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Loteries pour la vie

Louise-Maude Rioux Soucy   25 août 2007  Santé
Photo: Newscom
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Aujourd'hui et demain, elles seront des centaines à marcher dans l'espoir de vaincre le cancer du sein. Demain, d'autres prendront la relève à l'occasion du Marathon des Deux Rives. Le mois prochain, ce sera au tour de milliers de Montréalais de prendre part à une méga-loterie pour lutter contre le cancer en général, tueur numéro un au Québec, et ainsi de suite dans un infatigable ballet philanthropique. Mais que restera-t-il de tous ces élans, une fois la poussière retombée?

Ce matin, Beverly Kravitz enfilera ses chaussures de sport, fin prête à attaquer les 60 kilomètres qui l'attendent. Cette année, elle marchera aux côtés de sa mère et de sa fille. Trois générations unies pour une même cause: le troisième Week-end pour vaincre le cancer du sein, un événement porté à bout de bras par l'Hôpital général juif de Montréal. À la tête des dons planifiés de la fondation de cet hôpital, Mme Kravitz sait que chaque enjambée vaut son pesant d'or. Un peu plus de 17 millions en deux ans pour être exact. Aussi bien dire une petite fortune pour les chercheurs, cliniciens et patientes qui ont vu leur lutte contre le cancer du sein littéralement dopée par tous ces millions inespérés.

L'empreinte du Week-end est visible partout dans le nouveau Centre du cancer Segal qui a permis de faire éclater les frontières séparant la recherche et les soins cliniques. Et pas seulement là où on l'attend puisqu'elle apparaît aussi bien sur la porte de deux laboratoires flambant neufs que sur la boutonnière d'un généticien fraîchement recruté outre-Atlantique! De Grande-Bretagne, ma chère. «Le Week-end nous touche beaucoup comme chercheurs et comme cliniciens parce que plusieurs de nos projets en dépendent directement. Sans les fonds qu'il rapporte, nous devrions carrément abandonner des projets prometteurs», raconte le Dr Gerald Batist, qui dirige le Centre Segal, le premier centre intégré de lutte contre le cancer au Québec.

En deux ans, les millions ramassés ont permis de lancer une douzaine de projets inédits. Par exemple, l'hôpital a développé une approche interhospitalière pour traiter le lymphoedème, ces gonflements douloureux qui apparaissent lorsque les cellules cancéreuses bloquent la circulation lymphatique, entraînant ainsi une difformité et parfois même une perte de l'usage du membre touché. «Au Québec, le traitement par massage, gants et bandelettes n'est offert que dans quelques centres de physiothérapie privés. Mais on peut enfin l'offrir à l'intérieur de notre panier de services grâce au Week-end», explique le Dr Bernard Lapointe, qui dirige l'unité des soins palliatifs à l'Hôpital général juif.

Cette thérapie sera suivie de près par son équipe, qui espère faire la preuve que cette approche peut et doit devenir la règle dans nos hôpitaux. «Le Week-end ne permet pas de remplacer le financement public, prévient le Dr Lapointe. Il nous permet d'innover, d'explorer de nouvelles avenues et de donner des services que nous avons vus dans d'autres centres européens ou américains dans l'espoir que ces services seront ajoutés à notre approche globale, parce qu'ils auront fait leurs preuves.»

Sans les dollars sonnants et trébuchants du Week-end, tous ces projets n'auraient en effet pu voir le jour. C'est que le milieu de la recherche connaît une importante crise de subventions gouvernementales. Ainsi des projets cotés «excellents» par des comités au pair n'ont pas été retenus, faute de moyens, se désole le Dr Batist. Le problème est pancanadien et touche aussi durement les bailleurs de fonds des organismes caritatifs. À la Société canadienne du cancer, division du Québec, par exemple, on n'a pu financer que 29 % des projets admissibles soumis cette année. «C'est terrible, ça veut dire que deux projets sur trois sont restés sur les tablettes, même s'ils ont été jugés prometteurs», note son responsable des communications, Marc Drolet.

Qu'à cela ne tienne, les hôpitaux, les fondations et les organismes rivalisent désormais d'inventivité pour aller chercher l'argent là où il est, dans les poches des grands de ce monde, bien sûr, mais aussi dans celles des contribuables qui sont loin d'avoir atteint un point de saturation en la matière. C'est que les Québécois sont des donateurs spontanés, certes, mais combien infidèles. Ils sont de surcroît les plus chiches du Canada avec un don moyen de 176 $ contre 500 $ en Alberta, selon les dernières données publiées par Statistique Canada.

De véritables partenaires

À la fondation du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), on pense avoir mis le doigt sur une formule gagnante en organisant une «Méga-loterie pour vaincre le cancer» dont le gros lot d'un demi-million sera tiré le 7 septembre prochain. La première québécoise s'inspire des manières de faire du ROC (rest of Canada) où la formule a permis de vrais petits miracles. «Quand vous achetez un billet de loterie, ce n'est pas de la philanthropie que vous faites, mais un pari, j'en conviens. Mais cela n'empêche pas qu'on puisse profiter de l'occasion pour vous sensibiliser à la cause du cancer et c'est le but que nous poursuivons», explique le p.-d.g. de la fondation, Ékram Antoine Rabbat.

À 100 $ le billet, pour un total de 70 000 billets imprimés, l'occasion est aussi belle de garnir les coffres de la fondation, qui devra amasser 200 millions de dollars pour son grand CHUM d'ici 10 ans. Est-ce à dire que les dollars récoltés pourraient être utilisés à d'autres fins? «Non, ces sommes seront spécifiquement dédiées au cancer tel que le prescrivent les normes qui régissent ce genre de loterie», assure M. Rabbat. La fondation se fait en effet un point d'honneur de dépenser là où les besoins sont les plus criants. Le cancer, qui verra 159 000 nouveaux cas cette année au Canada, trône en tête de liste.

Concrètement, les médecins demandent et la fondation dispose. «On cherche à améliorer la gestion de la maladie en offrant des compléments, explique M. Rabbat. Par exemple, nous pouvons suppléer à un achat jugé trop onéreux en allongeant les dollars nécessaires à l'achat d'un équipement de pointe.» C'est ainsi que le CHUM a pu se procurer un tomographe à émission de positons, un appareil hautement perfectionné et autrement hors de prix même pour un hôpital universitaire de son envergure. L'entente a ouvert de nouveaux horizons, au point où la fondation créée en 1998, forte aujourd'hui de 11 millions de dollars par année, est devenue un partenaire incontournable.

Idem du côté de l'Hôpital général juif, dont la fondation est devenue vitale non seulement pour ses propres patients, mais pour tous ceux qui souffrent d'un cancer au Québec, croit le Dr Batist. C'est que l'hôpital ne veut pas faire de jaloux et partage volontiers ses trouvailles avec des médecins et des chercheurs des instituts universitaires de Montréal, Québec ou Sherbrooke. «Chaque projet vise un investissement local et un impact global, résume le Dr Batist. Ce qu'on apprend sur le cancer du sein ici va changer nos manières d'aborder les autres cancers partout ailleurs. En bout de ligne, toutes nos équipes travaillent contre un seul et même ennemi.»

La force du nombre

Aux côtés de ces poids lourds qui gèrent des millions, plusieurs organismes font aussi leur part. Mais bien malin celui qui pourra les dénombrer! En dix ans, leur nombre a bondi de 231 %, calcule Gilles Léveillé, porte-parole de la Coalition priorité cancer au Québec, qui rassemble 125 organismes dûment enregistrés. Ce nombre, aussi impressionnant soit-il, ne tient pas compte de la flopée de petits organismes locaux qui, comme Ovaire Espoir, ne sont même pas incorporés tant leurs moyens sont faméliques.

Pourtant, ils peuvent faire toute la différence du monde, croit Suzanne Poulet pour qui le diagnostic est tombé comme un couperet, un jour de novembre 2003. Un mois plus tard, Mme Poulet subissait une hystérectomie complète et commençait une première chimiothérapie. C'était là sa première incursion dans l'univers feutré de la maladie. «Pendant les traitements, on est entouré et suivi de près. On n'a pas le temps de se questionner, on plonge et on économise nos forces qui sont presque réduites à néant. C'est après seulement que le vide s'installe.»

À Ovaire Espoir, on essaie en quelque sorte de combler ce vide en donnant des outils aux femmes et en leur apportant une oreille attentive et dévouée. Le cancer de l'ovaire, beaucoup moins médiatisé que celui du sein, est mal connu du public. Résultat: les diagnostics surviennent tard et la survie est moins bonne. C'est pour pallier ce manque que Mme Poulet a accepté de faire des témoignages pour Cancer de l'ovaire Canada. Aujourd'hui en rémission, elle participe aussi à l'organisation de la Randonnée de l'espoir, qui aura lieu le 9 septembre à Montréal. Mais son coeur reste bien ancré à Ovaire Espoir. «Je parle au je, mais il est très important que cela soit en fait compris comme un nous. À Ovaire Espoir, nous avons tissé des liens très serrés qui font justement notre force.»

Très nombreux, ces petits organismes réussissent à maintenir la tête hors de l'eau grâce à l'appui des grands bailleurs de fonds comme la Fondation canadienne du cancer, et à la bonne volonté d'une poignée de donateurs ou de compagnies privées dont plusieurs grosses pharmaceutiques. Mais ne risquent-ils pas de se nuire par leur nombre? «Je ne le crois pas, répond Gilles Léveillé. Les organismes qui naissent répondent à un besoin précis sans quoi, ils n'existeraient pas.» D'autant que nous sommes aux premiers balbutiements de la philanthropie au Québec, renchérit Ékram Antoine Rabbat. «Nous sommes dans un marché qui est loin de la saturation, il y a de la place pour tout le monde.»

Sans oublier le fait que, pour certains patients, ces organismes sont tout bonnement un baume irremplaçable, croit le Dr Pierre Dubé, qui a créé le Regroupement des professionnels pour la santé du sein (RPSS) en réaction à la saturation du système de santé. «Il peut y avoir des questions qui ne nous apparaissent pas de prime abord de première importance. Quand tu viens d'opérer quelqu'un pour un cancer du sein, aborder l'alimentation, ça peut paraître bien secondaire parce qu'initialement, ce qu'on veut, c'est sauver la vie. Mais quand la vie recommence, peut-être qu'on peut faire en sorte qu'elle soit meilleure, et ça, ça n'a pas sa place à l'hôpital. C'est aux groupes de soutien de prendre le relais.»






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  • Dominique Dupire
    Inscrite
    samedi 25 août 2007 08h34
    Petites rectifications
    « Le tueur no 1 ?? Quand-même ! Je peux me tromper, mais il me semble pourtant que le suicide, les accidents de la route, le cancer du poumon sont des causes de décès plus fréquentes.

    Par ailleurs, la douleur est infinie, certes, et je compatis sincèrement avec toutes les personnes atteintes de maladie grave, mais le cancer du sein demeure une des maladies dont la recherche est le mieux financée. Par exemple, 8 fois plus d'argent y sont investis que dans la recherche sur le cancer de la prostate qui tue à peu près autant d'hommes que le cancer du sein tue de femmes. Même en compensant pour le nombre d'années de vie perdues (le cander du sein frappe plus jeune), le ratio demeure de 3 pour un environ.

    Je ne veux pas etre insensible et j'espère sincèrement que cette marche soit un succès et que l'on trouve des remèdes au plus vite, mais ce n'est pas une raison pour dire ces faussetés qui tendent à ravaler au rang de considérations secondaires les autres victimes de maladie graves. »

  • Christian Montmarquette
    Inscrit
    samedi 25 août 2007 18h47
    Nous sommes devenus des « quêteux » disait Michel Chatrand !
    « Nous sommes devenus une bande de « quéteux » s'insurgeait Michel Chartrand lors de sa tournée du Québec en faisant la promotion et l'éducation au sujet du Revenu de citoyenneté. Je n'en reviens jamais combien nous applaudissons tous les jours le capitalisme pour ensuite nous émouvoir tout larmoyant, que nos systèmes publiques deviennent chaque jour un peu plus déficients... Sachez bien que nous sommes complètement inconséquents politiquement et que nous en payons comme vous voyez, tous les jours le prix. Nous quêtons pour les paniers de Noël pour les pauvres, nous quêtons pour l'hôpital Sainte-Justine, les groupes communautaires « quêtes » pour combler leur éternels manques à gagner, pour le cancer du sein, pour les familles vont régulièrement au comptoirs publiques pour nourrir leurs enfants les fins de mois. Sans compter tous ces Téléthons de ci et de ça ! Et la Fondation Chagnon qui a planqué trois milliards à l'abri du fisc et qui n'en consent que les intérêts à la petite cuillère aux organismes nécessiteux.

    Mais quand comprendrons boien que c'est le système lui-même qui est à la racine du problème. Comprenons qu'en 1970 les entreprises contribuaient pour 40% des revenus de l'État ! Alors qu'aujourd'hui, elles ne contribuent guère plus que pour 10% !

    Mais quand comprendrons-nous que la sécurité des citoyens, la Santé et le revenu sont des responsabilité fondamentales de l'État ! Qu'individuellement, nous ne pourrons jamais en venir à bout !

    Et quand comprendrons-nous que nous avons désespérément d'un nouveau contrat social où tous et toutes seront également protégés ?

    Nous avons tellement peur du socialisme, alors que nous sommes paradoxalement si fiers de nos systèmes publics de Santé, d'Éducation et de garderies qu'il a inspirés ; et alors que c'est le capitalisme sauvage qui engendre les pires injustices, les pires inégalités, les pires guerres, la pire pollution de la planète et qui affame des continents entiers tous les jours ?

    Quand cesserons-nous d'élire ces incessants gouvernements de droite qui nous dirigent et se lavent constamment les mains de leurs responsabilités ? Quand cesserons nous de croire qu'il n'y a pas d'alternative à ce pathétique manque de progressisme social ?

    Quand apprendrons nous que ce n'est pas une fatalité et commencerons nous à nous politiser et à apprendre à voter ?


    Christian Montmarquette

    Militant pour l'éradication de la pauvreté
    et l'indépendance du Québec »

  • Louise-Maude Rioux-Soucy
    Abonné
    dimanche 26 août 2007 01h54
    Une précision
    « Un mot seulement pour Dominique Dupire. Il semble y avoir eu confusion. Ce n'est pas le cancer du sein qui est le tueur numéro un au Québec, mais bien le cancer, point, comme il est d'ailleurs bien précisé dans ce dossier... »

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