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Développer des corridors de services

Johanne Landry   16 novembre 2002  Santé
Lorsqu'on lui demande comment se porte le système de santé québécois, le Dr Sébastien P. Ahern, président de la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ), répond: «Pas si mal. Parce les médecins et les infirmières travaillent fort pour le maintenir à flot.»

La crise de l'été dernier, relate-t-il cependant, a connu une intensité que nous n'avions pas ressentie depuis le début des années 1990. Mais comme un événement plutôt négatif peut aussi entraîner des retombées positives, le Dr Ahern rapporte que la FMRQ en a profité pour réfléchir et chercher des solutions durables. «Peut-être étions-nous rendus là, au Québec, fait-il valoir, à devoir nous pencher sur le devenir de la pratique médicale.»

Rapprochant la présente crise de celle d'il y a une dizaine d'années, Sébastien Ahern remarque que c'est lorsque le statut du médecin est questionné que gronde la colère. «Dans les années 1990, rappelle-t-il, le gouvernement a voulu que les médecins deviennent des employés de l'hôpital et répondent au conseil d'administration plutôt qu'au conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du centre hospitalier, un comité de pairs. Lorsque les médecins se révoltent, c'est pour garder leur autonomie, c'est-à-dire s'assurer la liberté requise pour pratiquer la médecine la plus scientifique possible, tout en évitant d'être soumis aux impératifs administratifs et budgétaires.»

Qualité pour tous

Au sortir de cette réflexion, Sébastien Ahern parle longuement du développement de corridors de services entre les centres hospitaliers universitaires, les centres hospitaliers régionaux et les petits centres hospitaliers locaux, «tout en valorisant et en favorisant, poursuit-il, l'installation de jeunes médecins en région. Ce que mes collègues me disent, c'est qu'ils veulent pratiquer dans des conditions qui permettent d'assurer de façon optimale des soins de qualité partout sur le territoire».

Le développement de ces corridors de services constituerait une réorganisation des liens interhospitaliers du Québec, avec des médecins mobiles et des transferts de patients facilités, selon le Dr Ahern. Un médecin qui appartiendrait à un centre universitaire ferait des périodes de garde dans un centre hospitalier régional ou dans un petit centre périphérique. «En 2002, poursuit-il, nous ne pouvons plus pratiquer en solo. Nous devons soutenir nos collègues en région. S'installer à quatre dans une petite localité n'est pas toujours possible, mais nous devons supporter celui qui le fait ou supporter la localité par une rotation de spécialistes.»

Le président de la Fédération des médecins résidents du Québec exprime une volonté claire, parmi ses membres, de favoriser la pratique régionale. Pour illustrer les difficultés inhérentes, il parle par exemple d'Amqui où, à cause de l'éloignement, il faut continuellement un chirurgien accessible sur place. «Celui qui se retrouve là-bas, commente-t-il, n'a plus l'occasion de discuter avec ses collègues et éprouve des difficultés à maintenir ses connaissances à jour.» Selon une structure de corridors de services adéquatement développée, ce chirurgien pourrait être rapatrié à Rimouski dans une équipe où, à tour de rôle, chacun irait assurer la garde à Amqui durant une semaine. «Une façon, soutient le Dr Ahern, de maintenir une présence constante, mais également de permettre la formation continue par des échanges entre chirurgiens. Personne ne s'épuise, personne n'est de garde tous les jours durant trois semaines d'affilée. Ce sont là des conditions qui favorisent la pratique.» Un corridor de ce genre existe d'ailleurs, rapporte Sébastien Ahern, entre les centres hospitaliers de Sherbrooke et de Lac-Mégantic.

«Les corridors de services officialisés permettraient de transférer des patients plus rapidement. Actuellement, nous nous heurtons, justement, à l'absence de réseau intégré, ce qui oblige le médecin ou l'infirmière à chercher un hôpital qui pourra accueillir le patient et lui dispenser le traitement adéquat. Or, ce n'est pas à nous de le faire. Il s'agit d'un problème organisationnel. Et pour régler les problèmes organisationnels, créons des ententes. Les médecins pourraient alors concentrer leurs communications sur la situation clinique du patient.»

Détourner la pression

La pression liée aux problèmes du système de santé, soutient Sébastien Ahern, ne doit pas se retrouver sur les épaules des médecins ni sur celles des infirmières, mais plutôt sur les organisations qui, dit-il, «doivent s'interroger, quant à elles. L'administration des hôpitaux, les régies régionales dans leurs relations entre elles, le ministère dans sa façon d'évaluer les besoins ou dans son absence parfois d'évaluer les besoins de façon scientifique».

Parmi les irritants que rencontrent quotidiennement les médecins, le Dr Ahern mentionne le manque de ressources. «Rien de plus fâchant, exprime-t-il, que cette impossibilité d'y avoir accès. Je me heurte souvent à une attente de trois mois pour une échographie, ce qui m'oblige à hospitaliser inutilement le patient pour l'avoir plus vite. Il faut corriger ce genre de situation.»
 
 
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