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Mon poids divisé par le carré de ma taille

20 janvier 2007  Santé
Dans quelques semaines, à l'image du tabac («Fumer tue», «Fumer nuit gravement»), la malbouffe aura contre elle ses slogans dans les campagnes publicitaires de certains produits alimentaires ou de boissons sucrées, où elle est suspectée de s'y loger: «Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop salé, trop sucré.» Ou «Évitez de grignoter entre les repas.»

Ou encore, sur un mode positif: «Pratiquez une activité physique régulière.» «Mangez au moins cinq fruits et légumes par jour.»

Ça tombe bien. Le poids, pour les Français, serait devenu une véritable obsession. Environ 70 % confient le surveiller, alors que 30 % seulement (si l'on peut dire) sont considérés en surpoids. Il faut dire que depuis un temps, il est difficile de ne pas entendre les cris d'alarme des professionnels de la santé. Depuis que l'obésité a acquis son rang de première «épidémie non infectieuse» par la grâce de l'Organisation mondiale de la santé.

La question taraude depuis bien plus longtemps les États-Unis, où les grands moyens sont employés. Mais les effets sont-ils toujours bien maîtrisés?

En Pennsylvanie, par exemple, on s'émeut maintenant de ce que les écoles glissent dans les bulletins scolaires une lettre comportant des notes d'un genre particulier: l'indice de masse corporelle (IMC) de chaque élève, d'une part — c'est-à-dire son poids (en kilos) divisé par le carré de sa taille (en mètre) —, qui fournit une évaluation de la masse grasse approximative; et la place de l'élève, en conséquence, dans la répartition de sa classe d'âge, d'autre part, selon son genre (masculin ou féminin).

De jeunes têtes auraient développé dans ce rapprochement entre notes scolaires et statistiques personnelles un fort sentiment de culpabilité. Des coups de blues. L'impression qu'ils étaient surveillés (sanctionnés?) par l'école pour leurs efforts à se maintenir dans une norme sociale acceptable.

L'expérience fait réfléchir. Sur le poids de culpabilité qu'elle semble induire, sur la pression sociale qu'elle révèle.

Dans un récent colloque à la Sorbonne, l'épidémiologiste Marie Choquet jetait quelques chiffres: à 18 ans, la moitié des filles font des régimes, 40 % ne prennent pas de petit-déjeuner (35 % des garçons), 21 % sautent des repas (18 % des garçons). Ce qui serait en cause: le regard de l'autre. Avec, pour préoccupation corollaire: «Vais-je être désirée?»

Médecin nutritionniste, psychothérapeute et coauteur de Dictature des régimes, attention! (Odile Jacob, 2006), Jean-Philippe Zermati relevait de son côté tout ce qui joue dans l'inconscient en matière de surpoids. Tout ce qui ne dépend précisément pas de la force de caractère. Outre d'éventuelles causes génétiques ou environnementales, l'obésité, comme l'alcoolisme, a souvent plus à voir avec les émotions qu'avec la volonté.

«On peut se demander pourquoi, dans notre société d'abondance, on utilise la minceur pour affirmer sa position sociale, en s'appuyant sur un discours médical, s'interrogeait déjà de son côté le spécialiste de la sociologie de l'alimentation Jean-Paul Poulain [Recherche et Santé, avril 2004]. En effet, c'est moins à une épidémie d'obésité que nous assistons aujourd'hui qu'à une épidémie de mise au régime.»

Et de suggérer l'approfondissement d'une réflexion avec les professionnels du secteur pour faire le tri entre ce qui relève du risque médical réel et ce qui est du domaine de la stigmatisation.

Tout ça pour dire qu'il faudra peut-être y regarder à deux fois avant de laisser un jour un éducateur faire recopier cent fois aux mauvais (car trop gros) élèves: «Je ne dépasserai pas 25 en divisant mon poids par le carré de ma taille... Je ne dépasserai pas 25... » Et ainsi de suite.

Le Monde






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