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Santé - Le système québécois inspire le Brésil

Isabelle Paré   4 mai 2002  Santé
Montréal n'a ni le soleil de Rio de Janeiro ni les plages d'Ipanema mais, en revanche, certains États du Brésil auront bientôt un système de santé tout droit inspiré du modèle nordique développé au Québec.

S'il n'en tient qu'au Dr Fernando Passos Cupertino de Barros, ministre de la Santé de l'État de Goiàs au Brésil, sa province comptera bientôt des instances régionales telles que celles créées au Québec il y a dix ans, dans la foulée de la réforme Rochon sur la santé et les services sociaux.


Alors que le Québec songeait récemment à mettre au rancart ces créatures administratives, considérées inutiles par d'aucuns et bureaucratiques par d'autres, l'État brésilien de Goiàs, lui, s'y intéresse de près et entend étendre ce modèle sur son territoire pour gérer la santé.


La semaine dernière, le ministre Cupertino était d'ailleurs de passage au Québec, pour une énième fois, dans le but de sonder le coeur et l'âme de la Régie régionale de la Santé et des Services sociaux de l'Outaouais, et s'en inspirer pour mettre au monde des structures de participation régionale des citoyens dans son pays.


Il faut dire que le Québec et le Brésil n'en sont pas aux premiers échanges en matière de santé, puisque les ex-ministres de la Santé, Trudel, Marois et Rochon, ont tous eu l'occasion d'être consultés abondamment par le Dr Cupertino, un «grand ami» du Québec. Prochainement, l'État de Goiàs ouvrira d'ailleurs un centre de soins tertiaires en réadaptation, dont le fonctionnement sera directement inspiré de celui de l'Institut de réadaptation de Montréal. «Ils nous ont accompagnés du début à la fin, de la construction au transfert de technologies», insiste le Dr Fernando Cupertino.


Rien d'étonnant donc si des ponts relient ces deux États pourtant situés aux antipodes du globe. Ils sont d'ailleurs les deux seuls sur le continent américain (avec les autres provinces canadiennes) à posséder des systèmes de santé publics dont l'existence est protégée par la loi. Mis au monde par la Constitution brésilienne en 1990, le système de santé public de ce pays est en chantier et à la recherche de modèles déjà éprouvés. «Nous croyons que les services publics de santé seront toujours menacés et c'est pour ça qu'il est important d'échanger avec des États qui partagent les mêmes principes que nous», a soutenu le Dr Cupertino, lors de son récent passage au Québec.


Si le Brésil s'intéresse maintenant à l'organisation régionale des services de santé et à la démocratisation de la gestion réalisée au Québec, c'est que le modèle brésilien est déjà fortement décentralisé. Chaque État du Brésil définit et finance lui-même une grande partie des soins et services. Plus encore, le financement et la prestation des soins primaires échoient déjà complètement aux municipalités. «Dans notre système, chaque palier de gouvernement a une obligation légale de financement définie et fixée par la Constitution», explique le ministre Cupertino.


Amendée en 2000, dix ans après la création du système de santé public, la Constitution prévoit que les États doivent assumer 12 % du financement des services et les municipalités, 15 %. Le gouvernement fédéral est quant à lui tenu de verser un montant annuel fixé par la loi, indexé chaque année en fonction de la variation du produit intérieur brut (PIB). Une disposition légale dont s'acquitteraient fort volontiers tous les ministres de la Santé des provinces, constamment aux trousses d'Ottawa pour mettre la main sur les généreux surplus fédéraux!


D'ailleurs, l'exemple du Brésil devrait peut-être intéresser ceux qui gèrent ici notre système et multiplient rapports et commissions pour décider, notamment, comment financer et améliorer nos propres services.


Même si tous les services de santé du Brésil sont désormais payés par l'État, le régime prévoit la cohabitation d'hôpitaux privés et publics, tous appelés à rendre des services gratuitement. «Nous avons dû intégrer un réseau privé qui était déjà existant et, de toute façon, les hôpitaux publics ne seraient pas capables de répondre seuls à la demande. Le partage du public et du privé est prévu par notre constitution», soutient le Dr Cupertino.


Ainsi, ces hôpitaux privés, qui signent des contrats avec les gouvernements locaux et provinciaux, demeurent les «outils» du système public et livrent les services exigés des autorités. «Cela exige une surveillance et un contrôle constants de notre part. Mais nous pouvons en revanche écarter ou punir les établissements qui ne seraient pas à la hauteur. La présence du privé nous permet ainsi une souplesse administrative, puisqu'ils n'ont pas les mêmes contraintes que les établissements publics, notamment pour ce qui est des achats et des approvisionnements», soutient le ministre brésilien.


En ajoutant la participation des citoyens à des instances régionales, le Brésil achève la mise en place d'un système tout à fait unique qui, tout en faisant la place au privé, a donné l'accès gratuit à des services de santé auxquels 40 % de la population n'avait pas droit auparavant.


«Je suis très reconnaissant au gouvernement du Québec qui nous a ouvert ses portes à plusieurs reprises. Même si des choses ont été rediscutées chez vous quant au rôle des régies, je pense que la présence de la population dans la prise de décision est essentielle. Il faut garder cette vision démocratique, et trouver le point d'équilibre entre les administrateurs et les représentants de la population», dit-il.






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