Médecins - À la recherche de pistes inventives
Réguler la pénurie
Concentration des spécialistes, partage des actes médicaux et dépolitisation du système de santé figurent parmi les solutions que préconise le Collège des médecins. Selon le président de la Fédération des médecins résidents du Québec, il faut aussi un réseau intégré entre les centres hospitaliers. Les médecins proposent un traitement applicable aux «bobos» du système.
Notre système de santé souffre de trois maux tenaces, diagnostique Yves Lamontagne, président du Collège des médecins: une pénurie d'effectifs autant chez les médecins que chez les infirmières, une organisation du travail parfois déficiente, ainsi qu'une insuffisance de financement. «La pénurie, soutient le Dr Lamontagne, pourrait d'ailleurs être mieux contrôlée si le travail était mieux organisé. Au Collège des médecins, nous nous questionnons là-dessus et nous comptons avancer quelques réponses vers le mois de février.»
L'organisation du travail touche deux aspects majeurs, explique Yves Lamontagne. «Alors que nous vivons une pénurie, nous ne pouvons plus tout avoir partout, ce qui revient, dans ce contexte de rareté, à saupoudrer de la médecine à la grandeur du Québec. Il serait peut-être préférable de concentrer, c'est-à-dire de diminuer le nombre de points d'accès pour certains services, afin de permettre à ceux que l'on maintient d'atteindre une efficacité maximale.» Pour exemple, le Dr Lamontagne parle des neurochirurgiens, approximativement au nombre de 40 sur le territoire de la province. Si la quantité de centres qui font de la neurochirurgie était réduite de moitié et les spécialistes regroupés, ils auraient alors la possibilité d'accroître leur excellence, d'être stimulés par une équipe et de se soutenir dans un processus de formation continue. «Actuellement, poursuit le président du Collège des médecins, le spécialiste en région est parfois seul, ce qui l'oblige à assumer la garde 365 jours par année.» Résultat: au bout de deux ou trois ans, le jeune médecin revient vers la grande ville. «Nous recommandons des équipes minimales de quatre médecins», prône le Dr Lamontagne.
Le second élément d'organisation du travail est celui des actes partagés, une porte que la loi 90 a maintenant ouverte. «Nous en sommes à négocier avec chacun des autres ordres professionnels du secteur de la santé, rapporte Yves Lamontagne, afin que leurs membres qui possèdent les connaissances et l'expertise nécessaires puissent accomplir des tâches par tradition réservées aux médecins.» Des ententes à conclure selon une gradation, commençant d'abord par les infirmiers et infirmières, qui, avec le médecin, sont les plus proches du patient.
Ainsi, l'infirmière clinicienne en région isolée, parce que seule, doit aussi faire de la médecine. Elle sera donc formée en conséquence et liée à un médecin ou à un centre hospitalier à qui elle recourra en cas de problème. Dans certains hôpitaux, les infirmières spécialisées existent déjà, notamment en néonatalogie, et l'infirmière première assistante en chirurgie est aussi chose faite. L'étape suivante pourrait, selon le Dr Lamontagne, concerner les inhalothérapeutes. D'autre part, un projet pilote où des techniciens en radiologie procèdent à des lavements barytés est aussi en cours. «Il n'est pas question d'une médecine à la baisse, précise toutefois Yves Lamontagne. Le médecin demeure l'expert du diagnostic et du traitement.»
Sources de financement
Quant au financement des services de santé, rappelle Yves Lamontagne, il s'agit d'un problème pancanadien. «Il est impossible pour l'État de tout payer comme par le passé. Parce que la population vieillit et réclame plus de soins, et parce que les nouvelles technologies et les nouvelles molécules de pharmacologie coûtent cher, il n'y a pas un État au monde capable de suivre cette courbe d'augmentation. Il faut donc se montrer inventif et explorer tous les moyens possibles d'économiser, autant que d'identifier de nouveaux modes de financement.»
Élaborant sur la question du coût des médicaments, le Dr Lamontagne poursuit: «Je ne suis pas en train de me prononcer sur le niveau des prix fixés par les compagnies pharmaceutiques, à savoir s'ils sont raisonnables ou trop élevés. J'insiste sur le point que le médecin, lui, n'est pas là pour comparer si la pilule coûte 3 $ ou 5 $, mais pour donner le meilleur traitement possible au malade. S'il est scientifiquement démontré qu'un nouveau médicament est plus efficace que l'ancien, le médecin, en toute conscience, se doit de prescrire ce qu'il y a de meilleur pour son patient. Notre rôle n'est pas de contrôler les finances de l'État, mais de bien traiter les gens.»
Au fil des idées, Yves Lamontagne parle également de télémédecine, un sujet populaire il y a quelques années et dont on entend peu parler aujourd'hui. «Ç'a commencé en cardiologie infantile, relate-t-il. Des centres sont câblés mais on ne se sert de cette technologie que quelques heures par jour.» Voilà, selon lui, des équipements sous-utilisés au moyen desquels on pourrait faire de la consultation avec les grands centres hospitaliers, en psychiatrie par exemple. «On investit peu dans la télémédecine et elle progresse en conséquence. Peu visible, elle n'est pas politiquement rentable. Pourtant, elle permet de voir un patient à distance, de consulter les spécialistes d'un centre universitaire ou de faire de la formation continue.»
Chaque campagne électorale ramène les projecteurs sur la santé, fait remarquer le président du Collège des médecins. Un concept commence cependant à faire son chemin chez plusieurs: sortir la politique du système de santé et confier sa gestion à une organisation indépendante sans préoccupation de nature électorale. «Un gouvernement, expose Yves Lamontagne, devrait avoir une vision de la santé en termes de principes comme l'universalité des soins et leur accessibilité; puis, confier l'élaboration et la mise en oeuvre des plans d'action. Sur le plan émotif, la santé touche des fibres extrêmement sensibles chez la population. Alors, les politiciens jouent cette carte pour rallier les gens. Mais une fois au pouvoir, il ne faudrait pas oublier de livrer la marchandise. La santé, par ailleurs, n'est pas une question d'élections, mais une question de bon sens et d'utilisation logique des ressources; une question de savoir comment organiser les équipes plutôt que de distribuer la main-d'oeuvre partout sur le terrain, ce qui fait en sorte que les gens sont épuisés, désabusés et démotivés.»
Notre système de santé souffre de trois maux tenaces, diagnostique Yves Lamontagne, président du Collège des médecins: une pénurie d'effectifs autant chez les médecins que chez les infirmières, une organisation du travail parfois déficiente, ainsi qu'une insuffisance de financement. «La pénurie, soutient le Dr Lamontagne, pourrait d'ailleurs être mieux contrôlée si le travail était mieux organisé. Au Collège des médecins, nous nous questionnons là-dessus et nous comptons avancer quelques réponses vers le mois de février.»
L'organisation du travail touche deux aspects majeurs, explique Yves Lamontagne. «Alors que nous vivons une pénurie, nous ne pouvons plus tout avoir partout, ce qui revient, dans ce contexte de rareté, à saupoudrer de la médecine à la grandeur du Québec. Il serait peut-être préférable de concentrer, c'est-à-dire de diminuer le nombre de points d'accès pour certains services, afin de permettre à ceux que l'on maintient d'atteindre une efficacité maximale.» Pour exemple, le Dr Lamontagne parle des neurochirurgiens, approximativement au nombre de 40 sur le territoire de la province. Si la quantité de centres qui font de la neurochirurgie était réduite de moitié et les spécialistes regroupés, ils auraient alors la possibilité d'accroître leur excellence, d'être stimulés par une équipe et de se soutenir dans un processus de formation continue. «Actuellement, poursuit le président du Collège des médecins, le spécialiste en région est parfois seul, ce qui l'oblige à assumer la garde 365 jours par année.» Résultat: au bout de deux ou trois ans, le jeune médecin revient vers la grande ville. «Nous recommandons des équipes minimales de quatre médecins», prône le Dr Lamontagne.
Le second élément d'organisation du travail est celui des actes partagés, une porte que la loi 90 a maintenant ouverte. «Nous en sommes à négocier avec chacun des autres ordres professionnels du secteur de la santé, rapporte Yves Lamontagne, afin que leurs membres qui possèdent les connaissances et l'expertise nécessaires puissent accomplir des tâches par tradition réservées aux médecins.» Des ententes à conclure selon une gradation, commençant d'abord par les infirmiers et infirmières, qui, avec le médecin, sont les plus proches du patient.
Ainsi, l'infirmière clinicienne en région isolée, parce que seule, doit aussi faire de la médecine. Elle sera donc formée en conséquence et liée à un médecin ou à un centre hospitalier à qui elle recourra en cas de problème. Dans certains hôpitaux, les infirmières spécialisées existent déjà, notamment en néonatalogie, et l'infirmière première assistante en chirurgie est aussi chose faite. L'étape suivante pourrait, selon le Dr Lamontagne, concerner les inhalothérapeutes. D'autre part, un projet pilote où des techniciens en radiologie procèdent à des lavements barytés est aussi en cours. «Il n'est pas question d'une médecine à la baisse, précise toutefois Yves Lamontagne. Le médecin demeure l'expert du diagnostic et du traitement.»
Sources de financement
Quant au financement des services de santé, rappelle Yves Lamontagne, il s'agit d'un problème pancanadien. «Il est impossible pour l'État de tout payer comme par le passé. Parce que la population vieillit et réclame plus de soins, et parce que les nouvelles technologies et les nouvelles molécules de pharmacologie coûtent cher, il n'y a pas un État au monde capable de suivre cette courbe d'augmentation. Il faut donc se montrer inventif et explorer tous les moyens possibles d'économiser, autant que d'identifier de nouveaux modes de financement.»
Élaborant sur la question du coût des médicaments, le Dr Lamontagne poursuit: «Je ne suis pas en train de me prononcer sur le niveau des prix fixés par les compagnies pharmaceutiques, à savoir s'ils sont raisonnables ou trop élevés. J'insiste sur le point que le médecin, lui, n'est pas là pour comparer si la pilule coûte 3 $ ou 5 $, mais pour donner le meilleur traitement possible au malade. S'il est scientifiquement démontré qu'un nouveau médicament est plus efficace que l'ancien, le médecin, en toute conscience, se doit de prescrire ce qu'il y a de meilleur pour son patient. Notre rôle n'est pas de contrôler les finances de l'État, mais de bien traiter les gens.»
Au fil des idées, Yves Lamontagne parle également de télémédecine, un sujet populaire il y a quelques années et dont on entend peu parler aujourd'hui. «Ç'a commencé en cardiologie infantile, relate-t-il. Des centres sont câblés mais on ne se sert de cette technologie que quelques heures par jour.» Voilà, selon lui, des équipements sous-utilisés au moyen desquels on pourrait faire de la consultation avec les grands centres hospitaliers, en psychiatrie par exemple. «On investit peu dans la télémédecine et elle progresse en conséquence. Peu visible, elle n'est pas politiquement rentable. Pourtant, elle permet de voir un patient à distance, de consulter les spécialistes d'un centre universitaire ou de faire de la formation continue.»
Chaque campagne électorale ramène les projecteurs sur la santé, fait remarquer le président du Collège des médecins. Un concept commence cependant à faire son chemin chez plusieurs: sortir la politique du système de santé et confier sa gestion à une organisation indépendante sans préoccupation de nature électorale. «Un gouvernement, expose Yves Lamontagne, devrait avoir une vision de la santé en termes de principes comme l'universalité des soins et leur accessibilité; puis, confier l'élaboration et la mise en oeuvre des plans d'action. Sur le plan émotif, la santé touche des fibres extrêmement sensibles chez la population. Alors, les politiciens jouent cette carte pour rallier les gens. Mais une fois au pouvoir, il ne faudrait pas oublier de livrer la marchandise. La santé, par ailleurs, n'est pas une question d'élections, mais une question de bon sens et d'utilisation logique des ressources; une question de savoir comment organiser les équipes plutôt que de distribuer la main-d'oeuvre partout sur le terrain, ce qui fait en sorte que les gens sont épuisés, désabusés et démotivés.»
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

