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Quatre salles d'opération flambant neuves resteront inutilisées jusqu'en 2008

Louise-Maude Rioux Soucy   10 mars 2007  Santé
À 28 chirurgiens, l’unité était plus que prête à mettre les bouchées doubles.
Photo : Jacques Nadeau
À 28 chirurgiens, l’unité était plus que prête à mettre les bouchées doubles.
Modernisé et agrandi au coût de 60 millions de dollars, l'hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil, dispose de quatre nouvelles salles d'opération flambant neuves qui risquent fort de rester inutilisées, faute de personnel. Le Devoir a en effet appris que les derniers plans d'effectifs médicaux présentés par l'Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie ne prévoient aucun anesthésiste supplémentaire pour l'exercice 2007, laissant sur le carreau toute une équipe de chirurgiens pourtant fin prête à accélérer la cadence.

Le chef du service de chirurgie de l'hôpital, le Dr Christian Chouinard, ne cache pas sa frustration de voir que rien n'a été prévu pour alimenter en sang neuf les nouvelles salles d'opération. «Un chirurgien ne peut pas opérer seul. Il a besoin d'un anesthésiste.

Or les plans d'effectifs médicaux en anesthésie sont de zéro pour notre hôpital. Il faudra donc attendre l'exercice 2008 pour savoir si les effectifs seront haussés de manière à ce qu'on puisse enfin faire fonctionner nos nouvelles salles d'opération. C'est absurde.»

Ce flottement étonne d'autant plus le chirurgien que son établissement est celui qui compte les listes d'attente les plus longues de la région. En ce moment, 2800 personnes attendent d'être opérées à Pierre-Boucher. Bien au fait de ce problème qui va croissant avec le vieillissement de la population, le gouvernement Charest a débloqué 60 millions il y a trois ans pour rénover et agrandir cet hôpital en le dotant d'un centre ambulatoire compétitif. Maintenant que les travaux sont sur le point d'être achevés — la direction compte couper le ruban inaugural d'ici quelques semaines —, le personnel s'inquiète de voir que les ressources humaines et financières ne sont pas au rendez-vous.

Ce n'est pourtant pas faute d'avoir prévu le coup, se défend le Dr Michel Laurence, directeur des services professionnels du CSSS Pierre-Boucher, qui chapeaute l'hôpital longueuillois. «On avait prévu des ressources additionnelles pour l'ouverture du centre ambulatoire au printemps 2007, mais [l'Agence] nous a répondu qu'on devait continuer à fonctionner avec le plan d'effectifs de l'an dernier.» Ne s'estimant pas vaincu, le Dr Laurence a récrit à l'Agence de la Montérégie afin de défendre son point de vue. «Une salle d'opération, il faut que ça vienne tout équipé, anesthésistes compris. [...] On espère profiter de la négociation du budget de fonctionnement pour négocier l'ajout de deux postes d'anesthésiste à temps complet avant 2008.»

Mais à l'Agence de la Montérégie, on affirme que l'exercice est bel et bien clos et qu'il faudra attendre l'exercice 2008 pour que les choses bougent à nouveau. C'est que l'Agence est elle-même aux prises avec une grande pénurie d'anesthésistes, tout comme le reste du Québec d'ailleurs. Cette année, le casse-tête des effectifs médicaux a fait en sorte que la Montérégie n'a eu droit qu'à trois postes pour couvrir ses dix missions hospitalières. Forcément, les ressources sont allées aux moins nantis, soit, dans ce cas précis, aux établissements de santé de Sorel et de Châteauguay, a expliqué Krystyna Pecko, directrice des affaires médicales et universitaires à l'Agence de la Montérégie.

Il faut dire qu'avec ses neuf anesthésistes, l'hôpital Pierre-Boucher fait figure de privilégié aux yeux de l'Agence, qui compte beaucoup d'établissements bien moins nantis. Cela étant, la Dre Pecko concède que les besoins de Pierre-Boucher sont réels avec l'ouverture des nouvelles salles. «Je conviens que Pierre-Boucher aurait besoin de plus d'anesthésistes. [...] Mais il devra se débrouiller cette année avec les neuf qu'il a. Maintenant, comment va-t-il s'organiser avec ces neuf anesthésistes pour couvrir l'ensemble des salles d'opération? Ça, ça devient de la gestion interne.»

Cette décision ne plaît pas du tout au chef du service de chirurgie, qui espérait mettre à profit les nouvelles salles pour réduire les listes d'attente. À 28 chirurgiens, l'unité était plus que prête à mettre les bouchées doubles, a fait valoir le Dr Chouinard. «Les chirurgiens sont toujours à chauffer le banc comme au hockey, ce sont des denrées inexploitées. Je dirais qu'on opère un jour par semaine, 40 semaines par année, c'est peu. On pensait que les quatre nouvelles salles nous permettraient au moins d'accélérer la cadence.»

Pris au dépourvu, son service a soumis un plan B à l'Agence de la Montérégie en lui proposant d'accorder un poste à un anesthésiste souhaitant poursuivre sa carrière à l'hôpital Pierre-Boucher. Affecté à l'hôpital Charles LeMoyne de Longueuil, celui-ci a récemment profité d'un congé de maternité pour faire le saut à Pierre-Boucher, où il se plaît beaucoup. Mais il devra retourner à Charles LeMoyne sitôt son remplacement terminé, a précisé la Dre Pecko. «On aurait bien aimé ouvrir un poste à Pierre-Boucher, mais les trois nouveaux postes ont été octroyés et nous n'en avons pas d'autre à offrir. À moins qu'il y ait une entente entre les deux établissements, celui-ci devra donc retourner à son établissement. C'est la règle ministérielle.»

Depuis lors, de nombreuses démarches ont été faites auprès de l'Agence et du ministère pour trouver un terrain d'entente. Pour le Dr Chouinard, c'est une question de gros bon sens à l'heure où les listes d'attente continuent de hanter les hôpitaux québécois. «Si j'avais les anesthésistes nécessaires pour faire rouler les salles d'opération, j'opérerais plus, il y aurait moins d'attente. C'est ce que le ministre nous a dit, c'est ce que le premier ministre nous a dit. Mais ça ne bouge pas. C'est kafkaïen. On dirait qu'il n'y a pas de pilote dans l'avion. [...] J'aimerais que quelqu'un dise: "On a investi 60 millions dans l'hôpital, il faudra bien trouver une manière de l'utiliser."»

Le directeur du CSSS, lui, ne lâche pas prise. Et pour cause: le centre ambulatoire répond à un véritable besoin qui fait consensus tant au ministère qu'à l'Agence et au CSSS, a rappelé le Dr Laurence. Rien ne semble toutefois indiquer un espoir de règlement pour cette année.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, on confirme que rien n'apparaît sur l'écran radar du ministère avant 2008, voire 2009, pour l'hôpital Pierre-Boucher. «Ce qui est prévu depuis le début, c'est de faire tout ça progressivement pour 2008-09, autant pour les plans d'effectifs que pour les budgets de fonctionnement. Et c'est là seulement que ça va s'ajuster», a expliqué la porte-parole du ministère, Hélène Gingras.






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  • André Jacques
    Abonné
    samedi 10 mars 2007 07h35
    M. Charest où êtes vous ?
    « Il est difficile d'y croire mais la réalité nous frappe en plein front. Notre gouvernement nous gouverne et nous ment. Un beau parleur M. Couillard, mais il n'a pu trouver un anesthésiste à Pierre Boucher et les nouvelles salles d'opérations sont paralysées. Nous sommes pourtant en 2007. RÉVEILLONS NOUS ! »

  • Carbajo Carbajo
    Inscrit
    samedi 10 mars 2007 07h38
    Bravo pour votre article....
    « C'est le moment ou jamais d'interpeller le ministre Couillard, au moins qu'il prenne conscience de la situation et de la corriger immediatement avant les élections.
    Roque Carbajo »

  • Sylvie Provost
    Inscrite
    samedi 10 mars 2007 11h13
    Coupez dans les bonus!
    « Première décision à prendre très rapidement: couper dans les bonus aux cadres! Simplifiez la gestion. Depuis quelques années, les gestionnaires se sont multipliés ainsi que leurs bonus... Investissez plutôt dans les services! Ça ne sert à rien d'avoir 30 crieurs quand il n'y a plus de rameur dans la barque! Avec l'ouverture au privé, que pensez-vous que les médecins font? Ils ouvrent des cabinets privés! Est-ce que les salles d'opération sont toujours louées au privé? Est-ce que les patients du public attendent leur tour? Est-ce que les salles sont encore fermées les jours où les terrains de golf sont ouverts? Comme les palais de justice? Charest et Dumont veulent tout privatiser. Au diable la protection des pauvres. Il y a des amis qui aimeraient bien obtenir des contrats. Et de toutes façons, au privé, les employés seront sous-payés mais ça coûtera plus cher au gouvernement (vos impôts) car les patrons voudront faire des profits. Il y a un gros gros gros ménage à faire. Qui le fera? »

  • Réjean Grenier
    Abonné
    samedi 10 mars 2007 13h50
    Charest en 2003: Nous sommes prêt!
    « Haro sur le gouvernement Libéral!
    En lisant l'excellent texte de Madame Rioux Soucy, j'ai failli tomber directement dans mon sous-sol.
    60,000,000$ et 2800 malades qui attendent que les Charest,
    Couillard et compagnies fassent un petit effort pour embaucher un anesthésiste pour faire fonctionner ces salles
    d'opération flambant neuves.
    J'ose espérer que les Québécois, le 26 de ce mois, sauront
    quoi faire avec ce gouvernement pourri. »

  • Claude Stordeur
    Abonné
    samedi 10 mars 2007 13h51
    Le mirage de la santé a tout prix
    « Ça fait 4 ans qu'on nous bourre le crâne, 4 ans et bien plus que les technocrates sous ministres n'en font qu'a leur tête, sachant bien que les ministres sont la pour faire des mirages aux électeurs une fois tout les 4 ans ...
    A quand des sous ministres responsables de leurs agissements?
    Nous sommes dirigés par des actionnaires de compagnies multinationales anonymes et par des sous ministres technocrasses non responsable .... »

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