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Cliniques privées: des accrocs à la loi

Louise-Maude Rioux Soucy   6 juin 2007  Santé
L'implantation de cliniques jouant ouvertement sur le terrain du privé ne s'est pas faite sans accrocs à la Loi sur l'assurance maladie. Trois organisations ont été rabrouées par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) et deux autres font présentement l'objet d'une enquête, a prévenu hier le ministre de la Santé et des Services sociaux, qui n'entend pas à badiner en la matière. Priées de rentrer dans le rang, ces cliniques s'exposent à «des recours dont la RAMQ assumera la responsabilité et le leadership» si jamais elles s'y refusent, a promis Philippe Couillard.

Les dossiers de ces trois organisations font état de pratiques qui ont fait sursauter la RAMQ. L'une d'entre elles, Medecina de Montréal, a carrément enfreint la loi. Pour des montants allant de 92 $ à 290 $, la firme de courtage offre à ses clients de leur trouver un rendez-vous avec un spécialiste dans des délais ne dépassant pas les 72 heures. Le hic, c'est qu'en versant des sommes d'argent à des médecins spécialistes participant au régime d'assurance maladie en échange de ce service, Medecina contrevient clairement à l'article 22 de la loi, affirme la RAMQ dans son rapport.

Quant aux 15 médecins spécialistes participants qui ont accepté de jouer le jeu de Medecina, ils sont tout aussi fautifs, précise la Régie, qui pourra exiger la récupération des sommes facturées illégalement. Le président de Medecina, Patrick Mercier, a accueilli ce jugement avec regret hier. «On va se conformer à la loi, mais il faut comprendre que c'est une opinion légale parmi d'autres.» La firme entend d'ailleurs trouver un moyen de continuer à offrir ce genre de service, mais autrement. «La zone est tellement grise. Il y a certainement moyen d'ouvrir un dialogue avec les autres cliniques, mais aussi avec le gouvernement, pour voir ce qui peut être fait», a proposé M. Mercier.

En point de presse hier, Philippe Couillard a convenu lui-même que certaines activités propres à la firme de courtage pourront continuer à se faire, cela en toute légalité. «Le fait d'entrer en relation avec des médecins non participants, par exemple, ou de faire payer par des patients, à la firme elle-même et non pas au médecin, des frais pour cette activité-là, ça ne contrevient pas à la Loi sur l'assurance maladie du Québec», a rappelé M. Couillard.

Deux cliniques privées, RocklandMD de Montréal et Opmédic de Laval, ont aussi été pointées par la RAMQ hier. L'une comme l'autre étaient accusées d'avoir exigé des frais accessoires non conformes à la loi. L'enquête a démontré que ces cliniques ont en effet imposé des frais accessoires qui dépassent largement le cadre des ententes intervenues entre Québec et les fédération de médecins. Les deux cliniques devront donc rendre leur liste de frais accessoires conforme à la loi, sous peine de s'exposer elles aussi à des recours légaux, a précisé le ministre.

Il faut bien préciser toutefois que ce ne sont pas tous les frais accessoires qui sont illégaux puisque certains font l'objet d'une lettre d'entente qui permet aux cliniques d'imposer certains frais en échange d'agents anesthésiques et de médicaments bien précis. Cette fameuse lettre d'entente devra toutefois être réactualisée et rapidement, a admis le ministre Couillard. «Sur la question des frais accessoires, [...] la situation n'est pas aussi limpide qu'elle le paraît. Elle gagnerait probablement à être clarifiée davantage par des négociations entre le gouvernement et les fédérations médicales.» L'invitation risque d'ailleurs d'être bien accueillie par les fédérations, qui n'ont eu de cesse de dénoncer son caractère désuet et limitant ces dernières années.

En attendant que le débat soit lancé, les deux cliniques dénoncées dans ce dossier se sont faites discrètes hier. La responsable des communications de la clinique Rockland MD, Julie Liebman, a précisé que la clinique montréalaise n'avait pour l'instant aucun commentaire à faire. La direction compte se donner encore quelques jours pour examiner le rapport d'enquête de la RAMQ, a-t-elle expliqué. Quant à la clinique Opmédic, ses responsables n'ont tout simplement pas donné suite à nos appels.

En ce qui concerne les patients qui ont été lésés par l'une des trois entreprises mises en cause hier, ils ont été invités à porter plainte devant la RAMQ. Pour cela, ils devront faire une demande écrite et y joindre les reçus obtenus à cette occasion. S'il s'avère que le patient a bel et bien payé des frais qu'il n'aurait pas dû assumer, la RAMQ le remboursera et procédera au recouvrement de ces sommes auprès de son médecin ou de la clinique qui a contrevenu aux dispositions de la Loi sur l'assurance maladie et des entente existantes.

Rappelons que deux autres organisations sont présentement sous le coup d'une enquête de la Régie. Il s'agit du Groupe Chaoulli lancé le mois dernier par le Dr Jacques Chaoulli, une organisation qui entend favoriser l'accès aux soins en alliant public et privé sur un même terrain, et d'une clinique de médecine générale, qui est pour sa part accusée d'avoir exigé des frais en échange d'un «accès à la couverture offerte par ses médecins». Les deux rapports d'enquête sont attendus sous peu.






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  • John Hogan
    Inscrite
    mercredi 6 juin 2007 08h09
    Sans scrupule
    « Pendant que le premier ministre met en place un autre processus de consultation sur le système de soins de santé dont la présidence sera carrément assumée par les compagnies d'assurance elles-mêmes en leur porte-parole Claude Gastonguay, le ministre Couillard nous fait la démonstration par ses avertissements aux médecins fautifs que le privatisation des soins de santé n'est rien d'autre qu'une volonté d'enrichissement personnel et corporatif.

    D'ailleurs cette décision de Charest de créer sans avertissement un processus de consultation fait sur mesure pour satisfaire les velléités de prise de profit de l'establishment financier sur les malades, les mêmes qui l'on fait venir à Québec en invitant Daniel Johnson à quitter son poste, n'est certainement pas le fruit du hasard et serait plutôt lié au peu de temps qu'il lui reste pour respecter une promesse faite à ses sponsors. Le moment le plus judicieux étant bien sûr en début du mandat puisque le gouvernement est minoritaire et que sa carrière de Premier Ministre tire à sa fin. Si Charest pense à l'avenir c'est strictement au sien, pas à celui du Québec. Cet homme n'a pas véritablement de sens de l'État, il procède en catimini et réfléchit en affairiste. Philippe Couillard vient d'en faire la démonstration.

    L'avertissement du Ministre de la santé permet de constater quelle est la véritable nature de cette faune qui se vautre dans la plus pure démagogie pour tenter de s'enrichir, Gastonguay s'occupe de la crédibilité du discours grâce à des médias aux ordres d'un assureur et d'un Premier ministre complaisant tandis que des mercenaires de la santé s'occupent d'attaquer le système à sa base afin de créer des situations de faits. Il s'agit d'une stratégie plus ou moins réfléchie mais qui se consolidera avec le temps comme le promet le président de Medecina, Patrick Mercier.

    Couillard aurait pu choisir de tergiverser en organisant par exemple des rencontres bidons afin de permettre aux affairistes de la santé de continuer à mettre en place leur procédée d'enrichissement personnel mais en choisissant le respect de la loi il heurte les intérêts d'avenir du futur ex-Premier Ministre. Sur le plan politique l'image devient saisissante, d'une part Jean Charest qui se plie aux désirs d'un lobby hypocrite et démagogue et Philippe Couillard qui menace justement ceux que le Premier Ministre tente de favoriser.

    Il n'y a aucun humanisme, ni chez Gastonguay, ni chez les hors-la-loi de la santé, il n'y a que profits à faire. Chacun d'entre eux sait pertinemment qu'un parent qui voit son enfant malade n'hésitera pas à s'appauvrir pour obtenir une priorité qui deviendra factice avec le temps puisque à peu près tout le monde va payer sans que le système soit vraiment plus efficace, même ceux qui ont peu vont mettre leurs mains dans leur poche. La santé est une mine d'or pour les assureurs et les médecins sans scrupule, ils vont unir leur force pour contribuer à discréditer le système de santé avec l'aide des médias aux ordres et à le déstabiliser en offrant des services à la limite de l'illégalité.

    Le plus grand allié de ce lobby infect est l'indigence d'une population que se laisse convaincre que l'intérêt de la majorité correspond à celui d'une caste riche qui se demande comment il se fait que le système de santé ne les soignent pas en priorité étant donné leur importance. »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 6 juin 2007 15h43
    Un peu de sérieux
    « Les membres de l'Assemblée nationale et ceux et celles qu'ils représentent vraiment, à savoir les bien nantis, ne peuvent qu'être d'accord avec la privatisation du systéme de santé. Comme le fondateur de l'assurance santé, Claude Castonguay, ils peuvent se payer les meilleurs services dans les meilleurs délais. Personne ou presque ne semble se souvenir que la création du système public de soins de santé avait comme premier objectif de faire en sorte que tous les Québécois et Québécoises soient égaux face à la maladie. Le néolibéralisme a vraiment réussi à tuer la bonne conscience qui habitait l'équipe du tonnerre de Jean Lesage. »

  • Jean-Victor Côté
    Inscrit
    mercredi 6 juin 2007 15h45
    Rémunération et dépenses médicales
    « Quand un médecin nous reçoit à sa clinique privée, il me semble que la régie ne le paie pas plus cher que s'il nous recevait à l'hôpital. Ainsi, le remboursement des frais de bureau des médecins serait une des raisons que pourraient invoquer les médecins qui ne pratiquent pas uniquement dans les établissements de santé gouvernementaux pour exiger des frais supplémentaires de leurs patients. Il faudrait tirer cela au clair au plus vite parce qu'il devient difficile de prendre rendez vous avec un spécialiste. Je me suis fait demander à quelques reprises de rappeler des mois plus tard pour obtenir un rendez-vous. »

  • Jean-Victor Côté
    Inscrit
    mercredi 6 juin 2007 15h54
    Examens médicaux
    « Si la rémunération des médecins par la RAMQ est la même dans les établissements de santé gouvernementaux et dans les cliniques privées, alors il vaudrait mieux pour les médecins comme pour les patients que les examens médicaux soient effectués exclusivement dans les établissements de santé gouvernementaux. D'une part, les médecins seraient ainsi mieux rémunérés pour un acte médical qui leur prend beaucoup de temps, quitte à laisser l'établissement centraliser les dossiers médicaux. D'autre part, le patient aurait plus de recours en cas de mauvaises pratiques médicales, en vertu de la loi régissant ces établissements et pas les cliniques privées. De plus, tous pourraient trouver avantage à la centralisation des dossiers médicaux, à la condition que leur confidentialité soit soigneusement préservée. »

  • Jean-Victor Côté
    Inscrit
    mercredi 6 juin 2007 16h46
    Cas simples au privé...
    « Je viens de lire une analyse du docteur Neal Gold, interne chez Executive Health Systems International, qui avance que la pratique privée ramassera le pain et le beurre de la pratique publique en traitant surtout des cas simples, laissant le suivi des malades chroniques aux cliniques publiques... »

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