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Un premier bloc opératoire privé s'ouvre à Montréal

Kathleen Lévesque   22 janvier 2007  Santé
Le Dr Fernand Taras photographié dans l’une des salles du bloc opératoire dont il est l’actionnaire principal et qui fait partie du complexe de soins de santé implanté près de la voie ferrée de la gare de triage d’Outremont. «C’est du priv
Photo : Jacques Nadeau
Le Dr Fernand Taras photographié dans l’une des salles du bloc opératoire dont il est l’actionnaire principal et qui fait partie du complexe de soins de santé implanté près de la voie ferrée de la gare de triage d’Outremont. «C’est du priv
Un mois après l'adoption de la loi 33, la médecine privée prend concrètement son élan. C'est aujourd'hui que s'ouvre à Montréal, en plein coeur de la circonscription électorale du ministre de la Santé, un vaste complexe de soins intégrés «comme un hôpital» avec un important bloc opératoire. Dans l'immense bâtiment de plain-pied (50 000 pieds carrés), une clinique de médecine familiale, dont les médecins ne participent pas au régime public, jouxte les services semi-privés d'anesthésie et de chirurgie ambulatoire.

Une clinique physiatrique, incluant des services de réadaptation, une clinique dentaire, un centre de conditionnement physique et une entreprise pharmaceutique américaine y ouvriront leurs portes au cours des prochains mois. Une deuxième phase de développement est prévue qui permettra d'offrir de l'hébergement à la clientèle.

«C'est du privé selon les standards publics, comme un hôpital. [...] Nous sommes le prototype de ce que recherche le ministre», a affirmé au Devoir le Dr Fernand Taras, instigateur de ce projet et actionnaire principal du bloc opératoire.

Le projet a démarré il y a un an et demi au moment où la Cour suprême du Canada statuait dans l'affaire Chaoulli que l'interdiction de l'assurance médicale privée était contraire à la Charte québécoise des droits et libertés. Devant l'obligation de se conformer au jugement du plus haut tribunal du pays, le gouvernement du Québec a adopté la Loi sur les services de santé et les services sociaux (loi 33) à la mi-décembre. Ainsi, la création de cliniques privées affiliées spécialisées dans le remplacement de la hanche ou du genou ainsi que dans les chirurgies de la cataracte est autorisée. Le coût des opérations dans ces cliniques sera assumé par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ).

Le Dr Taras a expliqué que les services de santé qu'il offre prendraient cette voie. Mais, pour l'heure, le complexe de soins doit «asseoir sa raison d'être». Toutefois, le Dr Taras et son équipe espèrent obtenir rapidement une entente d'affiliation avec un centre hospitalier.

«L'arrêt Chaoulli a permis un débat public et a ouvert la possibilité de développer un système complémentaire. C'est la reconnaissance d'un certain nombre d'activités comme celles-là. Mais il y a une maturation à avoir avec la loi 33; il faut apprendre à vivre avec ça», a indiqué le Dr Taras.

Lorsque Le Devoir a visité les lieux jeudi dernier, des employés s'affairaient en vue de l'ouverture de la clinique de médecine familiale. Derrière la porte voisine où l'on retrouve le bloc opératoire, quelques boîtes s'entassaient encore dans un coin. Mais les salles d'opération sont déjà en activité depuis une semaine. D'ailleurs, trois clients patientaient dans la salle d'attente.

Le Dr Taras et Sylvie Malouin, directrice du bloc opératoire, parlent avec enthousiasme du complexe, en général, et des installations de chirurgie, en particulier. On compte cinq salles d'opération dont deux de niveau 1, c'est-à-dire avec le nec plus ultra de la stérilisation. Et comme un leitmotiv, le Dr Taras et Mme Malouin soutiennent que tout correspond aux normes hospitalières, et même plus. «C'est neuf ici. Il n'y a pas de problèmes de champignons et de mauvaise ventilation», lance Mme Malouin.

La «culture d'entreprise» est axée sur le contrôle de la qualité dans ses moindres détails. «C'est un peu comme un ISO-santé», fait valoir le Dr Taras. Un comité de médecins est mis en place dans cette optique. Les sarraus que porte le personnel sont munis d'une puce électronique qui, après un certain nombre de lavages, détermine qu'il est temps de les remplacer.

«On a mis l'accent sur la sécurité clinique afin d'éviter les infections. Les risques sont quasi inexistants ici», assure le Dr Taras.

L'offre de services haut de gamme s'illustre également dans le choix du corps médical, dit le Dr Taras. Ainsi, la sélection des médecins se fait après une enquête afin de s'assurer que le dossier professionnel de chacun est sans tache. On mise également sur la stabilité de l'équipe. On compte trois anesthésistes, dont l'un spécialisé en pédiatrie.

Les services étant semi-privés, cela signifie que la RAMQ paie les médecins et que la facture des frais afférents est assumée par les patients. Ces derniers paient donc le temps opératoire, les frais de laboratoire, l'infrastructure administrative et les coûts du personnel. Pour une hernie inguinale, un client devra débourser environ 1300 $, mais ne connaîtra aucun délai d'attente, rappelle le Dr Taras.

Ce dernier parle également de soins intégrés. Le lien entre chaque unité de services sera le dossier des patients. Tout sera informatisé et pourra circuler afin qu'aucun élément de l'état de santé des patients n'échappe à un médecin, que ce soit le psychiatre, l'omnipraticien ou le chirurgien. Pour compléter les services, une entente pour la radiologie a été établie avec la clinique privée René-Laënnec située à proximité.

Ce nouveau complexe n'est d'ailleurs pas complètement isolé. Il est situé dans ce qui ressemble de plus en plus à un quartier de la santé privée avec entre autres la clinique MD-Plus, dont les médecins n'acceptent pas la carte soleil, et le centre Beaumont où loge notamment Algorithme Pharma. Tout cela longe la voie ferrée de la gare de triage d'Outremont que l'Université de Montréal a achetée afin d'y aménager un campus consacré aux sciences de la vie.

Ce quartier érigé parmi les bien nantis de la société (Outremont et Mont-Royal) bénéficiera éventuellement de la construction d'une gare pour les trains de banlieue. Elle serait installée à proximité de la station de métro Acadie.

Quant au nouveau complexe de soins, il pourrait bien prendre de l'expansion avec la construction d'un deuxième étage où l'on trouverait des chambres. Progressivement, le complexe pourrait avoir toutes les caractéristiques d'un hôpital privé.






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  • Lucie Dagenais
    Abonné
    lundi 22 janvier 2007 09h59
    Premier bloc opératoire privé
    « Mauvaise nouvelle, mais pas surprenante. Premier bloc opératoire privé avec "services d'anesthésie et de chirurgie semi-privés", "coût des opérations assumé par la RAMQ", rapportez-vous.

    Les propos du Dr Taras ne tiennent aucun compte de l'étanchéité entre médecins participants et médecins non participants, affirmée par le ministre et édictée par la loi (art. 12 de la loi 33 paragraphe 349.4) dans le cas de cliniques médicales associées (ce qui n'est pas encore le cas ici à moins d'une entente secrète). Ou s'agit-il d'un exemple de la confusion engendrée par la loi et de moyens de détourner éventuellement le principe.

    Lucie Dagenais
    Montréal »

  • Réjean Grenier
    Abonné
    lundi 22 janvier 2007 16h44
    Le Dr Couillard aura intérêt à copier, pour nous les pauvres
    « Bon, c'était à prévoir. Pour un je suis d'accord. Je ne connais pas ces gens là mais soupçonnes qu'ils sont hautement professionnels et comme c'est à but lucratif, ils
    sauront faire et bien faire. Enfin, on verra. Ce qui
    est à espérer, cependant, c'est que ces messieurs-dames
    du ministère de la santé, y fassent de fréquentes visites
    afin d'apprendre à gérer nos hôpitaux. Juste cela serait un
    plus. Bonne chance au Dr Laras et cie. »

  • francis dery
    Inscrit
    mardi 23 janvier 2007 16h04
    priva(sa)tion d'un CHU de Montréal
    « À l'Honorable Philippe Couillard,
    M
    Monsieur Couillard,

    Vous avez déclaré ce mois-ci qu'il y avait problème dans le partage des spécialités entre les deux centres hospitaliers universitaires de McGill et de l'université de Montréal. Que le problème découlait de l'impossibilité de réconcilier deux cultures rivales dans la même ville. Le petit monde ordinaire, dont je fais partie, le savait depuis longtemps. Déjà l'an passé, un sondage montrait que 76% des Québécois préfèrent la construction d'un seul CHU bilingue. Il est anormal d'avoir deux facultés de médecine en Amérique du Nord. Celle de McGill étant un droit acquis qui donne à Montréal une vitrine internationale, alors je ne la remettrai pas en question,... pour l'instant.

    Mais prolonger cette séparation institutionnelle entre les deux communautés linguistiques en nous lançant dans la débauche de nos ressources financières et industrielles, c'est de la démence égotialiste!

    1) Vous perpétuez l'Apartheid linguistique. Ce qui est contraire aux valeurs canadiennes. Quelle serait la gloire des Habitants Canadiens s'il n'y avait pas eu la fusion entre deux équipes de hockey, l'une francophone, l'autre anglophone? Avions-nous construit deux Stades Olympiques, l'un pour les Jeux de Coubertin menés en français, et l'autre construit pour les Jeux du Commonwealth? Nous avons séparé les commission scolaires suivant un clivage linguistique à Montréal. Cela reste à mon avis une erreur compréhensible. De même Radio-Canada et CBC connaissent une séparation pour suivre les auditoires, mais ils partagent beaucoup au niveau des ressources matérielles, du personnel et des sources d'information.

    2) La compétition entre les deux chantiers se fera pour obtenir les meilleurs chargés de projets, les ouvriers qualifiés, les outils et matériaux de construction (grues, bétonnières, pelles mécaniques, ciment, briques, câblage d'électricité en cuivre, infrastructure des télécommunications), alors que nous nous lançons dans une nouvelle ère de grands travaux publics (harnachement de la Rupert, pont de la 25, prolongement de la 30, reconstruction des viaducs de Laval et réfection des ponts et chaussées vétustes). C'est déjà une grande menace de surchauffe économique qui relancera le cercle vicieux de l'inflation. Ensuite, les deux CHU compétionneront pour les spécialités, les meilleurs médecins et le meilleur personnel soignant, ainsi que pour la technologie de pointe médicale dont les coûts exorbitants limitent souvent à un par région. Est-ce que les budgets pourront suivre ? Déjà, on rencontre des projets inachevés par manque de fonds, alors la pensée magique ne fonctionne pas. Et la compétition au niveau des spécialités est déjà annoncée par le refus de s'entendre au niveau de leur partage.

    3) Séparer les institutions selon les critères linguistiques de deux communautés, c'est nier la composante multiculturelle de ma Cité. Si vous rapportez toutes les cultures non-francophones à la communauté anglophone, vous faites une sursimplication irrespectueuse de ces communautés et niez la primauté du français dans la société québécoise. Déjà que McGill est un gros accommodement raisonnable envers la communauté anglophone, vous le rendez encore plus déraisonnable en lui dédiant un CHU de même taille que pour la communauté francophone. Et les communautés culturelles pourraient revendiquer leurs propres hôpitaux comme certaines ont revendiqué leurs propres écoles et garderies. Déjà Santa Cabrini a une vocation italienne, il existe un hôpital juif et les sinophones ont l'Hôpital Chinois. La fermeture de plusieurs hôpitaux de quartier dans le cadre du virage ambulatoire pourrait inciter les communautés culturelles démunies d'hôpitaux à les revendiquer. Je pense aux communautés hispanophones/lusophones, arabes/musulmanes, tamouls et sikhs qui peuvent y chercher des voies d'accommodements raisonnables. Serait-il raisonnable de leur dédier des structures ou devrait-on prévoir leur cohabitation dans le CHUM et la création d'agents d'interface. Une fonction à prévoir dans un un gros hôpital serait celui d'interprète médical qui guiderait le patient à travers les différents services de l'institution. Il serait le médiateur qui comprend la structure et les deux langues de services et qui pourra guider et traduire dans la langue du patient, lequel n'a peut-être pas toute la capacité de comprendre les processus et textes. Ainsi des erreurs médicales pourraient être évitées. Cette fonction, je la compare aux agents intelligents, ces intergiciels qui fouillent les services Web de l'Internet pour leurs clients.

    4) Soyons lucides. La capacité financière des Québécois est limitée et sursollicitée. Déjà votre ministère consomme la plus grande part de nos impôts. La Ville de Montréal qui est déjà dans la dèche avec un déficit de $400 000 000, doit prévoir $25 000 000 pour refaire les infrastructures de voirie.

    Nous ne pouvons plus vous suivre. Cela ira de deux à trois stades olympiques. Aurons-nous la population nécessaire pour justifier deux CHU dans 30 ans? Et surtout, aurons-nous assez d'anglophones? Ce n'est plus la perspective de l'indépendance du Québec qui provoquera leur exode, mais la montée à venir des impôts et taxes foncières, la dévaluation immobilière quand le baby-boom sera à l'heure de l'hospice. Le Québec ressemblera à la Roumanie du mégalomane Ceaucescu quand tout ce qui fut exportable le fut pour payer le magnifique palais de Bucarest. Le peuple se nourrissait que de pattes de porc. Les services sociaux étaient à leur minimum. On refusait de soigner les personnes après la cinquantaine parce qu'ils ne serviraient plus vraiment la collectivité. M. Couillard, seriez-vous le Nicolae Ceaucescu du Québec?

    Évidemment, avant que nous tombions si bas avec deux gros hôpitaux sous-équipés et avec peu de ressources humaines, j'imagine que votre successeur étendra votre programme des PPP en vendant le CUSM au privé pour établir un hôpital international de médecine privée jouissant de la réputation de McGill. Nous n'aurions plus à envoyer nos patients à Cuba pour des opérations à rabais et en évitant les longues files d'attente. Et les suivis seront facilités par la proximité des médecins traitants. C'est la médecine à deux vitesses qui satisferont à la fois mme Heather Blum-Munroe et les intérêts de la famille Desmarais dans le secteur privé de la santé.

    Au nom de la raison et de la lucidité, je vous demande de rebrousser chemin et de vous limiter à un seul CHU bilingue desservant les deux facultés de médecine.

    Autrement, la ruine de l'État québécois sera votre héritage.

    J'ai dit.



    Francis Déry,

    Citoyen montréalais ordinaire. »

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