Le plus beau métier du monde
Emmanuelle Jourdenais - Urgentologue et chef du département de médecine d'urgence du CHUM
16 juin 2007
Santé
Je fais le plus beau métier du monde. Je suis médecin. Urgentologue. Au CHUM. J'ai chaque jour le privilège d'entrer en contact avec certains d'entre vous. Les méandres de vos corps et leurs défaillances n'ont pas de secrets pour moi. Je vous écoute, je panse vos blessures. J'essaie de bien prendre soin de vous. Je connais l'odeur de la peur, du sang chaud qui coule, de la douleur, de la mort. Parfois, je sauve une vie; souvent, j'en accompagne une vers la mort. Je travaille sous pression, parfois jusqu'à 12 heures par jour. J'ai à peine le temps de manger ou de faire pipi. Je sais à quelle heure je pars de la maison, jamais à quelle heure je vais rentrer. Je travaille le jour, le soir, la nuit, à Noël, la fin de semaine, à la fête de mes enfants. Mais malgré tout, j'aime mon travail.
Depuis six mois, j'ai accepté de devenir chef du département de médecine d'urgence du CHUM. Cette décision ne fut pas facile. J'ai accepté ce poste avec beaucoup de candeur et d'enthousiasme, comme un défi stimulant. Depuis, la réalité m'a rattrapée. J'ai l'impression d'avoir accouché de triplés qui font mal leurs nuits, qui ont des coliques, qui percent leurs dents, et j'en passe. Tout comme une mère, j'ai cette préoccupation constante de savoir comment se portent mes enfants et de vouloir qu'ils aillent bien. Comme mes urgences traversent beaucoup de difficultés, je suis très inquiète. Je ne fais pas de dépression post-partum, mais j'ai souvent le sentiment d'être seule avec beaucoup de responsabilités et bien peu de moyens.
La principale difficulté vient du fait qu'on reproche constamment et depuis longtemps aux urgences, et pas seulement à celles du CHUM, que si elles débordent, c'est parce que nous, les gens de l'urgence, nous les gérons mal. La réalité est cependant beaucoup plus complexe: l'encombrement des urgences n'est que le symptôme d'une maladie multisystémique grave, très grave. Et que je souhaite encore curable.
J'aimerais recadrer certains éléments en ce qui concerne l'engorgement des urgences. Ce ne sont pas les urgences qui débordent mais bien les hôpitaux, et le réseau ne parvient pas à les épauler. La responsabilité n'incombe pas uniquement aux urgences, elle doit être partagée avec tous les intervenants du système. L'urgence peut optimiser ses processus, mais ces améliorations ont des limites. Je n'ai pas la prétention de connaître la solution, mais j'ai la volonté de faire avancer les choses. Par contre, il m'est impossible de le faire seule. Tous les intervenants du réseau devront prendre leur part de responsabilités si on veut sortir de cette crise.
La solution dans le problème
Ce n'est pas un bulletin dont j'ai besoin. Je sais depuis longtemps que les urgences du CHUM connaissent des difficultés. Je le sais quotidiennement puisque j'y vis. Ce dont j'ai besoin, c'est que tous s'approprient le problème et fassent partie de la solution.
Les patients qui doivent transiter dans nos urgences sont vulnérables. Leur condition requiert beaucoup plus d'égards que ce qui leur est donné actuellement. Le personnel des urgences doit accompagner les patients souvent les plus malades de l'hôpital. Les conditions de travail qu'on leur impose sont plus que difficiles.
Pour en revenir aux urgences, je veux dire à tous nos patients que l'ensemble des membres de l'équipe des urgences et du CHUM ont à coeur leur bien-être et que nous ferons de notre mieux pour subvenir à leurs besoins. Nous faisons de la bonne médecine au CHUM, et même de l'excellente médecine. Le contexte n'est certes pas idéal, mais nous faisons de notre mieux.
La gestion des urgences est un travail d'équipe où les instances administratives, médicales et cliniques du CHUM sont présentes et actives par la mise en place continue de solutions pratiques. Je tiens d'ailleurs à remercier spécialement mes adjoints sur chaque site, Marc, Réal, Stéphane, Pierre et Alain, qui m'assistent dans la gestion des urgences. Merci aussi à Marc, Nathalie et Colombe, mes trois infirmières-chefs, sans qui je n'y arriverais pas.
Je voudrais remercier tous mes collègues de tous les corps de métiers confondus qui oeuvrent dans les urgences. Vous, médecins, infirmières, préposés, commis et tous les autres, je sais que vous travaillez tous très fort et de votre mieux. On vous le dit trop peu souvent, et pourtant, sans votre engagement, votre bon vouloir, vos sourires et vos petites attentions aux patients, la situation serait insoutenable. Merci de continuer à croire en notre mission.
Merci à Élodie, Béatrice et Jacques de tolérer la pagette et le cellulaire qui me relient constamment aux urgences.
Je suis urgentologue et fière de l'être. J'aime mon travail. J'ai à coeur le bien de mes patients. J'aime de moins en moins le contexte dans lequel on m'oblige à travailler. Je supporte mal les conditions qu'on impose à mes patients et à mes collègues. Je n'en peux plus qu'on m'en fasse porter l'odieux. Je n'en peux plus d'être seule à porter ce fardeau.
Depuis six mois, j'ai accepté de devenir chef du département de médecine d'urgence du CHUM. Cette décision ne fut pas facile. J'ai accepté ce poste avec beaucoup de candeur et d'enthousiasme, comme un défi stimulant. Depuis, la réalité m'a rattrapée. J'ai l'impression d'avoir accouché de triplés qui font mal leurs nuits, qui ont des coliques, qui percent leurs dents, et j'en passe. Tout comme une mère, j'ai cette préoccupation constante de savoir comment se portent mes enfants et de vouloir qu'ils aillent bien. Comme mes urgences traversent beaucoup de difficultés, je suis très inquiète. Je ne fais pas de dépression post-partum, mais j'ai souvent le sentiment d'être seule avec beaucoup de responsabilités et bien peu de moyens.
La principale difficulté vient du fait qu'on reproche constamment et depuis longtemps aux urgences, et pas seulement à celles du CHUM, que si elles débordent, c'est parce que nous, les gens de l'urgence, nous les gérons mal. La réalité est cependant beaucoup plus complexe: l'encombrement des urgences n'est que le symptôme d'une maladie multisystémique grave, très grave. Et que je souhaite encore curable.
J'aimerais recadrer certains éléments en ce qui concerne l'engorgement des urgences. Ce ne sont pas les urgences qui débordent mais bien les hôpitaux, et le réseau ne parvient pas à les épauler. La responsabilité n'incombe pas uniquement aux urgences, elle doit être partagée avec tous les intervenants du système. L'urgence peut optimiser ses processus, mais ces améliorations ont des limites. Je n'ai pas la prétention de connaître la solution, mais j'ai la volonté de faire avancer les choses. Par contre, il m'est impossible de le faire seule. Tous les intervenants du réseau devront prendre leur part de responsabilités si on veut sortir de cette crise.
La solution dans le problème
Ce n'est pas un bulletin dont j'ai besoin. Je sais depuis longtemps que les urgences du CHUM connaissent des difficultés. Je le sais quotidiennement puisque j'y vis. Ce dont j'ai besoin, c'est que tous s'approprient le problème et fassent partie de la solution.
Les patients qui doivent transiter dans nos urgences sont vulnérables. Leur condition requiert beaucoup plus d'égards que ce qui leur est donné actuellement. Le personnel des urgences doit accompagner les patients souvent les plus malades de l'hôpital. Les conditions de travail qu'on leur impose sont plus que difficiles.
Pour en revenir aux urgences, je veux dire à tous nos patients que l'ensemble des membres de l'équipe des urgences et du CHUM ont à coeur leur bien-être et que nous ferons de notre mieux pour subvenir à leurs besoins. Nous faisons de la bonne médecine au CHUM, et même de l'excellente médecine. Le contexte n'est certes pas idéal, mais nous faisons de notre mieux.
La gestion des urgences est un travail d'équipe où les instances administratives, médicales et cliniques du CHUM sont présentes et actives par la mise en place continue de solutions pratiques. Je tiens d'ailleurs à remercier spécialement mes adjoints sur chaque site, Marc, Réal, Stéphane, Pierre et Alain, qui m'assistent dans la gestion des urgences. Merci aussi à Marc, Nathalie et Colombe, mes trois infirmières-chefs, sans qui je n'y arriverais pas.
Je voudrais remercier tous mes collègues de tous les corps de métiers confondus qui oeuvrent dans les urgences. Vous, médecins, infirmières, préposés, commis et tous les autres, je sais que vous travaillez tous très fort et de votre mieux. On vous le dit trop peu souvent, et pourtant, sans votre engagement, votre bon vouloir, vos sourires et vos petites attentions aux patients, la situation serait insoutenable. Merci de continuer à croire en notre mission.
Merci à Élodie, Béatrice et Jacques de tolérer la pagette et le cellulaire qui me relient constamment aux urgences.
Je suis urgentologue et fière de l'être. J'aime mon travail. J'ai à coeur le bien de mes patients. J'aime de moins en moins le contexte dans lequel on m'oblige à travailler. Je supporte mal les conditions qu'on impose à mes patients et à mes collègues. Je n'en peux plus qu'on m'en fasse porter l'odieux. Je n'en peux plus d'être seule à porter ce fardeau.
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