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Une pilule miracle inutilisée

Louise-Maude Rioux Soucy   7 juillet 2007  Santé
Tiré du film L’Aveuglement hystérique (Hysterical Blindness) de Mira Nair.
Tiré du film L’Aveuglement hystérique (Hysterical Blindness) de Mira Nair.
Sans l'Avastin, Judy Prevost aurait perdu la vue. Elle n'est pas la seule; dans les cabinets privés des ophtalmologistes québécois, ils sont déjà des centaines à avoir payé de leur poche pour bénéficier de ce médicament qui fait des petits miracles dans le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). À l'hôpital toutefois, l'Avastin n'a droit de cité que dans une petite poignée d'établissements québécois. Tous les autres hôpitaux persistent à utiliser le Macugen, même s'il lui est inférieur et coûte jusqu'à 30 fois plus cher, a appris Le Devoir.

L'enjeu n'est pas anodin. Avec le vieillissement de la population, la mainmise sur les traitements destinés à la DMLA revêt des allures de petite mine d'or. Mais voilà, le problème de l'Avastin est qu'il a été fabriqué pour traiter... le cancer du côlon! Qu'à cela ne tienne, il n'en demeure pas moins bien plus efficace que le Macugen, soutient le Dr Mikaël Sebag, de la clinique d'ophtalmologie de l'hôpital Notre-Dame du CHUM. «Avec l'Avastin, on fait le traitement et on gagne de la vision. Les patients maintiennent un niveau de vision utile, ils sont fonctionnels et conduisent encore leur voiture. Avec le Macugen, on ne peut que ralentir la perte de vision.»

Le Dr Sebag n'est pas le seul à croire que l'Avastin devrait pouvoir être utilisé dans les hôpitaux comme cela se fait couramment dans les cabinets privés du Québec. Le Programme de gestion thérapeutique des médicaments (PGTM) — mis en place par les cinq centres hospitaliers universitaires pour favoriser une utilisation maximale des médicaments — le croit aussi. Dans un document préliminaire daté du 7 février dernier, son comité d'étude recommandait que l'Avastin soit considéré comme une option thérapeutique valable dans tous les hôpitaux.

Cette prise de position n'a toutefois pas ébranlé les établissements qui ont choisi de camper sur leur position aussi longtemps que l'Avastin ne sera pas remboursé par la RAMQ, au grand dam du Dr Sebag, qui trouve cette attitude parfaitement «hypocrite». «Le fait est qu'on se retrouve avec une situation de fait où le médicament est utilisé couramment par tout le monde au Québec alors que, dans les hôpitaux, on n'est même pas capable d'en faire profiter les patients qui en ont besoin.»

La Québécoise Judy Prevost est de ceux-là, elle qui fut l'une des premières à bénéficier du traitement à son arrivée sur le marché canadien, sur les conseils du Dr Sebag. Aujourd'hui, ses moyens ne lui permettent plus d'assumer les coûts de l'Avastin toutes les six semaines, si minimes soient-ils. Sachant cela, son médecin a été contraint de lui prescrire le Macugen, qui, lui, est entièrement remboursé par la Régie de l'assurance maladie, mais à un coût autrement plus prohibitif pour la société, soit à raison de 8557 $ par année contre seulement 250 $ pour l'Avastin, préparation comprise.

Pour l'instant, Mme Prevost hésite encore à faire le transfert, qui pourrait bien lui coûter la vue, elle qui a déjà perdu l'usage d'un oeil avant de passer à l'Avastin, il y a un an et demi. «Avec l'Avastin, j'ai pu recommencer à lire, j'étais très heureuse de cela. Mais si j'arrête, ma vue va décliner très rapidement, et je perdrai certainement la bataille», raconte-t-elle depuis sa demeure de Saint-Lambert.

Aussi poignant soit-il, ce genre de témoignage ne réussit pas à avoir raison de la frilosité des décideurs, qui rechignent à autoriser un médicament qui n'a pas été homologué pour cette fin par Santé Canada. Le problème, c'est qu'il ne le sera probablement jamais, croit le Dr Sebag. Pour cela, il faudrait en effet que son fabricant, le laboratoire Genentech, en fasse la demande formelle. Or ce dernier a bien compris que son avantage était ailleurs, dans la production d'une molécule «désignée» spécifiquement pour la DMLA.

Flairant la bonne affaire, le laboratoire a pris sa molécule mère pour en faire une molécule fille, le Lucentis, destiné uniquement au traitement de la DMLA. Ce faisant, le laboratoire s'est ouvert un marché bien plus lucratif que le premier. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Aux États-Unis, le Lucentis a été homologué par la Food and Drug Administration et il est maintenant disponible au coût de 1950 $US la dose, contre 30 $CAN l'injection pour la molécule mère dont il est issu!

Certes, son action est plus ciblée, mais les résultats, eux, restent très semblables, affirme le Dr Sebag, qui voit d'un mauvais oeil l'arrivée prochaine du Lucentis sur le marché canadien. «Nous risquons de voir la Régie rembourser le Lucentis parce que les études sont bonnes et que la compagnie y a mis toute sa confiance pour la DMLA. La question est maintenant de savoir si, comme société, nous allons accepter ce médicament à raison de 1950 $US le traitement alors qu'il existe déjà une solution raisonnable, à une fraction du coût, qui est tout aussi bonne, sinon meilleure... »

La question taraude les spécialistes depuis plusieurs mois déjà. En novembre dernier, le coeur d'ophtalmologistes américains et internationaux avait été sondé à l'occasion d'un colloque tenu aux États-Unis. À la question de savoir, dans le cas où l'Avastin et le Lucentis seraient vendus au même prix, lequel ils utiliseraient, plus de 55 % ont dit qu'ils continueraient d'utiliser l'Avastin pour des «raisons probables, théoriques, d'efficacité», raconte le Dr Sebag.

Depuis, le débat continue à diviser la communauté médicale, faute d'études substantielles. Plusieurs spécialistes attendent d'ailleurs avec impatience la vaste étude comparative qui sera menée sous peu par le National Institute of Health (NIH) américain. En attendant, les mises en garde s'accumulent. En France, des médecins ont ouvertement mis en doute la pertinence d'abandonner le premier au profit du second. «Les ressources ne sont pas illimitées. Avec l'Avantis, nous observons des effets rapides et efficaces, qui ne plombent pas le budget de l'hôpital. Vu le nombre de malades à traiter, on ne peut s'abstraire du problème du coût», confiait récemment au Figaro le professeur Dominique Chauvaud, de l'Hôtel-Dieu de Paris.

En Australie, l'introduction du Lucentis a carrément donné lieu à une guerre de tranchées entre les hôpitaux, les laboratoires concernés et le gouvernement. Là-bas, ce sont les compagnies pharmaceutiques qui ont finalement réussi à imposer leurs vues en faisant interdire l'Avastin dans les hôpitaux pour traiter la DMLA, question de faire toute la place au Lucentis, dénonce le Dr Sebag.

Un pareil coup de force au Canada n'est pas improbable et doit absolument être contrecarré, poursuit l'ophtalmologiste. Judy Prevost partage cet avis, même si elle sait que, pour elle, l'homologation du Lucentis pourrait faire toute la différence. «Si le Lucentis était remboursé, je serais la première à le prendre, mais en même temps, il y a quelque chose de malsain à jouer le jeu de la compagnie alors que l'Avastin fonctionne déjà bien à un moindre coût.»

D'autant que le Lucentis ne marque que le début d'une longue série de médicaments taillés sur mesure destinés à apparaître bientôt sur le marché très lucratif des baby-boomers vieillissants, prévient le Dr Sebag. «Jusqu'à présent, on a choisi de se battre hôpital par hôpital, mais le problème dépasse largement ce terrain. Il revient à la société de prendre position parce qu'il y a là des implications financières et sociales importantes», conclut l'ophtalmologiste.






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  • Rino St-Amand
    Inscrit
    samedi 7 juillet 2007 10h23
    Traiter des maladies, ou faire des profits...
    « L'objet d'une entreprise, que celle-ci soit coté en bourse ou non, est de jouer de stratégie pour faire le meilleur profit possible. Dans le domaine pharmaceutique, par exemple, il est évident qu'il est plus intéressant de mettre sur le marché un médicament dont le patient sera dépendant pour le reste de ses jours, qu'un autre qui le guérirait avec la prise d'une seule dose. Un excellente stratégie pharmaceutique, par exemple, c'est de développer un antihistaminique, qui provoquera une baisse de l'humeur, qui entrainera la prise de psychotrropes, qui eux provoqueront une baisse de libido, entrainant ainsi la prise d'un remontant du type Viagra, dont l'avantage est de provoquer une monté de l'hypertension.

    Un gros merci à l'industrie pharmaceutique pour savoir si bien nous traiter. »

  • suzanne huard
    Inscrite
    samedi 7 juillet 2007 11h02
    c'est quoi le problèmes du Canada???
    « Selon M. Williams, le Canada investira au moins 70 millions dans la recherche au cours des cinq prochaines années pour contrer les bombes artisanales.

    Pendant que plusieurs personnes vivent avec des problèmes graves de santé au Québec et dans les autres provinces du Canada Notre cher premier ministre Harper préfère investire dans la recherche pour contre les bombes artisanals..

    C'est quoi sont problème???
    Il est même pas capable de s'occuppé des personnes qui l'on élu.
    Je pense avoir deviné les itension de M harper!

    Envoyer nos soldats mourrir au loin et laissez les gens maladea mourrir a petit feu et aussi eliminé de la cartes et gens vivant de l'aide et de la solidarité socaile,

    Au bout de la ligne il pourras se vanté d'avoir reduits le temps d'attente dans les hopitaux et d'avoir réussis
    a atteindre pauvreté Zéro d'ici 5 ans.

    Suzanne Huard »

  • JM
    Abonné
    samedi 7 juillet 2007 11h22
    Bref, un beau débat de société dans le domaine de la santé.
    « Après avoir lu cet article, ça m'amène à me poser quelques questions. Les lois sont-elles au service du capital des entreprises pharmaceutiques ou de la société dans son ensemble? Tout bien considéré, je peux comprendre que nous sommes en quelque sorte des otages entre les mains d'une compagnie pharmaceutique mais jusqu'où les pharmaceutiques peuvent-elles aller, d'un point de vue éthique? Qu'est-ce que Santé Canada a à dire dans un dossier semblable?

    Comme le conclût si bien le docteur Sebag, grâce aux commentaires de madame Louise-Maude Soucy dans son article: «Jusqu'à présent, on a choisi de se battre hôpital par hôpital, mais le problème dépasse largement ce terrain. Il revient à la société de prendre position parce qu'il y a là des implications financières et sociales importantes». Dans ce creuset social dans le domaine de la santé, il y a là un beau débat de société pour notre avenir. »

  • Fernande Trottier
    Abonnée
    samedi 7 juillet 2007 13h33
    une pilule inutilisée..
    « Le système de santé coûte cher, très cher.. Si l'Avastin est plus efficace et coûte de beaucoup moins cher.. pourquoi s'obstine-t-on à vouloir prescrire le Lucentis qui lui coûte très cher et est moins efficace ? Je souhaite que tous les québécois qui prennent connaissance de cette réalité prennent la peine de protester auprès du Ministre Couillard.. Je comprends que l'Avastin a été créé pour traiter le cancer de l'intestin, mais il s'avère qu'il fait des petits miracles dans le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). Je n'hésiterais pas à choisir l'Avastin qui est meilleur que le Lucentis.. Allez Dr Couillard, n'hésitez plus à autoriser ce médicament, la RAMQ s'en portera que mieux et les patients itou... Merci !! »

  • Chantale Pelletier
    Inscrite
    jeudi 12 juillet 2007 09h10
    Pas seulement les personnes âgées.
    « J'ai 38 ans et j'ai reçu huit injextions d'Avastin et ce avec d bons résultats. Ce traitement es essentiel afin que je pousuive ma vie professionnelle et que je ne me retrouve pas sur l'invalidité pour le reste de cette dernière. Il est temps que le Ministère mette ses sulottes et cesse de donner le pouvoir aux compagnies pharmaceutiques. Il est temps, que l'on fasse comfiance à nos médecins et à leur avis sur le meilleure médicament à utiliser. »

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