Des infirmières aux abois
Photo : Jacques Nadeau
La directrice des soins infirmiers de l’hôpital du Sacré-Coeur, Johanne Salvail (à droite), s’explique devant des infirmières excédées par le manque de personnel.
Les vacances d'été sont à peine commencées que la pénurie frappe déjà fort à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. Hier, les infirmières affiliées à la CSN étaient de retour pour une quatrième fois devant le conseil d'administration de l'établissement situé sur le boulevard Gouin. Mais cette fois, elles n'étaient pas seules. Des intensivistes et des urgentologues étaient aussi à leurs côtés pour dénoncer à l'unisson une situation qui, à leurs yeux, met à mal la qualité des soins donnés dans cet hôpital affilié à l'Université de Montréal.
Cette sortie publique n'a pas du tout plu à la direction de l'hôpital, qui a riposté en fin d'après-midi en organisant une conférence de presse impromptue sur le bitume du stationnement de l'hôpital, trois heures avant le conseil d'administration. Se disant «très consciente» de la pénurie qui sévit dans la région montréalaise, la directrice des soins infirmiers, Johanne Salvail, a âprement défendu le plan de réorganisation des soins mis en place par la direction pour «contrer et minimiser l'impact de la pénurie», notamment par l'embauche de plusieurs infirmières auxiliaires.
Sur le terrain toutefois, il semble que les fruits de la réorganisation se font toujours attendre, alors que l'hôpital continue à traîner un déficit de 125 infirmières. Hier, il a été impossible de tâter le pouls du personnel, les journalistes n'étant pas admis dans l'établissement qui, pour l'occasion, était gardé par des agents de sécurité refoulant ces derniers dans le stationnement. Pour la présidente du Syndicat des professionnels en soins infirmiers et cardiorespiratoires, il est toutefois clair que ces efforts ne sont pas suffisants. «Nos infirmières sont épuisées et les vacances d'été commencent à peine. Nous voulons un plan d'action, nous voulons des solutions concrètes. Toutes les unités sont derrière nous et nous appuient», a affirmé Lise Therrien.
Depuis plusieurs mois, toutes les infirmières sont tenues de faire des heures supplémentaires, au moins une ou deux fois par semaine chacune, sinon davantage, a dénoncé le syndicat. Pas un jour ne passe non plus sans que des unités aient à fonctionner avec une à quatre, sinon cinq infirmières en moins. Dans ces unités, il arrive même que des infirmières puissent avoir à prendre soin de deux fois plus de patients que d'ordinaire. «Quand tu dois prendre soin de 18 patients au lieu de neuf, il est évident qu'il y a des choses que tu ne peux plus humainement faire», a déploré Mme Therrien.
Selon son syndicat, de telles conditions ont des répercussions directes sur la clientèle, qui n'est pas dupe des difficultés que vivent les infirmières. «On invite les gens à dénoncer ce genre de situation, mais ils n'osent pas parce qu'ils ne veulent pas nuire à celui ou à celle qui a quand même fait tout son possible pour l'aider.» À l'urgence par exemple, un patient atteint d'une phlébite à une jambe a quitté les lieux après deux heures et quart d'attente sans avoir été traité ni même avoir rencontré personne, le seul infirmier disponible étant mobilisé par des polytraumatisés.
Plus inquiétant encore, il semble que la pouponnière ait été fermée temporairement au cours des dernières semaines parce qu'on ne trouvait personne pour combler le quart de travail de soir. Cette décision inhabituelle a forcé la relocalisation des bébés instables à la salle d'accouchement, déjà pourtant passablement occupée. Hier, la directrice des soins infirmiers affirmait ne pas avoir été mise au courant de cette décision qui devrait faire l'objet d'une enquête.
Cette dernière a aussi contesté les doléances des infirmières en ce qui concerne le recours aux heures supplémentaires. Alors que les infirmières se plaignent d'un recours presque «systémique», Johanne Salvail affirme qu'il s'agit plutôt d'un dernier recours. Selon elle, l'hôpital préfère faire appel aux agences privées, une tendance qui n'a cessé d'augmenter ces derniers mois. «Au total, les heures supplémentaires obligatoires représentent moins de 1 % des heures supplémentaires effectuées dans tout l'hôpital», a argué Mme Salvail.
Mais ce calcul ne rend pas du tout compte des efforts qui sont demandés quotidiennement aux infirmières sur une base volontaire, a aussitôt rétorqué la présidente de leur syndicat. «Le recours aux heures supplémentaires est devenu tellement généralisé que j'ai des gens qui viennent dans mon bureau tous les jours pour réclamer qu'on fasse quelque chose; j'en ai même qui viennent en larmes tellement ils sont à bout.» Le moral n'est d'ailleurs pas très bon dans les unités de soins, où les professionnels sont de plus en plus nombreux à songer à démissionner, selon elle.
Le recrutement est encore plus difficile. Dans la dernière année, 193 infirmières ont été embauchées. Techniquement, cela aurait dû suffire amplement à combler les 28 départs à la retraite. Mais au bout du compte, l'hôpital a finalement essuyé 171 départs, plusieurs infirmières ayant aussi choisi de poursuivre leur carrière ailleurs. Au total, le compte s'est donc arrêté à 22 infirmières de plus cette année. La direction convient que c'est très peu, mais elle fait valoir que son établissement est en compétition avec tous les établissements québécois, ce qui rend la rétention du personnel extrêmement difficile.
Le syndicat croit plutôt qu'il faut miser sur un meilleur climat de travail et sur un meilleur encadrement de la relève. Pourvu, bien sûr, que celle-ci montre de l'intérêt pour la profession. «Quand personne n'est volontaire, on prend la plus jeune, puis le lendemain, c'est une autre personne et une autre. Mais le tour de chacune vient vite quand on est à moins cinq infirmières dans une unité. [...] Si les conditions continuent à se dégrader comme ça, il est clair que la relève ne viendra tout simplement plus», craint Mme Therrien.
Ce n'est pas la première fois que les infirmières prennent la peine d'interpeller le conseil d'administration sur la pénurie. Les syndiquées s'étaient présentées une première fois en février, puis elles sont revenues en mars et en mai. Elles étaient de retour hier soir dans l'amphithéâtre Émilie-Gamelin, plus inquiètes que jamais, en compagnie d'intensivistes et d'urgentologues qui avaient eux aussi sonné l'alarme, les premiers en mai, les seconds en février.
Cette sortie publique n'a pas du tout plu à la direction de l'hôpital, qui a riposté en fin d'après-midi en organisant une conférence de presse impromptue sur le bitume du stationnement de l'hôpital, trois heures avant le conseil d'administration. Se disant «très consciente» de la pénurie qui sévit dans la région montréalaise, la directrice des soins infirmiers, Johanne Salvail, a âprement défendu le plan de réorganisation des soins mis en place par la direction pour «contrer et minimiser l'impact de la pénurie», notamment par l'embauche de plusieurs infirmières auxiliaires.
Sur le terrain toutefois, il semble que les fruits de la réorganisation se font toujours attendre, alors que l'hôpital continue à traîner un déficit de 125 infirmières. Hier, il a été impossible de tâter le pouls du personnel, les journalistes n'étant pas admis dans l'établissement qui, pour l'occasion, était gardé par des agents de sécurité refoulant ces derniers dans le stationnement. Pour la présidente du Syndicat des professionnels en soins infirmiers et cardiorespiratoires, il est toutefois clair que ces efforts ne sont pas suffisants. «Nos infirmières sont épuisées et les vacances d'été commencent à peine. Nous voulons un plan d'action, nous voulons des solutions concrètes. Toutes les unités sont derrière nous et nous appuient», a affirmé Lise Therrien.
Depuis plusieurs mois, toutes les infirmières sont tenues de faire des heures supplémentaires, au moins une ou deux fois par semaine chacune, sinon davantage, a dénoncé le syndicat. Pas un jour ne passe non plus sans que des unités aient à fonctionner avec une à quatre, sinon cinq infirmières en moins. Dans ces unités, il arrive même que des infirmières puissent avoir à prendre soin de deux fois plus de patients que d'ordinaire. «Quand tu dois prendre soin de 18 patients au lieu de neuf, il est évident qu'il y a des choses que tu ne peux plus humainement faire», a déploré Mme Therrien.
Selon son syndicat, de telles conditions ont des répercussions directes sur la clientèle, qui n'est pas dupe des difficultés que vivent les infirmières. «On invite les gens à dénoncer ce genre de situation, mais ils n'osent pas parce qu'ils ne veulent pas nuire à celui ou à celle qui a quand même fait tout son possible pour l'aider.» À l'urgence par exemple, un patient atteint d'une phlébite à une jambe a quitté les lieux après deux heures et quart d'attente sans avoir été traité ni même avoir rencontré personne, le seul infirmier disponible étant mobilisé par des polytraumatisés.
Plus inquiétant encore, il semble que la pouponnière ait été fermée temporairement au cours des dernières semaines parce qu'on ne trouvait personne pour combler le quart de travail de soir. Cette décision inhabituelle a forcé la relocalisation des bébés instables à la salle d'accouchement, déjà pourtant passablement occupée. Hier, la directrice des soins infirmiers affirmait ne pas avoir été mise au courant de cette décision qui devrait faire l'objet d'une enquête.
Cette dernière a aussi contesté les doléances des infirmières en ce qui concerne le recours aux heures supplémentaires. Alors que les infirmières se plaignent d'un recours presque «systémique», Johanne Salvail affirme qu'il s'agit plutôt d'un dernier recours. Selon elle, l'hôpital préfère faire appel aux agences privées, une tendance qui n'a cessé d'augmenter ces derniers mois. «Au total, les heures supplémentaires obligatoires représentent moins de 1 % des heures supplémentaires effectuées dans tout l'hôpital», a argué Mme Salvail.
Mais ce calcul ne rend pas du tout compte des efforts qui sont demandés quotidiennement aux infirmières sur une base volontaire, a aussitôt rétorqué la présidente de leur syndicat. «Le recours aux heures supplémentaires est devenu tellement généralisé que j'ai des gens qui viennent dans mon bureau tous les jours pour réclamer qu'on fasse quelque chose; j'en ai même qui viennent en larmes tellement ils sont à bout.» Le moral n'est d'ailleurs pas très bon dans les unités de soins, où les professionnels sont de plus en plus nombreux à songer à démissionner, selon elle.
Le recrutement est encore plus difficile. Dans la dernière année, 193 infirmières ont été embauchées. Techniquement, cela aurait dû suffire amplement à combler les 28 départs à la retraite. Mais au bout du compte, l'hôpital a finalement essuyé 171 départs, plusieurs infirmières ayant aussi choisi de poursuivre leur carrière ailleurs. Au total, le compte s'est donc arrêté à 22 infirmières de plus cette année. La direction convient que c'est très peu, mais elle fait valoir que son établissement est en compétition avec tous les établissements québécois, ce qui rend la rétention du personnel extrêmement difficile.
Le syndicat croit plutôt qu'il faut miser sur un meilleur climat de travail et sur un meilleur encadrement de la relève. Pourvu, bien sûr, que celle-ci montre de l'intérêt pour la profession. «Quand personne n'est volontaire, on prend la plus jeune, puis le lendemain, c'est une autre personne et une autre. Mais le tour de chacune vient vite quand on est à moins cinq infirmières dans une unité. [...] Si les conditions continuent à se dégrader comme ça, il est clair que la relève ne viendra tout simplement plus», craint Mme Therrien.
Ce n'est pas la première fois que les infirmières prennent la peine d'interpeller le conseil d'administration sur la pénurie. Les syndiquées s'étaient présentées une première fois en février, puis elles sont revenues en mars et en mai. Elles étaient de retour hier soir dans l'amphithéâtre Émilie-Gamelin, plus inquiètes que jamais, en compagnie d'intensivistes et d'urgentologues qui avaient eux aussi sonné l'alarme, les premiers en mai, les seconds en février.
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