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Aide au suicide et euthanasie - « Pas de “ vide juridique ” »

L'arrêt des traitements est légal au Canada

Brigitte Saint-Pierre   2 juin 2007  Santé
Depuis un certain nombre d'années, des voix s'élèvent périodiquement pour demander la décriminalisation de l'euthanasie et de l'aide au suicide pour les personnes atteintes d'une maladie dégénérative ou lourdement handicapées. La directrice des programmes en droit et politiques de la santé à l'Université de Sherbrooke, Suzanne Philips-Nootens, estime que des questions importantes sont occultées dans les débats à ce sujet et fait valoir que les patients qui le désirent peuvent opter pour l'arrêt des traitements.

Contrairement à ce qu'on entend parfois, il n'existe pas de «vide juridique» au Canada concernant l'arrêt des traitements, l'aide au suicide et l'euthanasie, affirme Suzanne Philips-Nootens, professeure à la faculté de droit de l'Université de Sherbrooke et directrice des programmes en droit et politiques de la santé.

L'arrêt des traitements est légal au Canada. Une personne pour qui les traitements n'apportent plus d'effets bénéfiques peut ainsi demander à ce qu'ils soient interrompus. Dans la même optique, il est aussi permis de cesser d'alimenter et d'hydrater un malade en fin de vie. Par contre, l'aide au suicide n'est pas autorisée. L'euthanasie, c'est-à-dire le fait de donner intentionnellement la mort à autrui pour mettre fin à ses souffrances, est également illégale.

Quand des cas de personnes ayant aidé un proche malade ou lourdement handicapé à mourir font les manchettes, on les présente souvent comme étant courageuses et animées par l'amour et la compassion, dit la professeure, qui poursuit des recherches en droit, éthique et médecine moderne. «Quand on lit sur ces cas et qu'on y réfléchit, on constate un manque de ressources et un manque de soutien social et médical. C'est davantage une impression de désespoir qui s'en dégage», affirme-t-elle.

Questions occultées

La juriste, également médecin de formation, estime que des questions importantes sont occultées dans les débats. Elle observe une confusion entre les notions de dignité et de liberté. Les personnes favorables à la légalisation de l'euthanasie ou de l'aide au suicide invoquent souvent la dignité, alors qu'en fait, c'est plutôt de la liberté de choisir le moment et les conditions de sa mort qu'il est question, dit-elle. «Est-ce que la société doit être au service de mon choix?», demande-t-elle.

La professeure mentionne que les projets de loi sur la légalisation de l'euthanasie ou de l'aide au suicide concernent généralement les personnes aptes à prendre une décision éclairée et à en faire part. Or, les «personnes inaptes» ont tout autant droit à la dignité que les «personnes aptes», dit-elle. De la même manière, «pourquoi le droit de ne pas souffrir serait-il réservé aux personnes aptes?», demande-t-elle. Et si on autorisait l'euthanasie dans le cas des personnes inaptes, «comment garantir qu'elles seraient protégées des abus?».

Pour la juriste, on confond aussi souvent la dignité — le respect dû à l'être humain — et l'image qu'on a de soi. Étant en bonne santé, on ne peut pas s'imaginer vivre dans de telles conditions. «La valeur de l'être humain est plus profonde», affirme-t-elle.

L'argument selon lequel il est discriminatoire de refuser d'aider à se suicider une personne qui ne peut pas le faire seule, sous prétexte que les autres individus ont en général la possibilité de mettre fin à leurs jours s'ils le souhaitent, pourrait aussi être utilisé en faveur de l'euthanasie, estime la juriste. «On prétend établir une frontière entre l'euthanasie et l'aide au suicide. Pour moi, cette frontière est illusoire», dit-elle.

Lois et projets de loi

L'aide au suicide et l'euthanasie sont permises dans certains pays ou États. En Oregon, des personnes majeures atteintes d'une maladie en phase terminale peuvent obtenir l'aide d'un médecin pour se suicider. En Belgique, l'euthanasie effectuée par un médecin est autorisée à certaines conditions. Les Pays-Bas ont aussi légalisé l'euthanasie et l'aide au suicide par un médecin. Dans les trois cas, les lois en question comprennent certaines balises. Le patient doit par exemple être en mesure de prendre une décision éclairée et de la communiquer. Au Canada, le député néo-démocrate Chris Axworthy avait présenté en 1991 un projet de loi pour décriminaliser l'euthanasie dans certaines circonstances. En 1994, un autre député, du même parti, Svend Robinson a proposé de légaliser l'aide au suicide fournie par un médecin à un malade en phase terminale.

En 2005, la députée bloquiste Francine Lalonde a déposé un projet de loi sur «le droit de mourir dignement». «Chaque personne lucide qui est confrontée à une fin de vie très pénible, souffrante, qu'elle considère indigne de ce qu'elle est, de la vie qu'elle a vécue, de sa condition de personne libre, doit pouvoir décider des conditions dans lesquelles elle veut mourir, y compris si elle veut être aidée à mourir», a-t-elle déclaré à la Chambre des communes en octobre 2005.

«Une personne peut plus facilement vivre pleinement une fin de vie de souffrance ou une vie de limitation extrême causée par un corps qui peut lui apparaître comme une prison si elle sait déjà que, lorsque cette vie lui paraîtra définitivement insupportable, elle pourra être aidée à y mettre fin dans la dignité», a-t-elle ajouté. En raison du déclenchement d'élections, il n'y a pas eu de vote sur ce projet de loi, que Mme Lalonde compte déposer de nouveau.

Pour le développement des soins de fin de vie

Suzanne Philips-Nootens craint certaines répercussions possibles de l'adoption d'une loi autorisant l'euthanasie ou l'aide au suicide, par exemple sur des personnes âgées qui pourraient se sentir un poids pour leur famille et pour la société. Dans l'affaire Sue Rodriguez, qui souhaitait obtenir de l'aide pour se suicider, une majorité de juges de la Cour suprême avait rejeté son recours, invoquant le caractère sacré de la vie, rappelle la juriste.

La professeure est favorable au maintien des lois qui prohibent l'euthanasie et l'aide au suicide, «quitte à ce que les tribunaux fassent preuve d'indulgence» lorsque des cas se présentent. Elle estime que les personnes vulnérables sont mieux protégées de cette manière.

La juriste plaide plutôt pour le développement des soins palliatifs et, de façon plus générale, des soins de fin de vie. Quand les personnes malades bénéficient de bons soins de fin de vie et sont bien entourées, elles font rarement des demandes d'aide au suicide ou d'euthanasie, soutient-elle.

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  • Maurice Monette
    Abonné
    dimanche 3 juin 2007 15h07
    Faire la différence entre cessation des soins et EUTHANASIE ou SUICIDE !
    Lorsqu'on prolongent la vie d'un corps physique ou véhicule charnel(le) d'un(e) esprit ou âme, c'est que NORMALEMENT ce corps physique ou véhicule charnel(le) devrait MOURIR NATURELLEMENT mais, qu'on s'acharnent à garder en vie celui-ci parce qu'on croient que c'est un acte de pitié envers cet(te) estprit/âme. Mais, c'est plutôt agir contre la LOI DIVINE qui devrait pouvoir intervenir en faisant cesser le parcours terrestre de cet(te) esprit ou âme.

    En conséquence, NOUS pouvons voir que ces soins de prolongations vont à l'encontre des GRANDES LOIS de la VIE !

    Par contre, l'EUTHANASIE, le SUICIDE, assisté ou pas, c'est de mettre fin aux souffrances que devraient "TRANSCENDER" l'esprit/âme confiné(e) dans ce corps physique ou véhicule charnel(le) souffrant(e). Donc, en agissant ainsi, on contrecarrent les GRANDES LOIS de la VIE qui ont été TRANSGRESSÉES pour que cet(te) esprit ou âme ait à subir ces affres PUNITIFS, pour que la LEÇON porte fruit lors d'une prochaine INCARNATION de celui/celle-ci.

    Alors, faire cette NUANCE entre ces actes pourrait sûrement AIDER à résoudre ce "NOEUD d'HARTMANN ou CUL-de-SAC" dans lequel se morfond la CIVILISATION HUMAINE pour un problème qui n'en est ABSOLUMENT pas un...! Mais, encore faut-il être assez CONSCIENT(E) pour COMPRENDRE cette VÉRITÉ...!

  • Denis Beaulé
    Abonné
    mercredi 26 mars 2008 13h38
    Euthanasie : les deux consciences, sinon c'est mourant
    Ce qui est en jeu, premièrement, concernant l'euthanasie, c'est la conscience. Ou plutôt les consciences. Conscience, au sens de lucidité du «candidat à» l'euthanasie (avoir encore «toute sa tête») ; et conscience personnelle (alias «tribunal suprême»), à l'autorisation légitime et ultime seule de laquelle l'euthanasie peut, exceptionnellement, plus ou moins idéalement, non pas être explicitement permise ou légale a priori, mais plutôt non punie, non châtiée, lorsque, exceptionnellement, elle peut être considérée légitime ou justifiée a posteriori. Si ce sujet interpelle si fort et occasionne autant de division, d'opposition ou de polarisation, c'est parce qu'il n'y en a pas de «bonne réponse», justement, aux extrêmes. Ce ne peut être ni «jamais, en aucun cas, pour aucune considération», ni «à chacun sa pleine liberté de mourir quand il le veut, où il le veut, comme il le veut, assisté de qui il veut». La société, en effet, a une obligation de sensibilité minimale, sinon optimale. Or, quelle est telle ? Quand peut-il y avoir euthanasie légitime ou justifiée ?

    C'est lorsque ça n'a plus de « bon sens ». Dans le sens, bon, il n'est pas que raison pure, dénuée de tout sentiment. Il y a aussi de celui-ci. Plus de «bon sens», donc, lorsqu'une personne souffre le martyre ou l'équivalent et qu'elle-même implore, à répétition, qu'on la délivre de pareille condition, pour elle insupportable. L'euthanasie, quoique non idéale, certes, dans l'absolu, peut donc être justifiable et justifiée en d'exceptionnellissimes cas. Lorsqu'il y a souffrance intolérable (inapaisable), lorsque la personne souffrante en fait la requête lucidement de son plein gré, et lorsque la communauté peut convenir, aussi bien en présence qu'à distance (spatiales ou temporelles, respectivement émotionnelle ou rationnelle) de la souffrance en cause, qu'il ne saurait s'avérer inacceptable d'avoir aidé à «partir» ou à [tré]«passer» ainsi quelqu'un ayant demandé qu'on l'aidât ou l'assistât en ce sens, de cette façon.

    Que quelqu'un ne veuille point se suicider en pareil cas et sollicite plutôt une assistance médicale est tout «à son honneur». Car cela illustre le caractère socio-communautaire, non exclusivement individualiste, de la chose. Principe devant aussi être à l'oeuvre de «l'autre côté». C'est-à-dire de la part et de la société en général et des proches en particulier : que ce soit strictement suivant des mobiles altruistes (e.g. compassionnels), plutôt qu'intéressés ou «capitalistes», qu'on choisisse de ne pas punir l'euthanasie ayant été agie à de simples fins d'humanité la plus élémentaire qui soit. Évoquant, paradoxalement, le principe jumeau correspondant d'obligation de porter secours à toute personne en danger [de mort]...

    Euthanasie non répréhensible ou punissable seulement s'il y a souffrance ([considérée] «suffisante») ? Oui. Car pour ce qui est du suicide rationnel (à base philosophique), à la Kirilov ou à la Zarathoustra («meurs à temps»), ces/ses prosélytes, rationnels, peuvent assurément procéder eux-mêmes à leur suicide, sans aide.

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