Infections transmises sexuellement - Jeunesse à risque
Trois jeunes Québécois sur cinq sont prêts à balancer le condom à la première occasion
Photo : Jacques Nadeau
Être capable de négocier le port du condom est difficile, les jeunes ont du mal à le faire», explique le Dr Pierre-Paul Tellier.
Chlamydia, gonorrhée, syphilis, VPH, VIH... Les campagnes de sensibilisation ont beau se suivre à un rythme soutenu au Québec, le bilan des jeunes en matière de santé sexuelle continue à inquiéter. Et non sans raison, montre un sondage Léger Marketing, qui met des chiffres sur la banalisation grandissante qui règne chez les 18 à 34 ans.
Réduisez le nombre de cours d'éducation sexuelle dans les écoles, mélangez cela avec une certaine méconnaissance des infections transmises sexuellement (ITS) et la persistance de certains mythes pour le moins tenaces, et vous vous retrouverez avec des jeunes qui non seulement prennent des risques, mais qui sont de plus en plus nombreux à en payer le prix, résume le Dr Pierre-Paul Tellier, qui était invité hier à commenter les résultats d'un sondage mené auprès de jeunes utilisateurs de condoms.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Même parmi ceux qui font appel au condom pour se protéger, seuls 61 % des Québécois francophones affirment le porter toujours ou, à tout le moins, la plupart du temps. «Et là, je le répète, on ne parle ici que de ceux qui achètent des condoms, ce qui laisse en plan près de 40 % des jeunes à propos desquels on ne sait rien. On a un problème, un gros problème», croit le Dr Tellier, qui dirige le service de santé des étudiants à l'université McGill.
C'est que les jeunes ont beau avoir une assez bonne connaissance factuelle des ITS — 32 % des francos et 53 % des anglos se disent «très bien informés» —, cela ne les empêche pas d'envoyer promener le condom si l'occasion se présente. Le hic, c'est que cette fameuse occasion repose sur des bases fragiles qui relèvent plus souvent du mythe que de la réalité. En effet, les jeunes Québécois, anglos et francos confondus, sont
61 % à affirmer que la principale raison pour laquelle ils n'utilisent pas de condom à chaque relation sexuelle est qu'ils croient que leur partenaire est «propre».
Cette banalisation n'est pas sans conséquences. Le dernier bilan dressé en décembre dernier par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) montre une situation explosive quant à la syphilis et à la lymphogranulomatose vénérienne, de même qu'une stabilisation, mais «à un niveau élevé», de la chlamydiose et de l'infection au VIH. «Ce document confirme une hausse majeure des ITS et pour nous, ça dénote vraiment un relâchement de l'utilisation du condom», explique Hélène Gingras, agente d'information au MSSS.
Dans ce document, on s'inquiète moins des connaissances des jeunes, «qui savent très bien se protéger et comment on contracte une infection», que de leurs comportements, poursuit Mme Gingras. «On a l'impression qu'il y a une banalisation des ITS, et même du VIH, parce qu'avec la trithérapie, le sida est devenu un peu invisible.» Le Dr Tellier croit lui aussi que la banalisation a un rôle à jouer. Mais il estime que la formation reste déficiente. À titre d'exemple, il cite la légèreté avec laquelle les jeunes abordent les ITS, à l'exception du VIH, qui préoccupe 95 % des francos et 89 % des anglos, et de l'herpès, qui est une source d'inquiétude pour 64 % des francos et 79 % des anglos.
Selon lui, il y a d'ailleurs une nuance à faire entre les connaissances factuelles et purement biologiques, et la pratique, telle qu'on l'enseignait dans les écoles avec des jeux de rôles et des activités interactives, une formule aujourd'hui reprise dans des ateliers, mais en marge du cursus scolaire. «Les jeunes pensent être informés, mais ils ne le sont pas vraiment. Ils ont aussi des lacunes sur le plan relationnel. Être capable de négocier le port du condom est difficile, ils ont du mal à le faire», raconte celui qui est appelé à répondre aux jeunes qui s'interrogent sur leur sexualité.
Toutes ces lacunes ne sont pas étrangères à la recrudescence de certaines infections à déclaration obligatoire comme la chlamydiose, qui a doublé en dix ans. Seulement à Montréal, du 22 avril au 19 mai, on en a diagnostiqué 317, dont quatre chez des jeunes adolescents de 10 à 14 ans! L'infection gonococcique et la syphilis infectieuse sont aussi à la hausse dans la population puisque le nombre de cas déclarés est passé, en cinq ans, de 831 à 1260 pour la première, et de 16 à 399 pour la seconde.
Notons enfin que ce sondage a été mené pour le compte de Trojan au mois de janvier dernier auprès de 1811 Canadiens utilisateurs de condoms. Les résultats fournis par un échantillon de cette taille peuvent être considérés comme précis à plus ou moins 2,3 %, 19 fois sur 20.
Réduisez le nombre de cours d'éducation sexuelle dans les écoles, mélangez cela avec une certaine méconnaissance des infections transmises sexuellement (ITS) et la persistance de certains mythes pour le moins tenaces, et vous vous retrouverez avec des jeunes qui non seulement prennent des risques, mais qui sont de plus en plus nombreux à en payer le prix, résume le Dr Pierre-Paul Tellier, qui était invité hier à commenter les résultats d'un sondage mené auprès de jeunes utilisateurs de condoms.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Même parmi ceux qui font appel au condom pour se protéger, seuls 61 % des Québécois francophones affirment le porter toujours ou, à tout le moins, la plupart du temps. «Et là, je le répète, on ne parle ici que de ceux qui achètent des condoms, ce qui laisse en plan près de 40 % des jeunes à propos desquels on ne sait rien. On a un problème, un gros problème», croit le Dr Tellier, qui dirige le service de santé des étudiants à l'université McGill.
C'est que les jeunes ont beau avoir une assez bonne connaissance factuelle des ITS — 32 % des francos et 53 % des anglos se disent «très bien informés» —, cela ne les empêche pas d'envoyer promener le condom si l'occasion se présente. Le hic, c'est que cette fameuse occasion repose sur des bases fragiles qui relèvent plus souvent du mythe que de la réalité. En effet, les jeunes Québécois, anglos et francos confondus, sont
61 % à affirmer que la principale raison pour laquelle ils n'utilisent pas de condom à chaque relation sexuelle est qu'ils croient que leur partenaire est «propre».
Cette banalisation n'est pas sans conséquences. Le dernier bilan dressé en décembre dernier par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) montre une situation explosive quant à la syphilis et à la lymphogranulomatose vénérienne, de même qu'une stabilisation, mais «à un niveau élevé», de la chlamydiose et de l'infection au VIH. «Ce document confirme une hausse majeure des ITS et pour nous, ça dénote vraiment un relâchement de l'utilisation du condom», explique Hélène Gingras, agente d'information au MSSS.
Dans ce document, on s'inquiète moins des connaissances des jeunes, «qui savent très bien se protéger et comment on contracte une infection», que de leurs comportements, poursuit Mme Gingras. «On a l'impression qu'il y a une banalisation des ITS, et même du VIH, parce qu'avec la trithérapie, le sida est devenu un peu invisible.» Le Dr Tellier croit lui aussi que la banalisation a un rôle à jouer. Mais il estime que la formation reste déficiente. À titre d'exemple, il cite la légèreté avec laquelle les jeunes abordent les ITS, à l'exception du VIH, qui préoccupe 95 % des francos et 89 % des anglos, et de l'herpès, qui est une source d'inquiétude pour 64 % des francos et 79 % des anglos.
Selon lui, il y a d'ailleurs une nuance à faire entre les connaissances factuelles et purement biologiques, et la pratique, telle qu'on l'enseignait dans les écoles avec des jeux de rôles et des activités interactives, une formule aujourd'hui reprise dans des ateliers, mais en marge du cursus scolaire. «Les jeunes pensent être informés, mais ils ne le sont pas vraiment. Ils ont aussi des lacunes sur le plan relationnel. Être capable de négocier le port du condom est difficile, ils ont du mal à le faire», raconte celui qui est appelé à répondre aux jeunes qui s'interrogent sur leur sexualité.
Toutes ces lacunes ne sont pas étrangères à la recrudescence de certaines infections à déclaration obligatoire comme la chlamydiose, qui a doublé en dix ans. Seulement à Montréal, du 22 avril au 19 mai, on en a diagnostiqué 317, dont quatre chez des jeunes adolescents de 10 à 14 ans! L'infection gonococcique et la syphilis infectieuse sont aussi à la hausse dans la population puisque le nombre de cas déclarés est passé, en cinq ans, de 831 à 1260 pour la première, et de 16 à 399 pour la seconde.
Notons enfin que ce sondage a été mené pour le compte de Trojan au mois de janvier dernier auprès de 1811 Canadiens utilisateurs de condoms. Les résultats fournis par un échantillon de cette taille peuvent être considérés comme précis à plus ou moins 2,3 %, 19 fois sur 20.
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