: Institut de recherche en biotechnologie du CNRC
Grâce aux découvertes récentes, le monde de la pharmaceutique est en pleine révolution. Biopharmacie, génomique, protéomique, thérapie génique: de multiples portes s'ouvrent sur des univers de possibilités. Les chercheurs de l'Institut de recherche en biotechnologie (IRB) multiplient les efforts pour mettre le doigt sur les applications de ces avancées les plus profitables pour la société. Toutefois, si le Canada veut rentabiliser ses efforts et s'en servir comme tremplin pour lancer d'autres recherches, il doit faire de grands progrès dans le domaine du transfert de la technologie.

Lorsqu'il est question de recherche fondamentale, le Canada n'a rien à envier aux autres pays. «Juste ici, à Montréal, il y a deux grands hôpitaux universitaires. Nous avons également d'excellentes compagnies pharmaceutiques qui effectuent des essais cliniques. Le problème, c'est qu'on aurait besoin d'un pont entre les deux. Trop souvent, les compagnies pharmaceutiques travaillent sur des molécules développées ailleurs, alors que le travail des chercheurs d'ici n'arrive pas à traverser les étapes nécessaires à la commercialisation», déplore le Dr Feng Ni, du secteur de la santé de l'IRB.

Pour régler ce problème, il faut plus d'argent, plus d'infrastructures et plus de personnel expérimenté qui faciliterait le transfert de la technologie. Afin d'améliorer ses chances de franchir les différentes étapes nécessaires à la commercialisation de produits, l'IRB s'est récemment doté d'un nouveau laboratoire où l'on effectue des tests sur des animaux. «Le fait de pouvoir maintenant compter sur ce laboratoire fera certainement une différence puisque, auparavant, nos travaux de recherche n'étaient pas suffisamment avancés. Pour convaincre les gens d'investir, il faut au moins avoir accompli le stade des premiers tests sur les animaux, sinon, c'est trop risqué», indique le Dr Ni.

Maladies cardiovasculaires

Si, d'emblée, Feng Ni insiste sur l'importance de faire des efforts dans le domaine du transfert de la technologie, c'est parce que, il y a une quinzaine d'années, il travaillait à l'IRB sur un nouveau médicament antithrombolytique (pour dissoudre les caillots de sang) et que, après trois ans de développement, le projet a avorté faute de fonds. C'est finalement une entreprise américaine qui, après avoir investi 300 millions, a prouvé l'efficacité du produit et l'a commercialisé.

Aujourd'hui, le Dr Ni compte bien se reprendre en travaillant sur la nouvelle génération du médicament. «Le défi est d'arriver à développer une nouvelle série de molécules plus efficaces et plus ciblées. Parce que, présentement, le médicament qu'on injecte circule dans tout le corps, et ça cause des saignements. Ce serait beaucoup mieux si le médicament pouvait aller seulement à l'endroit précis où on en a besoin», explique-t-il.

Cancer

Dans le domaine du cancer, maintenant, les chercheurs se butent sur la réalité que, peu importe le traitement suivi, actuellement, une personne ayant développé un cancer à un stade avancé ne peut vivre qu'entre six mois et trois ans. «Pour arriver à dépasser ça, nous avons un besoin critique de médicaments plus ciblés. Parce que, présentement, les traitements s'attaquent aux cellules cancéreuses, mais aussi aux cellules saines, ce qui affaiblit considérablement le patient et éventuellement l'empêchera de survivre», constate le chercheur.

Depuis environ cinq ans, les chercheurs utilisent beaucoup la génomique et la protéomique pour trouver de nouvelles façons de traiter le cancer. «Nous présumons qu'une cellule cancéreuse a toujours au moins une molécule unique qui ne se retrouve pas chez les autres cellules. En identifiant ce marqueur spécifique, nous serons éventuellement en mesure de l'affecter directement avec un médicament ou de le cibler pour transférer le traitement directement dans le tissu cancéreux», affirme le Dr Ni.

Biopharmacie

Un élément revient toujours lorsqu'il est question de développer de nouveaux médicaments, et c'est la précision. Pour qu'ils soient plus efficaces, les nouveaux traitements doivent s'attaquer aux cellules malades et seulement à elles. Pour y arriver, le secteur de la santé de l'IRB travaille en collaboration avec le secteur des bioprocédés.

«Nous travaillons à développer des outils qui permettent aux chercheurs de produire des médicaments en plus grande quantité et de la meilleure qualité possible. La difficulté, c'est que, de plus en plus, nous travaillons avec des médicaments à base de protéines plutôt qu'avec des molécules chimiques. Ces médicaments sont plus complexes, plus fragiles, plus coûteux et plus difficiles à produire», explique le Dr Denis Groleau, du secteur des bioprocédés de l'IRB.

Par exemple, lorsque vient le temps d'effectuer des tests sur des animaux, un chercheur doit pouvoir disposer d'une grande quantité du produit développé. «Produire 10 milligrammes d'une molécule ou en produire 100 grammes sont deux choses bien différentes. De plus, lorsqu'on produit la molécule, il ne faut pas que sa qualité varie d'une fois à l'autre car, sinon, cela affectera les essais cliniques et l'approbation même du nouveau médicament», indique le Dr Groleau.

Le travail du secteur des bioprocédés de l'IRB est également très important pour permettre un meilleur transfert de technologie. «Lorsque nous réussissons à atteindre une échelle de production semi-industrielle, la recette peut facilement se transférer à l'échelle commerciale. Ça ajoute beaucoup de crédibilité au procédé», indique le Dr Groleau.

Vers la thérapie génique

Enfin, l'IRB travaille sur la prometteuse thérapie génique. «Cela consiste à corriger une maladie en remplaçant le gène défectueux», explique le Dr Groleau. Les chercheurs du secteur des bioprocédés tentent de développer des outils qui permettront de livrer le gène correcteur. Pour le moment, les applications possibles de ces efforts de recherche touchent les maladies qui résultent de l'action d'un petit nombre de gènes, comme une forme de dystrophie musculaire.

«L'idéal, croit le Dr Groleau, serait d'arriver un jour à ne plus avoir besoin de médicaments, mais d'arriver à régler le problème directement au niveau des gènes. On s'en va inévitablement vers ça.»

***

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