mardi 24 novembre 2009 Dernière mise à jour 09h39


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Politique du médicament

Louise-Maude Rioux Soucy   2 février 2007  Santé
Québec — C'est finalement une politique du médicament oscillant entre développement économique et justice sociale qui a été présentée hier aux Québécois par le gouvernement Charest au terme d'une réflexion qui aura duré plus de quatre ans. D'un côté, Québec rétablit la gratuité des médicaments pour les plus vulnérables; de l'autre, il met fin au gel des prix des médicaments, dénoncé avec insistance par les compagnies pharmaceutiques, pour introduire une indexation qui suivra désormais le rythme de l'inflation.

Les quelque 3,2 millions de Québécois couverts par le régime public verront donc leur facture grimper, à l'exception de ceux pour qui on avait rétabli la gratuité après qu'ils l'eurent perdue aux mains des péquistes. Aux 45 000 personnes âgées pour lesquelles le gouvernement Charest avait rétabli la gratuité en 2005 s'ajouteront l'été prochain 280 000 personnes jugées vulnérables sur le plan financier, soit tous les aînés qui reçoivent 94 % ou plus du supplément de revenu garanti, de même que les prestataires d'assistance emploi sans contraintes sévères à l'emploi, les prestataires avec contraintes temporaires et les titulaires d'un carnet de réclamation.

Tous les autres Québécois seront assujettis aux règles de cette nouvelle politique qui met un terme au gel des prix des médicaments. Selon le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard (accompagné pour l'occasion des ministres de la Solidarité sociale et du Développement économique), ce dégel était inévitable. «Le maintien de cette position était devenu intenable et impossible dans un contexte nord-américain qui voit les prix des médicaments grimper sans cesse. [...] Nous approchions du moment où nous allions voir des fabricants retirer leurs produits des tablettes des pharmacies et des établissements.»

Cette nouvelle a fait le bonheur de l'industrie pharmaceutique hier, qui réclamait avec force la fin de la politique de non-augmentation des prix des médicaments, en vigueur depuis 1994. L'industrie a aussi vu la règle des 15 ans, qu'elle a âprement défendue, être reconduite dans sa forme actuelle. Le dégel sera toutefois rigoureusement balisé, a promis le ministre Couillard.

Ainsi, la hausse maximale permise devra correspondre à l'augmentation de l'indice des prix à la consommation (IPC). Des ententes dont les termes n'ont pas été rendus publics ont été conclues en ce sens avec les compagnies pharmaceutiques, mais des dispositions ont aussi été prévues pour une renégociation à la pièce. Ainsi, un fabricant pourra réclamer une hausse supérieure à celle permise s'il le juge à propos. Dans ce cas précis, il reviendra au ministre de trancher.

Hier, il a été impossible de savoir si de telles ententes risquent de se multiplier ou non une fois la politique en vigueur. Au ministère, on juge que ce recours restera somme toute marginal. «L'impression voulant que tous les fabricants vont demander une dérogation est fausse et alimente un stress inutile. On s'attend à ce que ce soit un recours ponctuel», a indiqué le sous-ministre Roger Paquet, d'autant que «tout cela reste assujetti à l'entente qui fait que le prix le plus bas au Canada est garanti au Québec», a renchéri M. Couillard.

Dans le souci de faire baisser les coûts du régime, cette politique introduit également un nouvel encadrement des médicaments génériques. Dès juin 2007, le prix du premier médicament générique sera limité à 60 % du prix du médicament innovateur alors qu'il sera fixé à 54 % pour les suivants. Enfin, la marge bénéficiaire maximale des grossistes en médicaments sera ramenée de 9 % à 7 %.

Dans l'ensemble, toutes ces mesures financières auront un impact minime sur le portefeuille des contribuables, a assuré le ministre Couillard, qui chiffre ce montant à 15 millions de dollars sur un budget qui a atteint les trois milliards en 2006. «Il faut faire la résultante de toutes les mesures, celles qui augmentent les coûts et celles qui les diminuent. Au total, elles auront un impact marginal. On parle d'un demi de 1 %. [...] Les déterminants qui poussent sur le coût des médicaments sont ailleurs: dans le vieillissement, dans le nombre d'ordonnances qui augmente sans cesse et dans l'arrivée de nouvelles molécules.»

Voilà pourquoi la politique du médicament fait aussi de l'usage optimal un cheval de bataille de premier plan. Au Québec, 10 % des hospitalisations sont liées à un problème de médication. Des ressources supplémentaires seront donc dégagées pour faire baisser ce triste bilan. Au nombre des mesures proposées, on compte l'introduction d'un service téléphonique Info-Médicaments — futur petit frère du bien connu Info-Santé —, la promotion de la médication à domicile et l'informatisation de l'acte thérapeutique entre le pharmacien et le médecin.

Québec s'immisce aussi dans la manière de faire des pharmaciens et des grossistes en les invitant à se doter d'un code de pratique clair dont le respect sera une exigence supplémentaire. Les rabais négociés au volume par les pharmaciens avec les fabricants de médicaments seront ainsi plafonnés à 20 %, une initiative jugée «futile, contre-productive et inéquitable» par l'Association québécoise des pharmaciens-propriétaires (AQPP). «Non seulement [cette mesure] ne profitera ni au gouvernement, ni aux citoyens du Québec, mais elle fragilisera la pharmacie québécoise», a commenté son directeur général, Normand Cadieux.

Selon l'AQPP, cette mesure créera un préjudice pour les patients qui seront les premiers touchés par cette mesure. Ces rabais sont souvent réinjectés de façon à assurer un service plus rapide et plus efficace, par exemple en augmentant le personnel, arguë l'association. «La stratégie du ministre aura pour seul effet de prendre de l'argent chez les pharmaciens, donc dans le système de santé du Québec, et de l'acheminer ailleurs dans le monde, notamment en Ontario, a indiqué M. Cadieux. Je ne vois pas en quoi les Québécois y gagneront quelque chose.»

Rappelons que lors de sa création, en 1997, le régime public d'assurance médicaments coûtait 1,1 milliard de dollars. Depuis, sa croissance a été exponentielle, avec une augmentation moyenne de 12,5 % par année. Depuis quelques années, on observe toutefois une tendance à la baisse. En 2006, ce taux était passé à 6,1 %. Le ministre Couillard a bon espoir que sa politique maintienne un taux semblable pour les trois prochaines années. «Idéalement, nous visons les 5 %», a-t-il précisé.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 2 février 2007 12h00
    Qui paie quoi?
    « 3 milliards pour 3,2 millions de personnes, c'est près de 1000 piasses par personne en pilules!

    Comme un grand nombre en consomme peu ou pas, on peut imaginer le "party" chez les autres!

    J'ignore combien coute une prescription, mais à 50$ de moyenne, c'est 20 prescriptions que 3,2 millions de personnes prendraient chaque année? Pourriez-vous nous donner plus de détails SVP? Ca me semble fou raide?

    Autre question: combien de ce 3 milliards vient des poches des 3,2 millions qui en profitent? »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    vendredi 2 février 2007 15h17
    Le Modèle québécois, un modèle exportable ?
    « Alors que la guerre fait rage un peu partout sur la planète, il se trouve de plus en plus de personnes riches et charitables pour préparer l'avenir. Même si l'industrie de l'armement continue à prospérer, cela n'est plus assez pour assurer la suprématie économique des États -Unis qui souhaitent maintenant se retirer du bourbier Irakien. Comment continuer à assurer la suprématie américaine en ne faisant plus couler le sang d'innocentes victimes ? En s'occupant de leur santé.

    Les récentes visites de Bill Clinton et de Bill Gates au Canada et la généreuse participation de Warren Buffett pour venir en aide aux plus pauvres et aux plus malades de la planète sont des indices éloquents qu'on ne saurait ignorer. L'investissement de milliards de dollars dans l'industrie des fondations charitables devrait en inspirer plusieurs, surtout l'industrie pharmaceutique.

    Comment faire fructifier l'industrie pharmaceutique pour qu'elle rapporte encore plus à ses actionnaires ? En suivant le modèle semblable à celui de l'industrie du commerce au détail des armements aux États-Unis. Un modèle démocratique où tous ont accès au produit, un modèle qui permettrait à un maximum de personnes sur la planète d'avoir accès au maximum de médicaments. À cet égard, le modèle québécois est exemplaire.

    Grâce au régime public d'assurance médicaments, tous les Québécois, pauvres comme riches, peuvent consommer tous les médicaments dont ils ont besoin. Dans un tel contexte de libre consommation supporté par l'État, la vente de médicaments a littéralement explosé au Québec depuis l'établissement du régime. C'est une bonne nouvelle pour les fabricants et le vendeurs de pilules.

    Est-ce que ce modèle est exportable ? Est-ce qu'un tel régime pourrait augmenter la vente de pilules aux États-Unis ? Est-ce qu'il pourrait être exporté en Chine et en Inde, deux partenaires commerciaux des États-Unis dont le marché est composé de 3 milliards de personnes ? Beaucoup d'argent à faire en perspective.

    On comprend mieux pourquoi Warren Buffett et Bill Gates ont investi tant de milliards de leur fortune personnelle dans des fondations charitables qui viendront en aide aux plus pauvres de la planète. Qui dit pauvreté, dit maladie et par conséquent médicaments. L'offensive de Bill Clinton n'est donc pas neutre, elle vise à préparer la future hégémonie de l'industrie pharmaceutique américaine partout sur la planète. Quand les Démocrates seront de retour à la Maison Blanche, ils pourront alors profiter des visites de Bill Clinton au Québec en s'inspireront du modèle québécois afin d'implanter un régime d'assurance médicaments aux États-Unis. Ce sera le premier pas d'une guerre à la pauvreté qui s'étendra bientôt à toute la planète.

    Lorsque les États-Unis, la Chine et l'Inde auront tous des régimes publics d'assurances médicaments, il sera probablement plus payant pour les Américains de vendre des médicaments que des armes, on pourra peut-être entrevoir la paix. On comprendra alors le sens que revêtait cette déclaration de guerre à la pauvreté des Buffett, Gates et Clinton. Leur front commun contre le Sida, en apparence généreux et désintéressé, n'aurait pas été innocent et cachait mal leurs objectifs respectifs. Pour Bill Clinton, il y a des votes à gagner et pour l'industrie pharmaceutique de nombreux bénéfices à réaliser. Tous ces gens font probablement le pari que les Américains préféreront la guerre à la maladie plutôt que celle de l'Irak. Limiter les morts au lieu de les multiplier. Il y va de l'intérêt économique des Américains, qui cette fois-ci, pourraient bien en profiter pour joindre l'utile à l'agréable en se faisant de l'argent et de nouveaux amis, surtout en Afrique et en Asie où sont les principaux foyers des épidémies qui pourraient, à l'avenir, être les plus meurtrières de la planète. Dans cette perspective, on comprend mieux la campagne de peur contre la grippe aviaire qui se déchaîne dans les médias. Demain, tous ces gens s'attaqueront à la tuberculose, au virus du Nil et à l'ébola...grâce à l'exemple du « Modèle québécois ».

    Louis Lapointe
    Brossard
    Le 2 février 2007 »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
2 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009