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    Tuberculose: le vaccin BCG serait inefficace depuis 1961

    Des chercheurs québécois et étrangers révèlent la transformation génétique du vaccin

    14 mars 2007 |Pauline Gravel | Santé
    Vaccination d’un bébé contre la tuberculose, au Honduras, à la fin des années 1990.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Vaccination d’un bébé contre la tuberculose, au Honduras, à la fin des années 1990.
    Le vaccin antituberculeux BCG, dont près de deux millions de doses sont administrées chaque semaine à travers le monde, serait-il inefficace? La cartographie du génome du bacille composant le vaccin semble le confirmer. Du moins, elle raffermit les conclusions de diverses études cliniques qui depuis 1961 révélaient son inutilité.

    En séquençant le bagage génétique du bacille de la tuberculose bovine dont on se sert pour préparer le fameux vaccin BCG, des chercheurs de l'université McGill, de l'Institut Pasteur et du Veterian Laboratory Agency Surrey de Grande-Bretagne ont observé que la bactérie avait subi de nombreuses mutations depuis la création du premier vaccin en 1908 par les deux chercheurs français, le microbiologiste Albert Calmette et le vétérinaire Camille Guérin.

    Alors qu'ils cultivaient sur des tranches de pommes de terre le bacille tuberculeux bovin, les deux scientifiques avaient réussi en 1908 à sélectionner une souche moins virulente qui était inoffensive sur les animaux, et vraisemblablement sur les humains. Calmette et Guérin ont ensuite travaillé pendant 13 ans sur cette souche mutante afin d'en produire une forme atténuée pouvant servir à la préparation d'un vaccin qui a été inoculé pour la première fois à des enfants en juillet 1921.

    Puis pendant 40 ans, les chercheurs du monde qui avaient reçu la souche vaccinale du Dr Calmette ont maintenu en vie les bacilles atténués en laboratoire sur des tranches de pommes de terre enrobées de glycérol, les repiquant périodiquement. Ce n'est qu'en 1961 qu'on a eu recours à la congélation pour conserver les souches. «La congélation a alors permis d'arrêter l'évolution [génique] des bactéries qui s'était poursuivie de 1908 à 1961», précise le Pr Marcel Behr, de l'Hôpital général de Montréal, qui a participé à la cartographie du bacille. «Ces 40 ans ont produit autant de mutations génétiques dans le bacille composant le BCG que parmi les diverses souches tuberculeuses humaines qui circulent autour du monde depuis des milliers d'années.»

    Pour expliquer ce phénomène d'évolution en accéléré, appelé microévolution, le professeur Behr et ses collègues de France et de Grande-Bretagne soulignent l'énorme pression de sélection qui s'est exercée pendant ces 40 ans sur ces bactéries qui vivent normalement dans les cellules animales ou humaines qu'elles dérèglent et tuent. «Or, pendant 40 ans, ces bactéries cultivées en laboratoire n'ont fait que manger des pommes de terre sans jamais interagir avec le système immunitaire de son hôte habituel, la vache, explique-t-il. Ce régime alimentaire a favorisé la sélection de bactéries dont les voies métaboliques étaient adaptées aux pommes de terre. Ces bactéries étaient toutefois très différentes de celles qui infectent les cellules vivantes car au cours du temps, elles ont perdu certains gènes qui n'étaient plus nécessaires.»

    Or, en 1961, au terme de ces 40 ans d'évolution accélérée, une étude clinique avait déjà révélé que le vaccin n'offrait aucune protection contre la maladie... Puis, une autre vaste étude clinique effectuée entre 1968 et 1971 en Inde sur 250 000 personnes n'a démontré aucun bénéfice à la vaccination BCG. «Une efficacité de zéro», affirme le professeur Behr au bout du fil.

    Et pourtant on a continué à le donner jusqu'à aujourd'hui? «Eh oui! Là est la question! Pour expliquer cette inefficacité, certains spécialistes [qui défendent obstinément le vaccin BCG] ont montré du doigt le mode d'administration du vaccin, sa dose, voire la méthode de fabrication. Somme toute, ces résultats ne sont pas apparus assez concluants pour que l'OMS interrompe son programme de vaccination!», ajoute M. Behr, qui par ailleurs ne remet aucunement en cause le principe de la vaccination contre les autres maladies infectieuses.

    Des souches très différentes

    Marcel Behr et ses collègues français et britannique ont pour leur part comparé le génome de dix souches différentes employées aujourd'hui pour préparer le vaccin BCG dans dix régions du monde. Parmi ces souches qui dérivent de celles expédiées par Albert Calmette au début du siècle dernier dans ces différents pays, on retrouve la souche russe obtenue en 1924, la souche japonaise arrivée au pays du Soleil levant en 1925 ainsi que celle que le Dr Armand Frappier a reçue à Montréal en 1937.

    Les résultats de cette cartographie génétique comparée — qui sont publiés cette semaine dans les Proceedings of the National Academy of Sciences des États-Unis — révèlent que la composition génomique et l'expression des gènes diffèrent grandement d'une souche à l'autre. Le vaccin BCG de l'Institut Pasteur, par exemple, leur est apparu dépourvu de 133 gènes présents dans des versions plus récentes du vaccin.

    À partir de ces cartographies génétiques, les chercheurs ont ensuite dressé l'arbre généalogique dont sont issues ces diverses souches. Ils ont ainsi remarqué que les souches les plus anciennes, et étrangement les moins couramment utilisées — comme la souche employée au Japon —, étaient de toute évidence les plus apparentées génétiquement aux bactéries originales qui ont servi à la fabrication du premier vaccin. «Ces souches anciennes devaient produire plus de protéines antigéniques, [...] car une étude clinique a montré que le BCG japonais induit une réponse immunitaire beaucoup plus vigoureuse chez les nouveau-nés que le BCG danois, qui contient une souche plus récente du bacille», indique-t-on dans un commentaire publié dans la revue Nature.

    «Les bactéries possèdent des systèmes de sécrétion de protéines destinées à favoriser l'interaction avec l'hôte qu'elles infectent, explique Marcel Behr. Or pendant les décennies où ces bactéries ont été cultivées en laboratoire, elles ne subissaient plus de pression pour produire ces protéines puisqu'elles n'avaient plus à interagir avec leur hôte, qui était absent. La souche bactérienne du vaccin a ainsi perdu peu à peu ces systèmes dont elles n'avaient plus besoin. Or on sait que la perte de ce système de sécrétion a conduit à une plus grande atténuation de sa virulence. En d'autres mots, nous pensons que ces bactéries "superatténuées" ne provoquent pas une réponse immunitaire aussi vigoureuse que la souche initiale.»

    Les chercheurs recommandent donc de procéder à des essais cliniques au cours desquels on comparerait les différentes versions du vaccin actuellement employées à travers le monde. «On prétend qu'il s'agit du même vaccin partout dans le monde, mais nos études de cartographie génomique nous apprennent que les bactéries qui composent les vaccins utilisés au Japon, en France ou au Canada sont très différentes les unes des autres, car elles ont évolué différemment, poursuit le chercheur. Et on ignore si ces différences génomiques ont des conséquences cliniques, soit une protection différente contre la maladie ou des effets secondaires différents.»

    L'inefficacité du vaccin révélée par diverses études cliniques et suggérée par ces récentes études génomiques serait-elle à l'origine de l'émergence de nouveaux cas de tuberculose dans certains pays du monde? «Nous ne pouvons pas affirmer que le BCG est la cause de la ré-émergence de la maladie, qui résulte de plusieurs autres facteurs, notamment sociaux [dont la vie en trop grande promiscuité], indique M. Behr. Mais si on avait disposé d'un vaccin plus protecteur, cette ré-émergence aurait été moindre.»

    Même si toutes ces informations, plus anciennes et actuelles, ne semblent pas émouvoir l'OMS, qui tout au plus a affirmé prendre note des résultats publiés cette semaine et envisager d'en discuter avec des experts, elles auront au moins eu l'avantage de guider les scientifiques, comme le professeur Behr, dans leur recherche d'un nouveau vaccin plus efficace. «Nous avons corrigé des mutations stratégiques afin que le bacille sécrète des protéines immunogènes [qui induiront une réponse immunitaire] et nous démarrerons sous peu des études précliniques afin de vérifier si ce nouveau vaccin induit une bonne protection contre la maladie», nous informe le médecin.












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