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Université Laval - Initiation à l'agriculture biologique par Internet

Claude Lafleur   14 mars 2007  Santé
Pas nécessaire de retourner la terre pour s’initier à l’agriculture biologique: l’université Laval offre un microprogramme par Internet.
Photo : Pascal Ratthé
Pas nécessaire de retourner la terre pour s’initier à l’agriculture biologique: l’université Laval offre un microprogramme par Internet.
La faculté des sciences de l'agriculture de l'université Laval innove en enseignant l'agriculture biologique... par l'entremise d'Internet! «C'est pour nous une nouvelle expérience, confirme Jean Collin, professeur titulaire au département de phytologie de l'université Laval. Pour notre département, c'est notre première expérience sur le Web...»

«Nous apprenons, à l'université et à la faculté des sciences de l'agriculture, à travailler avec Internet, raconte Jean Collin. En fait, on a des projets pour bonifier nos cours et pour introduire davantage d'interactivité, mais il faut bien commencer quelque part... Or, notre microprogramme en agriculture biologique connaît un bon départ puisqu'on a en moyenne de 30 à 35 étudiants qui suivent nos cours. Voilà qui est très bien.»

Une simple affaire de compost

Le microprogramme en question consiste en une série de quatre cours que les étudiants peuvent suivre à distance. Il s'agit de: Introduction à l'agriculture biologique, Utilisation du compostage en agriculture biologique, Production biologique des cultures en champ et Productions animales biologiques. «Je suis responsable du cours d'introduction, précise M. Collin, un cours qui s'adresse à ceux et celles qui sont moins familiers [sic] avec cette pratique.»

L'agriculture biologique, explique-t-il, est surtout une agriculture «à faible intrant», qui n'emploie aucun engrais chimique ni organisme génétiquement modifié. «Le principal amendement en agriculture biologique, dit-il, ce sont des composts, donc de la matière organique, pour amender les sols.» C'est ainsi que le cours sur l'utilisation des composts est la pierre angulaire du microprogramme.

Selon le professeur Collin, l'agriculture biologique est menée par un esprit d'autosuffisance au niveau régional ou local. Ses promoteurs dénoncent d'ailleurs souvent les grandes distances que parcourent les aliments produits par l'agriculture moderne. «Ils cherchent par conséquent à exporter le moins possible les aliments qu'ils produisent...» Ils visent en outre le développement d'une agriculture durable plus respectueuse de l'environnement. De surcroît, un nombre croissant de producteurs envisagent de recourir à l'agriculture biologique en tant que mode de production plus rentable étant donné les coûts de production sans cesse croissants et la stabilité relative des prix des produits agricoles.

Une formation pour les professionnels

Le microprogramme en agriculture biologique s'adressait principalement aux conseillers agricoles (agronomes, techniciens, vétérinaires, biologistes) et non aux agriculteurs. M. Collin rappelle au passage que la fonction première d'une université est de former des spécialistes. Certains professionnels ne viennent d'ailleurs que chercher le cours sur le compostage, puisqu'il n'y a pas beaucoup de formation dans ce domaine, rapporte Jean Collin.

«On a toutefois, à l'occasion, d'autres personnes qui s'inscrivent au programme, ainsi que quelques-uns de nos étudiants réguliers, dit-il. On a aussi découvert que certains se servent du microprogramme pour voir jusqu'à quel point l'agronomie les intéresse. Mais, essentiellement, on vise la formation de professionnels.» Le microprogramme mène à une attestation d'études.

En matière de critères d'admission, tout étudiant doit posséder au moins un diplôme d'études collégiales en sciences, lettres et arts, ou en sciences de la nature, ou encore en techniques d'agriculture. Il faut avoir une formation de base en biologie. Il y a aussi les candidats adultes (âgés de 21 ans et plus) qui sont éligibles à s'inscrire à un baccalauréat.

Ce qui distingue ce microprogramme des autres offerts par l'université Laval, c'est qu'il se donne par l'entremise du réseau Internet. «Chaque étudiant est suivi par un tuteur, relate le responsable. Il s'agit généralement de l'un de nos étudiants gradués [sic] qui fait le suivi avec l'étudiant par courriel et par téléphone. On offre deux périodes par semaine — une de jour et une de soir — au cours desquelles les étudiants peuvent appeler s'ils ont des questions. À la mi-session, ils doivent passer un examen maison, puis, à la fin de la session, il y a un examen classique en salle.»

Étant donné que le microprogramme comporte l'équivalent de 250 pages de textes à lire à l'écran — ce qui n'est pas nécessairement aisé —, les étudiants peuvent se procurer ces notes de cours en format livre. Ils peuvent aussi bien les retrouver dans le site Internet du programme. «Lorsqu'ils consultent ces notes à l'écran, ils ont aussi accès à de petits exercices et à des questions interactives, relate M. Collin. Pour l'instant, c'est minimal comme interactivité, mais nous allons retravailler tout cela...»

Victimes de certains préjugés anti-technologiques?

Si cette expérience d'enseignement par Internet se déroule bien, on observe néanmoins que les étudiants en agriculture biologique sont moins portés vers les technologies que la moyenne de leurs collègues universitaires. «Ce que nous avons constaté, et on ne s'attendait vraiment pas à cela, c'est que les gens intéressés par le bio sont, en général, moins adeptes des technologies», indique Jean Collin.

Cette «réticence» envers les techniques modernes semble aussi se confirmer par leur réaction par rapport aux organismes génétiquement modifiés. «Les OGM sont essentiellement un prolongement des méthodes d'amélioration génétique traditionnelles», explique le spécialiste. De fait, toutes les plantes et les animaux que nous utilisons en agriculture sont des organismes qui ont été «modifiés» par divers procédés de sélection. Or, comme l'observe M. Collin, les fervents de l'agriculture biologique renient tout ce qui touche à la transgénèse et aux méthodes modernes.

«En agriculture biologique, on observe un certain esprit doctrinaire, constate-t-il. Les "purs et durs", qui prônent ce type d'agriculture, vont essentiellement adopter une position doctrinaire extrêmement rigide. Or, d'un point de vue scientifique, si on utilisait par exemple un blé transgénique résistant à la fusariose de l'épi — un champignon qui affecte les épis de blé —, ce serait super intéressant...» De même, quantité de plantes OGM résistent fort bien naturellement à moult maladies et attaques d'insectes...

«Ce que je dis souvent à mes étudiants militants, c'est que nous sommes ici à l'université, dans la faculté des sciences de l'agriculture et que, par conséquent, on ne s'occupe guère des aspects doctrinaires de la question!»

Collaborateur du Devoir






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