Les émotions
13 janvier 2007
Santé
La grisaille nous affecte. Il faut avoir un moral solide et des raisons en béton d'être serein pour résister à la grisaille. Notre gris plombé nous habite en dedans et en dehors. Même, oui, les jours où le soleil nous visite. Promenez-vous dans le métro: tout le monde est débraillé, habillé de noir, de gris, de brun, de jeans... Un enterrement de première. Avec la tête de l'emploi.
La dépression saisonnière, qu'ils appellent ça. On n'est pas déprimé 24 heures sur 24, mais quand on sort du métro, si on en sort, on a besoin de respirer un bon coup et de regarder le ciel pour y trouver un peu d'optimisme. Si on sort du gym, ça va mieux. Si le soleil nous visite, ça aide!
Il y a certainement parmi vous des adeptes de la luminothérapie. Cette année, ma lampe de 10 000 lux (et 250 $) est restée sur le dessus de la bibliothèque et le simulateur d'aube (180 $) est rangé sur une tablette. Il y a des années où on se sent plus fort, ne trouvez-vous pas? Ou alors c'est un des effets de notre espèce de faux hiver, le froid mangeant une bonne partie de notre énergie...
Je ne sais pas quand je vais craquer... Fin février? Je ferai comme tout le monde: je me soignerai une fois malade au lieu d'avoir prévenu le problème affectif saisonnier... P'tite vie!
Je vous le disais: on ne change pas facilement! Peut-être moins en vieillissant, quoique le fait d'utiliser l'âge comme justification d'un laisser-aller m'énerve prodigieusement. «Je fais moins d'efforts en vieillissant», ai-je entendu pendant le temps des Fêtes... Je me suis retenue de commenter en souriant! La belle excuse!
L'âge affecte nos artères, même si Deepak Chopra pense qu'on peut empêcher le vieillissement. Il n'est pas le seul, mais il publie (Un corps sans âge, un esprit immortel, paru en français en 2005). On met volontiers notre complaisance sur le dos de l'âge. Allez, sortons notre indulgence et plongeons dans le sujet autour duquel je tourne comme une guêpe.
Les émotions ou la raison? Combien d'entre vous croient que la raison doit dominer les émotions, que c'est par la raison que le monde avance? On échafaude un plan d'action en situation tendue ou en temps de crise relationnelle, on justifie ce qu'il sera bien de dire pour ne pas heurter ou choquer l'autre, on sait que la révélation de tel ou tel élément pourrait se retourner contre soi... On est sinon serein, du moins raisonnable.
Puis, la vie se présente différemment du plan prévu, et hop, on dit ce qu'il ne fallait pas dire, on choque la personne qu'on voulait protéger et c'est le bordel relationnel qui nous rend misérable.
J'ai pris l'exemple dans un roman, je ne parle pas de ma vie! (Le Club des philosophes amateurs, d'Alexander McCall Smith, vous savez, le type de l'agence de Mme Ramotswe, les dames détectives du Botswana?) Mais c'est tellement typique. Je pourrais donner des tonnes d'exemples de ma vie, de la vôtre. On ne change pas de tempérament parce qu'on est intelligent... Si on est spontané, impulsif, on porte sa croix toute sa vie. Croyez-moi!
Règle générale, on a la tête pleine de belles théories, on se fait de soi une représentation idéale — c'est une des sources des problèmes d'estime de soi, à mon avis —, on défend son point de vue comme si la vérité et le sort du monde en dépendaient.
Et ce sont les émotions, par en dessous, qui mènent le bal. Plus ces émotions sont niées, inconscientes, plus elles nous manipulent et sèment la zizanie. Ce n'est pas qu'il faille tout comprendre tout le temps, mais misère, il faut se permettre de ressentir, reconnaître l'émotion et l'accepter. Même si elle ne cadre pas avec notre raison!
Mais vous êtes peut-être à l'autre bout de la lorgnette et pensez que les émotions dominent la raison, que c'est par les émotions que le monde recule et parfois avance, les guerres, les grands mariages... Vous êtes comme ces gens qui refont leur vie aux deux ans en se disant que sans passion, la vie ne vaut pas la peine d'être vécue, enfant ou pas; quand l'autre devient routine, hop, on change de vie... Les émotions, ça, c'est une bonne raison de vivre. Si on ne vibre pas, on déprime. Les drogues sont invitantes quand la vie s'éternise...
La raison est alors un ensemble de pensées que visite en touriste la cohérence, l'introspection est une perte de temps pour intellectuels en mal de coeur et, à votre avis, en parler est plus intéressant qu'y réfléchir. La presse à potins est votre lecture coupable (vous êtes lecteurs du Devoir, après tout!). Ah! les émotions! Tout ce qui torture et ravit, votre nature passionnée prospère en vibrant!
J'ai récemment retrouvé cette citation dans le Jane Eyre de Charlotte Brontë: «La sensibilité sans la raison est vraiment un insipide breuvage, mais la raison que ne tempère la sensibilité est, pour l'homme, une bouchée trop coriace et amère à déglutir.» Sensibilité, à cette époque, était le nom des émotions.
Les émotions, c'est tout un monde. Et la recherche d'équilibre, vous voyez, ne date pas d'hier.
vallieca@hotmail.com
La dépression saisonnière, qu'ils appellent ça. On n'est pas déprimé 24 heures sur 24, mais quand on sort du métro, si on en sort, on a besoin de respirer un bon coup et de regarder le ciel pour y trouver un peu d'optimisme. Si on sort du gym, ça va mieux. Si le soleil nous visite, ça aide!
Il y a certainement parmi vous des adeptes de la luminothérapie. Cette année, ma lampe de 10 000 lux (et 250 $) est restée sur le dessus de la bibliothèque et le simulateur d'aube (180 $) est rangé sur une tablette. Il y a des années où on se sent plus fort, ne trouvez-vous pas? Ou alors c'est un des effets de notre espèce de faux hiver, le froid mangeant une bonne partie de notre énergie...
Je ne sais pas quand je vais craquer... Fin février? Je ferai comme tout le monde: je me soignerai une fois malade au lieu d'avoir prévenu le problème affectif saisonnier... P'tite vie!
Je vous le disais: on ne change pas facilement! Peut-être moins en vieillissant, quoique le fait d'utiliser l'âge comme justification d'un laisser-aller m'énerve prodigieusement. «Je fais moins d'efforts en vieillissant», ai-je entendu pendant le temps des Fêtes... Je me suis retenue de commenter en souriant! La belle excuse!
L'âge affecte nos artères, même si Deepak Chopra pense qu'on peut empêcher le vieillissement. Il n'est pas le seul, mais il publie (Un corps sans âge, un esprit immortel, paru en français en 2005). On met volontiers notre complaisance sur le dos de l'âge. Allez, sortons notre indulgence et plongeons dans le sujet autour duquel je tourne comme une guêpe.
Les émotions ou la raison? Combien d'entre vous croient que la raison doit dominer les émotions, que c'est par la raison que le monde avance? On échafaude un plan d'action en situation tendue ou en temps de crise relationnelle, on justifie ce qu'il sera bien de dire pour ne pas heurter ou choquer l'autre, on sait que la révélation de tel ou tel élément pourrait se retourner contre soi... On est sinon serein, du moins raisonnable.
Puis, la vie se présente différemment du plan prévu, et hop, on dit ce qu'il ne fallait pas dire, on choque la personne qu'on voulait protéger et c'est le bordel relationnel qui nous rend misérable.
J'ai pris l'exemple dans un roman, je ne parle pas de ma vie! (Le Club des philosophes amateurs, d'Alexander McCall Smith, vous savez, le type de l'agence de Mme Ramotswe, les dames détectives du Botswana?) Mais c'est tellement typique. Je pourrais donner des tonnes d'exemples de ma vie, de la vôtre. On ne change pas de tempérament parce qu'on est intelligent... Si on est spontané, impulsif, on porte sa croix toute sa vie. Croyez-moi!
Règle générale, on a la tête pleine de belles théories, on se fait de soi une représentation idéale — c'est une des sources des problèmes d'estime de soi, à mon avis —, on défend son point de vue comme si la vérité et le sort du monde en dépendaient.
Et ce sont les émotions, par en dessous, qui mènent le bal. Plus ces émotions sont niées, inconscientes, plus elles nous manipulent et sèment la zizanie. Ce n'est pas qu'il faille tout comprendre tout le temps, mais misère, il faut se permettre de ressentir, reconnaître l'émotion et l'accepter. Même si elle ne cadre pas avec notre raison!
Mais vous êtes peut-être à l'autre bout de la lorgnette et pensez que les émotions dominent la raison, que c'est par les émotions que le monde recule et parfois avance, les guerres, les grands mariages... Vous êtes comme ces gens qui refont leur vie aux deux ans en se disant que sans passion, la vie ne vaut pas la peine d'être vécue, enfant ou pas; quand l'autre devient routine, hop, on change de vie... Les émotions, ça, c'est une bonne raison de vivre. Si on ne vibre pas, on déprime. Les drogues sont invitantes quand la vie s'éternise...
La raison est alors un ensemble de pensées que visite en touriste la cohérence, l'introspection est une perte de temps pour intellectuels en mal de coeur et, à votre avis, en parler est plus intéressant qu'y réfléchir. La presse à potins est votre lecture coupable (vous êtes lecteurs du Devoir, après tout!). Ah! les émotions! Tout ce qui torture et ravit, votre nature passionnée prospère en vibrant!
J'ai récemment retrouvé cette citation dans le Jane Eyre de Charlotte Brontë: «La sensibilité sans la raison est vraiment un insipide breuvage, mais la raison que ne tempère la sensibilité est, pour l'homme, une bouchée trop coriace et amère à déglutir.» Sensibilité, à cette époque, était le nom des émotions.
Les émotions, c'est tout un monde. Et la recherche d'équilibre, vous voyez, ne date pas d'hier.
vallieca@hotmail.com
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