Les fruits et les légumes à la rue
La ville d’Outremont a un petit marché de rue bio qui, chaque semaine pendant la saison des récoltes, s’installe sur la rue Dollard.
Le changement de cap a tout pour plaire. Afin de mettre plus de santé dans l'alimentation des Québécois, le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) veut à l'avenir favoriser les rapprochements entre les consommateurs et les produits frais, peut-on lire dans le nouveau plan stratégique du ministère, dont Le Devoir évoquait l'existence la semaine dernière.
À l'heure où la santé est la «première priorité numéro 1» des gouvernements et des électeurs âgés qui tournent autour, l'idée déborde bien sûr de bon sens. Elle est aussi révolutionnaire dans les couloirs du principal ministère chargé d'encadrer l'alimentation. Depuis des années en effet, le MAPAQ laisse croire qu'il s'intéresse davantage à la bonne santé de l'industrie et des gros producteurs agricoles qu'à celle de la population qu'elle est censée protéger.
Un doute? Alors que le rapprochement entre les consommateurs et les producteurs est désormais envisagé, on ne peut que s'étonner du retard accumulé au Québec en matière de marchés publics, des lieux pourtant propices à la diffusion de ces produits frais qu'on aimerait voir se multiplier dans les foyers du Québec.
Pis, en 2006, alors que la bonne bouffe, les messages sanitaires sur l'alimentation et la dernière recette de la délicieuse Josée Di Stasio sont sur toutes les lèvres, les marchés de rue, que plusieurs observateurs reconnaissent depuis une vingtaine d'années comme une bonne source de fruits et légumes — dont cinq à dix portions devraient être consommées chaque jour pour vivre en santé —, ces marchés de rue, donc, ne sont encore qu'un rêve, alors que le reste de la planète ne cesse d'en tirer tous les avantages.
Pas besoin d'aller très loin pour s'en convaincre. La ville de New York — métropole du pays de la malbouffe, doit-on le préciser —, y a succombé depuis des années. À ce jour, 28 sites sont en effet consacrés à de telles activités dans cette ville, à Manhattan, dans Brooklyn, dans le Queens et même dans le Bronx.
Ces marchés de fermiers, comme on les appelle là-bas, attirent près de 100 000 personnes chaque semaine et font vivre 200 producteurs qui, au pied des tours de bureaux (quelle bonne idée!), vendent aux travailleurs sur le point de rentrer chez eux fruits, légumes, poulet, boeuf biologique, fromages fins, pâtés, miel, confitures, pain, alcool du terroir... Alouette.
À Chicago (près du Musée d'art contemporain, entre autres) et à Washington — d'autres villes faisant partie d'un ensemble géographique où la mauvaise alimentation est institutionnalisée, rappelons-le une fois de plus —, le même manège se produit à plusieurs endroits: les rues deviennent piétonnières le temps d'un après-midi ou d'une journée pour faire place à des fermiers, leurs tables pliantes, leurs auvents et leurs produits. Jusqu'à rupture des stocks.
Un modèle à suivre?
Ce qui vaut pour nos voisins du Sud ne semble toutefois pas très valable à Montréal, où les marchés de rue alimentés par des producteurs locaux sont aussi rares que des gousses d'ail du Québec dans une épicerie. Et ce, même si 40 % de la population de la métropole vit dans des «déserts alimentaires» où fruits et légumes ne sont pas facilement accessibles, selon une récente étude de la Direction de la santé publique (DSP).
Certes, les marchés Jean-Talon, Atwater et Maisonneuve attirent chaque semaine des hordes de consommateurs en mal de fruits et de légumes frais ou de saucisses grillées sur bâtonnet. La ville d'Outremont a également un petit marché de rue bio qui, chaque semaine pendant la saison des récoltes, bat son plein sur la rue Dollard.
Mais entre la surcharge (l'étouffement, disent certains) des marchés fixes — jumelée à un côté «parc d'attractions» faussement terroir! — et l'élitisme exacerbé du marché de rue d'un quartier chic, il y a sans doute place pour de l'amélioration.
Le constat semble partagé par la DSP qui, dans son enquête intitulée Les disparités dans l'accès à des aliments santé à Montréal, souligne l'apport possible des marchés de rue, entre autres, pour combattre les inégalités géographiques en matière de produits frais. Le remède ne tient toutefois pas compte des nombreuses embûches qu'il faudra surmonter pour voir un jour pousser de tels services plus pratiques que tape-à-l'oeil et tellement ancrés dans l'air du temps, auxquels adhèrent pourtant bien des cultures très différentes à travers le monde.
Prisonniers d'une réglementation municipale sur la vente itinérante qui date d'une autre époque, toisée avec crainte par les épiciers et les gérants de marchés publics fixes qui n'aiment pas la petite concurrence, les marchés de rue à la sauce new-yorkaise ou autre risquent finalement d'élire domicile au cours des prochains mois surtout dans les discours débordants de bonnes intentions. Mais pas forcément dans les parcs, les stationnements ou les rues du centre-ville, comme plusieurs en rêveraient.
***
Autres lieux, autres préoccupations. À ceux qui se posent plutôt des questions sur l'univers des saveurs en 2007, la compagnie américaine McCormick, spécialiste de l'assaisonnement, apporte aujourd'hui un élément de réponse avec la publication de son palmarès des saveurs pour l'année à venir.
Selon cette entreprise, les prochains mois devraient ainsi faire la part belle à des plats parfumés au clou de girofle et à la pomme verte, au thym et à la tangerine, au sel et au thé fumé ainsi qu'à la lavande et au miel.
Cette nomenclature d'assemblages pour le moins surprenants contient aussi de très intéressantes combinaisons cumin et abricot, wasabi et sirop d'érable mais également ail caramélisé et vinaigre de riesling que les États-Unis, à en croire le géant du poivre en petit pot, devraient se mettre sous la dent d'ici décembre prochain. Rien de moins.
Bien entendu, ce palmarès de saveurs, inspiré dit-on par les cuisines du monde, validé par des chefs à la mode au pays de George W. Bush et du Big Mac et soutenu par une entreprise active dans le monde des saveurs, est à prendre avec des pincettes. Il prouve aussi, comparativement à l'engouement des urbains new-yorkais pour les marchés publics de rue, qu'aux États-Unis, on est effectivement capable du meilleur comme du pire.
conso@ledevoir.com
À l'heure où la santé est la «première priorité numéro 1» des gouvernements et des électeurs âgés qui tournent autour, l'idée déborde bien sûr de bon sens. Elle est aussi révolutionnaire dans les couloirs du principal ministère chargé d'encadrer l'alimentation. Depuis des années en effet, le MAPAQ laisse croire qu'il s'intéresse davantage à la bonne santé de l'industrie et des gros producteurs agricoles qu'à celle de la population qu'elle est censée protéger.
Un doute? Alors que le rapprochement entre les consommateurs et les producteurs est désormais envisagé, on ne peut que s'étonner du retard accumulé au Québec en matière de marchés publics, des lieux pourtant propices à la diffusion de ces produits frais qu'on aimerait voir se multiplier dans les foyers du Québec.
Pis, en 2006, alors que la bonne bouffe, les messages sanitaires sur l'alimentation et la dernière recette de la délicieuse Josée Di Stasio sont sur toutes les lèvres, les marchés de rue, que plusieurs observateurs reconnaissent depuis une vingtaine d'années comme une bonne source de fruits et légumes — dont cinq à dix portions devraient être consommées chaque jour pour vivre en santé —, ces marchés de rue, donc, ne sont encore qu'un rêve, alors que le reste de la planète ne cesse d'en tirer tous les avantages.
Pas besoin d'aller très loin pour s'en convaincre. La ville de New York — métropole du pays de la malbouffe, doit-on le préciser —, y a succombé depuis des années. À ce jour, 28 sites sont en effet consacrés à de telles activités dans cette ville, à Manhattan, dans Brooklyn, dans le Queens et même dans le Bronx.
Ces marchés de fermiers, comme on les appelle là-bas, attirent près de 100 000 personnes chaque semaine et font vivre 200 producteurs qui, au pied des tours de bureaux (quelle bonne idée!), vendent aux travailleurs sur le point de rentrer chez eux fruits, légumes, poulet, boeuf biologique, fromages fins, pâtés, miel, confitures, pain, alcool du terroir... Alouette.
À Chicago (près du Musée d'art contemporain, entre autres) et à Washington — d'autres villes faisant partie d'un ensemble géographique où la mauvaise alimentation est institutionnalisée, rappelons-le une fois de plus —, le même manège se produit à plusieurs endroits: les rues deviennent piétonnières le temps d'un après-midi ou d'une journée pour faire place à des fermiers, leurs tables pliantes, leurs auvents et leurs produits. Jusqu'à rupture des stocks.
Un modèle à suivre?
Ce qui vaut pour nos voisins du Sud ne semble toutefois pas très valable à Montréal, où les marchés de rue alimentés par des producteurs locaux sont aussi rares que des gousses d'ail du Québec dans une épicerie. Et ce, même si 40 % de la population de la métropole vit dans des «déserts alimentaires» où fruits et légumes ne sont pas facilement accessibles, selon une récente étude de la Direction de la santé publique (DSP).
Certes, les marchés Jean-Talon, Atwater et Maisonneuve attirent chaque semaine des hordes de consommateurs en mal de fruits et de légumes frais ou de saucisses grillées sur bâtonnet. La ville d'Outremont a également un petit marché de rue bio qui, chaque semaine pendant la saison des récoltes, bat son plein sur la rue Dollard.
Mais entre la surcharge (l'étouffement, disent certains) des marchés fixes — jumelée à un côté «parc d'attractions» faussement terroir! — et l'élitisme exacerbé du marché de rue d'un quartier chic, il y a sans doute place pour de l'amélioration.
Le constat semble partagé par la DSP qui, dans son enquête intitulée Les disparités dans l'accès à des aliments santé à Montréal, souligne l'apport possible des marchés de rue, entre autres, pour combattre les inégalités géographiques en matière de produits frais. Le remède ne tient toutefois pas compte des nombreuses embûches qu'il faudra surmonter pour voir un jour pousser de tels services plus pratiques que tape-à-l'oeil et tellement ancrés dans l'air du temps, auxquels adhèrent pourtant bien des cultures très différentes à travers le monde.
Prisonniers d'une réglementation municipale sur la vente itinérante qui date d'une autre époque, toisée avec crainte par les épiciers et les gérants de marchés publics fixes qui n'aiment pas la petite concurrence, les marchés de rue à la sauce new-yorkaise ou autre risquent finalement d'élire domicile au cours des prochains mois surtout dans les discours débordants de bonnes intentions. Mais pas forcément dans les parcs, les stationnements ou les rues du centre-ville, comme plusieurs en rêveraient.
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Autres lieux, autres préoccupations. À ceux qui se posent plutôt des questions sur l'univers des saveurs en 2007, la compagnie américaine McCormick, spécialiste de l'assaisonnement, apporte aujourd'hui un élément de réponse avec la publication de son palmarès des saveurs pour l'année à venir.
Selon cette entreprise, les prochains mois devraient ainsi faire la part belle à des plats parfumés au clou de girofle et à la pomme verte, au thym et à la tangerine, au sel et au thé fumé ainsi qu'à la lavande et au miel.
Cette nomenclature d'assemblages pour le moins surprenants contient aussi de très intéressantes combinaisons cumin et abricot, wasabi et sirop d'érable mais également ail caramélisé et vinaigre de riesling que les États-Unis, à en croire le géant du poivre en petit pot, devraient se mettre sous la dent d'ici décembre prochain. Rien de moins.
Bien entendu, ce palmarès de saveurs, inspiré dit-on par les cuisines du monde, validé par des chefs à la mode au pays de George W. Bush et du Big Mac et soutenu par une entreprise active dans le monde des saveurs, est à prendre avec des pincettes. Il prouve aussi, comparativement à l'engouement des urbains new-yorkais pour les marchés publics de rue, qu'aux États-Unis, on est effectivement capable du meilleur comme du pire.
conso@ledevoir.com
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