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Santé: vers une plus grande contribution du privé

Kathleen Lévesque   25 mai 2007  Santé
Québec — Le gouvernement Charest ne s'embarrasse guère des «valeurs libérales» et confie à Claude Castonguay, le père de l'assurance maladie et aujourd'hui fervent défenseur du ticket modérateur et de l'assurance privée, le soin de préparer le terrain pour une contribution plus substantielle du secteur privé au système de soins de santé.

La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a fait l'annonce hier, lors du dépôt du budget 2007-08, de la création immédiate d'un groupe de travail qui examinera le financement du système public, les possibilités de participation du privé et les modifications à la Loi sur la santé du Canada. Québec est vraisemblablement en mode accélération.

Un rapport est attendu dès l'automne. Par la suite, un plan d'action sera élaboré et mis en oeuvre. Claude Castonguay présidera les travaux et sera épaulé par deux vice-présidents qui seront nommés après consultation auprès des deux partis d'opposition. «Personne au Québec ne sera privé de soins de santé pour des raisons financières. Toutefois, nous n'allons pas nous menotter avec la nostalgie», a déclaré la ministre Jérôme-Forget lors de son discours à l'Assemblée nationale.

L'adoption en décembre dernier de la loi 33 permettant l'ouverture de cliniques privées affiliées au réseau public, ce qui constituait une réponse au jugement Chaoulli, ne suffit pas, estime Mme Jérôme-Forget. Selon elle, il faut «aller plus loin, explorer de nouvelles avenues, trouver de nouveaux moyens d'améliorer le financement de la santé».

Le gouvernement se défend toutefois de vouloir souffler les réponses à Claude Castonguay, vantant la rigueur et «la créativité sur le plan intellectuel» de cet homme qui a été ministre de la Santé dans le premier gouvernement de Robert Bourassa. «Personne ne détient la vérité absolue; il faut toujours être prêt à se requestionner», a affirmé le ministre de la Santé, Philippe Couillard.

À l'automne 2002, M. Castonguay avait participé au congrès de l'Action démocratique du Québec (ADQ), au cours duquel il avait appelé à des changements fondamentaux. Quelques mois plus tard, inspirée entre autres par ce point de vue, l'ADQ avait proposé en campagne électorale un grand chambardement du système de santé, ouvrant largement les portes au secteur privé. Cet engagement électoral avait été exploité par les adversaires pour démoniser l'ADQ et son chef, Mario Dumont. Les libéraux se disaient outrés du souhait adéquiste d'écorcher ainsi les «valeurs libérales», dont le régime public de soins de santé est un des piliers.

Le 16 mai dernier, Claude Castonguay était revenu à la charge lors d'une présentation devant l'Institut économique de Montréal. «Il faut accepter l'évidence: dans son état actuel, notre système de santé ne parvient pas à répondre à la demande», avait-il soutenu.

M. Castonguay prône une contribution des usagers (ticket modérateur) afin de responsabiliser la population en matière d'utilisation des soins de santé et de dégager une marge de manoeuvre. Comme il l'a rappelé, dans les pays où une telle politique est en vigueur, les citoyens paient l'équivalent de 15 $ par visite médicale et 17 $ par jour pour des services hospitaliers.

Deux autres options de financement obtiennent l'appui de M. Castonguay, dont l'établissement d'un régime d'assurance contre la perte d'autonomie et la possibilité de souscrire une assurance privée, ce qui, selon lui, donnerait une liberté de choix à la population.

Claude Castonguay propose également de revoir de fond en comble le rôle de la Régie de l'assurance maladie afin qu'elle marchande les soins que les établissements de santé, publics ou privés, fourniraient. Quant aux ressources hospitalières inutilisées en soirée et les fins de semaine, M. Castonguay suggère de les rendre disponibles au secteur privé. Il y voit deux avantages: des revenus additionnels et des temps d'attente réduits.

Bien qu'il dise avoir «quelques doutes sur l'efficacité réelle» du ticket modérateur, Philippe Couillard se montre ouvert à la création d'un système mixte de santé à la manière de pays comme la France, l'Angleterre et la Suède. «Il y a des façons différentes d'être socialement juste et de changer la façon de donner les soins de santé. Si vous allez en France ou en Angleterre, personne ne se plaint de ne pas avoir de soins, quel que soit le revenu», a expliqué M. Couillard.

Lors de son entrée en politique, en 2003, Philippe Couillard se présentait comme étant farouchement opposé à l'introduction de toute forme de participation privée au financement de la santé. «Je suis un progressiste dans le bon sens du terme, qui veut protéger le système de santé. Ceux qui veulent enfermer le système de santé dans ses modes de fonctionnement du siècle dernier et qui, pour ça, se définissent [comme des] sociaux-démocrates sont souvent ceux qui poussent plus rapidement le système vers le précipice», a affirmé le ministre Couillard.

Selon M. Couillard, la coexistence du public et du privé dans le domaine de la santé constitue une évolution à laquelle le Québec et le Canada dans son ensemble ne peuvent pas échapper. Il a toutefois souligné qu'il manque d'effectifs médicaux et infirmiers pour mener à bien cette démarche.

Réactions mitigées

Dans l'ensemble, l'annonce de la création de ce groupe de travail a été bien accueillie hier par le milieu de la santé. Toutefois, le choix de son président a suscité des réactions mitigées. En effet, si l'Institut économique de Montréal, un think tank de droite, s'est réjoui de cette nomination, certains groupes n'ont pas caché leur malaise de voir l'ancien ministre libéral Claude Castonguay prendre la tête de cette commission alors qu'il est de notoriété publique qu'il favorise une place accrue du secteur privé dans le domaine de la santé.

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) et la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) ont toutes deux salué la mise sur pied de cette commission, non sans mettre un bémol. «Il s'agit là d'un signal très clair de la part d'un gouvernement qui veut faire une plus grande place au privé. Nous croyons qu'il est en effet temps de sortir du discours dogmatique. Maintenant, il faudra que cela se fasse en respectant un principe qui nous est cher: l'accès raisonnable garanti pour tous», a prévenu le Dr Renald Dutil, président de la FMOQ.

Le président de la FMSQ, le Dr Gaétan Barrette, estime lui aussi qu'il «était temps que quelqu'un se penche sur le financement de la santé». Cette commission est toutefois le seul point qui trouve grâce aux yeux de sa fédération, qui s'est dite hier «très inquiète et très insatisfaite de la tournure des événements». «On se demande vraiment si le gouvernement a l'intention de respecter ses engagements envers nous. [...] Les premiers échos nous indiquent que ce sont encore les médecins qui vont faire les frais de cette réforme-là», a déploré le Dr Barrette.

L'insatisfaction était aussi sur les lèvres de la porte-parole de la Coalition Solidarité Santé, qui juge ridicules les 6 % d'augmentation accordés à la santé. Le milieu avait besoin de 5,1 % pour maintenir les coûts du système, ce qui laisse peu de place aux crédits de développement. «Ce constat est d'autant plus choquant que les 950 millions d'Ottawa iront tous en baisses d'impôt alors que les milieux de la santé et de l'éducation en ont cruellement besoin», a dénoncé Gabrielle Pelletier.

Tout cela n'est toutefois rien comparativement à la «vive inquiétude» suscitée par la création de cette fameuse commission. La Coalition Solidarité Santé, qui regroupe une quarantaine d'organismes, se désole en effet de voir «que le débat public n'aura pas lieu». La présence de Claude Castonguay n'a rien pour la rassurer. «On connaît l'ouverture très affirmée de M. Castonguay à l'égard du privé. Si jamais on en vient à vouloir modifier la Loi canadienne sur la santé, je vous promets que ça va ruer dans les brancards, ici et dans le reste du Canada!»

La directrice générale de l'Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), Lise Denis, s'est quant à elle dite prête à laisser la chance au coureur. «Nous connaissons les positions de M. Castonguay. Je ne vous cacherai pas qu'il y aura des discussions à faire, mais cela ne change rien au fait que cette commission est de bon augure pour le réseau.» À l'instar de la FMOQ, l'AQESSS a toutefois déploré la mince marge de manoeuvre du réseau, qui a vu son enveloppe passer de 22,49 milliards à 23,84 milliards cette année.

Le Devoir

Avec la collaboration de Louise-Maude Rioux Soucy






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  • Gilles Delisle
    Abonné
    vendredi 25 mai 2007 06h34
    Le loup qui surveille nos moutons!
    « Comment doit-on comprendre qu'une commission d'enquête sur le financement des soins de santé soit mené par nul autre que l'un des plus importants chantres de la privatisation des services de soins publiques de santé? Poser la question, c'est y répondre! Quand j'entends M. Castonguay dire qu'il faut donner la liberté de choix à la population pour ses soins de santé, cela est aussi ridicule que d'entendre dire que les parents ont le choix d'envoyer leurs enfants à l'école privée ou à l'école publique! »

  • Richard Boudreau
    Abonné
    vendredi 25 mai 2007 08h03
    Le privé drainera les ressources du réseau public
    « Médecin depuis 36 ans, la plus grande partie de ma carrière a été consacrée à la gestion de nos services de santé. Je crois toujours à un système public accessible à tous et égalitaire. Je crois aussi que les succès l'emportent grandement sur les échecs.

    Le jour où on confiera à d'autres la distribution de services de santé essentiels en compensation d'une rémunération privée, d'autres feront des profits dans cette dispensation et le système dans son ensemble coutera plus cher. Pire, les ressources disponibles ne le seront plus de façon égale et on assistera immanquablement à un système à deux vitesses. Il y a plusieurs années, il était possible d'encourager de nombreux médecins à travailler davantage pour une rémunération améliorée. Ce n'est plus le cas.

    Les jeunes médecins n'ont plus les mêmes priorités et ceux qui seront attirés par des services privés ne seront plus disponibles pour le réseau public. Il n'y a jamais eu autant de médecins au Québec et il est plus difficile que jamais de se trouver un médecin de famille. Le valeurs ont changé et il faut reconnaître une limite au nombre d'heures de travail que l'on peut demander aux médecins. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    vendredi 25 mai 2007 08h09
    L'étude des études et la santé aux finances
    « Un gouvernement n'a pas besoin d'être si expérimenté que ça. Il y a les sous-ministres et leurs spécialistes pour le guider et les études des études et les commissions parlementaires pour lui dire quoi faire. Si le gouvernemnt hésite encore, on recommence " Les hommes au milieu, les femmes autour" et swignez votre compagnie aux finances ! »

  • Pierre Castonguay
    Inscrit
    vendredi 25 mai 2007 08h24
    Du libéralisme social démocrate au néolibéralisme
    « Avec l'âge Claude Castonguay fait fi de ses racines sociales démocrates (ses idéaux de jeunesse) pour agrémenter la tendance néo libérale qui se cache dans le camp des lucides.
    C'est un remake au gout du jour dans lequel, au nom de la baisse de la marge de manoeuvre gouvernementale, on abdique doucement vers l'emprise néolibérale du privé. Attention. Il y a tout un univers de possibilités avant cette alternative. »

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 25 mai 2007 09h20
    L'éducation suivra
    « C'est le comble de l'ironie. Celui-là même qui a conçu et mis sur pied un système de soins de santé universel et public est chargé par le même parti politique de concevoir un système privé parallèle. Le néolibéralisme à son meilleur ! Le système d'éducation suivra.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • André Chamberland
    Inscrit
    vendredi 25 mai 2007 09h39
    Échec du gouvernement en santé
    « J'ai eu un rendez-vous cette semaine avec un spécialiste auquel mon médecin m'avait référé au début de 2005 !
    Ce spécialiste me réfère à un autre pour lequel il y a une liste d'attente de 2 1/2 ans, me dit-on !

    Il y a quelques années j'ai choisi de payer moi-même une opération immédiate aux yeux au privé car la liste d'attente gouvernementale était de 9 mois et plus et mon problème à corriger m'empêchait de faire mon travail à l'ordinateur.

    Avec les 0.99$ sauvées en impôts à compter de janvier 2008, je continuerai à me payer les soins privés. C'est le gouvernement incompétent à nous fournir les soins en temps requis qui m'y pousse.

    Le gouvernement fait-il les bons choix ?

    André Chamberland
    Lévis QC »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    vendredi 25 mai 2007 13h29
    Fin de l'État providence
    « Il est temps de mettre fin à l'omniprésence de l'État et à la bureaucratie pernicieuse.

    Comme libertaire, je crois que la liberté individuelle est la valeur fondamentale qui doit sous-tendre les rapports sociaux, les échanges économiques et le système politique. Je crois que la coopération volontaire entre les individus dans un marché libre est préférable à la coercition exercée par l'État. je crois que le rôle de l'État n'est pas de poursuivre des objectifs au nom de la collectivité - comme redistribuer la richesse, « promouvoir » la culture, « soutenir » le secteur agricole, ou « aider » la petite entreprise - mais bien de se limiter à protéger les droits individuels et laisser les citoyens poursuivre leurs propres objectifs de façon libre et responsable.

    Or, seul le gouvernement Charest va dans ce sens même si l'ADQ espère en être le véhicule du désengagement de
    l'État...

    Les libéraux de Jean Charest baissent significativement les impôts des Québécois et ce sont les riches qui vont en profiter le plus en dollars absolus. Quoi? Consternations! Tous ceux qui ne paient pas d'impôts - ou très peu - ont déjà commencé à chialer. C'est sûr que les mieux-nantis vont profiter un peu plus de cette baisse d'impôts, ce sont eux qui en payent le plus. Comme le fait remarquer Claire Joly, directrice de la Ligue des contribuables du Québec, dans un communiqué: «près de 40% des contribuables ne paient pas d'impôt sur le revenu. Les autres portent donc un lourd fardeau qui se faisait de plus en plus écrasant.» L'allègement fiscal annoncé dans le budget est une véritable bouffée d'air frais et cette mesure est certainement la bienvenue.» Vivement les baisses d'impôts!

    Oui, c'est un bouffée qui va permettre aux cerveaux d'hésiter un peu plus avant de s'expatrier. C'est aussi donner une impulsion à l"éconiomie qui va tourbner plus vite et faire plus de profits pour être taxés. Oui, baiiser les impôts c'est lutter contre l'économie au noir aussi.

    C'est une toute autre philosophie de libéralisme éconiomique qui amène l'investissement nécessaire au progrès que l'on désire tous. Oui, les lucides doivent applaudir...

    On comprend difficilement moins, Gilles Taillon qui tourne encore le dos de ses anciennes amours, le Conseil du Patronat qui a appludi le budget tout comme il l'a fait avec les Commissons scolaires qui après avoir été directeur général de la fédération veut les abolir. Franchement le roi des déficits étatiques (500 millions dans les commissions scolaires et 500 millions à la CSST) est égal à lui-même. »

  • Jean-Victor Côté
    Inscrit
    vendredi 25 mai 2007 14h17
    Utilisation des biens publics par le secteur privé
    « Il y a un problème de manque de personnel dans le secteur public. Est-ce parce qu'il y a déjà trop de personnel qui fait maintenant partie du secteur privé? On pourrait le croire en comparant ces deux citations:"Quant aux ressources hospitalières inutilisées en soirée et les fins de semaine, M. Castonguay suggère de les rendre disponibles au secteur privé." [...] "Selon M. Couillard, la coexistence du public et du privé dans le domaine de la santé constitue une évolution à laquelle le Québec et le Canada dans son ensemble ne peuvent pas échapper. Il a toutefois souligné qu'il manque d'effectifs médicaux et infirmiers pour mener à bien cette démarche." Est-ce que cette nouvelle réforme vise à ramener le personnel du secteur privé dans le secteur public? Alors ces gens utiliseraient des biens publics pour faire fonctionner des entreprises privées... »

  • Mariette Beaudoin
    Inscrite
    vendredi 25 mai 2007 20h00
    Suggestion pour aider les malades et les autres
    « Le génie humain a été capable d'inventer le scanner, la résonance magnétique, les instruments chirurgicaux les plus performants, etc. Les gens peuvent même calculer à la maison leur taux de sucre, leur tension artérielle, etc. Tous ces objets génèrent des profits. Il existe sûrement au Québec des inventeurs qui ont encore des idées pour mettre sur le marché de nouvelles technologies. Or, monsieur Castonguay a déjà eu de hautes fonctions à la banque Laurentienne et à la Caisse de dépôt. Pourquoi ne demande-t-il pas aux banques d'investir pour que les idées des inventeurs québécois se retrouvent sur le marché ? Ils font déjà des milliards ! Une part des profits irait aux inventeurs, une autre aux banques et une troisième au système de santé. Ainsi, on ferait d'une pierre plusieurs coups. Cela ferait travailler des gens, en plus des inventeurs. Sans compter le bien fait aux malades : ils bénéficieraient d'une technologie novatrice pour mieux guérir en plus d'être soulagés d'un fardeau financier supplémentaire, actuellement déjà trop lourd pour eux. Qu'en pensez-vous ? »

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