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Il faut négocier!

Jean-Robert Sansfaçon   12 décembre 2006  Santé
La réaction du président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Gaétan Barrette, à la décision du Conseil des services essentiels est déconcertante. Alors que le Conseil «invite» les parties à négocier, la Fédération maintient son refus de la médiation tant que Québec n'aura pas retiré la loi qui interdit aux médecins le recours à des moyens de pression, et tant qu'il n'acceptera pas l'arbitrage exécutoire en cas d'échec de la médiation.

Voilà qui fait beaucoup pour seulement commencer à discuter! À entendre les représentants des spécialistes, on comprend que ces personnes ne sont pas habituées à se faire dire non. Pour elles, le gouvernement est un donneur d'ouvrage comme les autres qui finira bien par céder sous la pression.

Dimanche et hier matin, le président de la Fédération comparait la situation des spécialistes à celle des autres travailleurs de l'État qui ont eu droit, eux, à un règlement sur l'équité salariale. Rappelons que l'équité dont il est question dans la loi du même nom vise à corriger les écarts dus à la discrimination entre hommes et femmes. Cela n'a rien à voir avec quelque revendication d'égalité salariale entre le Québec et le reste du pays.

Toutes les études reconnaissent qu'il existe un écart entre le traitement des spécialistes du Québec et celui de leurs homologues canadiens. Le problème est de s'entendre sur l'ampleur de cet écart et l'échelonnement du rattrapage, d'une part, et, d'autre part, sur les avantages que tireront les Québécois de cette négociation en matière d'amélioration de la qualité et de la quantité de services fournis par les spécialistes. Il y a toujours deux parties à une négociation, et dieu sait qu'il y a moyen de faire plus et mieux dans les hôpitaux du Québec.

Le Conseil des services essentiels ne s'est prononcé que sur les moyens de pression annoncés par les obstétriciens et la suspension de l'encadrement des stages pour les étudiants de fin de cycle. Dans les deux cas, le conseil a conclu à l'illégalité de ces moyens concertés. Ce matin, malgré cette décision pourtant claire et malgré l'appel à la raison lancé par les universités, les spécialistes refusent toujours d'encadrer les étudiants en stage, promettait M. Barrette en entrevue hier après-midi. Voilà qui constitue une violation évidente de l'esprit et de la lettre de la décision du Conseil des services essentiels.

Les négociations doivent reprendre, et le plus tôt sera le mieux. Hier, lors d'un point de presse, le ministre Philippe Couillard a fait montre d'ouverture, voire d'un optimisme modéré. C'était la meilleure attitude à adopter dans les circonstances, mais cela ne suffit pas pour conclure à un déblocage. Tant que le président Barrette continuera de prétendre que l'augmentation moyenne de 80 000 $ mise sur la table par Québec constitue un recul par rapport à la situation actuelle, on ne voit pas comment il sera possible de sortir de l'impasse. Et si les spécialistes maintiennent les moyens de pression, Québec devra même durcir le ton pour répondre aux préoccupations d'une forte partie de la population qui accepte déjà difficilement que les médecins soient traités différemment des employés de l'État. Sans bonne volonté de part et d'autre, le conflit s'enlisera et personne n'en sortira gagnant.

***

j-rsansfacon@ledevoir.com
 
 
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  • Paul Perrotte - Abonné
    12 décembre 2006 05 h 29
    Un tien vaut mieux que deux tu l'aura
    Il est évident que le gouvernement ne veut que faire des promesse de réglement et allonger l'échéancier. Le ministre essaie d'alllonger la cadre de l'entente en allant d'augmentation de 1,5 à 2% par année. Il ne fait aucun rattrapage. Pendant ce temps les autres provinces y vont d'augmentation de 3-4% par année. Le calcul est facile à faire.

    Le gouvernement et le ministre ont joué la carte de l'affrontement et de la ligne dure en imposant une loi spéciale fixant beaucoup plus que les salaires. Malheureusement étant écoeurés par cette façon de faire, nous ne baisserons pas les bras avant que le gouvernement offre quelque chose de tangible, d'immédiat et sutout , surtout d'irrépudiable.


    Paul Perrotte
    Uro-oncologue
    CHUM
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  • Roger Quesnel - Abonné
    12 décembre 2006 09 h 11
    Un genre de classe
    Ça me fait penser à la noblesse de l'époque. Non pas tant par la nature des revendications que par les réactions de ces gens là. On n'accepte pas de se faire dire non, même la négociation semble humiliante. Ils (et elles) le disent textuellement: "la vie n'a pas de prix". Et le bon peuple doit payer. Je pense que la communauté des spécialistes ne devrait pas suivre aveuglément son exécutif syndical guerrier et être plus critique sur la tratégie adoptée.
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  • rene dejoie - Inscrit
    12 décembre 2006 12 h 26
    un 80 000$ vaut mieux que réprésailles tu aura
    Il est vrai en regardant la situation des médecins spécialistes qu'ils ne sont pas habitués à se faire dire non. Je trouve personnellement indécent de voir qu'une augmentation annuelle de 80 000$; des frais d'assurances professionnelles payées, des mesures fiscales de travailleurs autonomes laissant place aux "dépenses d'entreprises" ne plaisent pas au médecins spécialistes, et qu'il crient au scandal. Savez vous chers collègues que la plupart des travailleurs de ce monde n'osent même pas rêver d'un salaire de 80 000$ ? , savez-vous que c'est la collectivité qui a payé vos études, et que c'est cette même collectivité qui vous estime presque jusqu'à la déification et qui vous flatte dans le sens du poil? Finalement, savez-vous que vous agissez en enfants gatés?
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    12 décembre 2006 15 h 07
    À trop se spécialiser, on risque de devenir inculte et l'esprit complètement obtus.
    Heureusement, je ne parle pas de tout le monde dans le milieu des médecins spécialistes. Reste qu'il semble y avoir parmi ces médecins spécialistes des gens à l'esprit complètement obtus et inculte, socialement parlant. Vouloir mordre un os c'est bien beau, mais faudrait bien comprendre que toutes les provinces n'ont pas la même quantité de viande dessus.
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  • Roland Berger - Abonné
    12 décembre 2006 15 h 41
    Deux poids, deux mesures
    Ce conflit remet en question la structure sociale et les valeurs de la « nation » québécoise. Les médecins spécialistes qui, pour la plupart, ont pu le devenir grâce au système de prêts-bourses soutenus par les contribuables, se comportent comme s'ils étaient non-redevables envers ces derniers. Et si jamais ils obtiennent la parité avec les spécialistes des autres provinces, nombre de ces derniers seront tenter de venir pratiquer au Québec, sachant que le coût de la vie y est inférieur à celui de l'Ontario et de l'Alberta, entre autres provinces.
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  • Patrice Drolet - Abonné
    12 décembre 2006 21 h 54
    Pour négocier, il faut du respect... Un rappel de la loi 37.
    Quand la présomption d'innocence disparaît.

    Que se passe-t-il dans un état où la présomption d'innocence n'existe pas? Abus de pouvoirs, emprisonnements basés sur des raisons plus ou moins valables en attendant un procès. C'est ce qui se passe dans trop de pays. C'est ce qui s'est passé en 1970 au Québec. Vous conviendrez avec moi que les circonstances d'alors étaient différentes de celles existant l'été dernier lorsque le gouvernement libéral a déposé sa loi 37. Cette loi devait être la solution pour prévenir tout conflit avec les médecins spécialistes québécois. Je dis bien « pour prévenir », car il y avait alors des discussions. Pas de conflit. Pas de moyen de pression.

    Cette loi déclare coupable (avec pénalités financières très importantes) tout médecin qui, de l'avis d'un fonctionnaire, aurait diminué la cadence. Pourtant, l'article 33 de la Charte des droits et libertés de la personne mentionne "Tout accusé est présumé innocent jusqu'à ce que la preuve de sa culpabilité ait été établie suivant la loi". Ainsi, un médecin qui voit moins de patients risque de se voir imposer des pénalités (supérieures à son salaire) sans aucune forme de procès. Ce sera au médecin de prouver qu'il a diminué la cadence pour des raisons de santé, par exemple, et non comme moyens de pression.
    Cette loi a blessé de nombreux médecins spécialistes qui travaillent d'arrache-pied depuis des années pour maintenir à flot un système de santé en manque de ressources. L'absence de reconnaissance de l'employeur étant un facteur de risque important pour l'épuisement professionnel, cet affront direct pourrait pousser des centaines de médecins, qui étaient déjà près de l'épuisement professionnel avant cette loi, à tomber en congé de maladie - ou à diminuer la cadence pour prévenir un arrêt complet.

    Tous les Québécois devraient dénoncer une telle loi qui fait fi de la présomption d'innocence. Nos libertés individuelles en dépendent. L'attitude du « Ça ne me concerne pas » n'a pas sa place, car vous pourriez être visé la prochaine fois.

    Au Québec, dans notre belle démocratie, tout le monde a droit à la présomption d'innocence, incluant les médecins spécialistes. Cette injustice doit être corrigée avant de reprendre le dialogue. De plus, le ministre qui a osé une telle loi devrait être démis de ses fonctions.

    Patrice Drolet MD FRCPC?
    Médecin spécialiste en médecine interne
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