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La stratégie américaine de l'abstinence soulève les critiques

15 août 2006  Santé
Le plan de lutte contre le sida de George W. Bush suscite la critique. On lui reproche de miser sur l’abstinence pour vaincre le fléau.
Photo : Agence Reuters
Le plan de lutte contre le sida de George W. Bush suscite la critique. On lui reproche de miser sur l’abstinence pour vaincre le fléau.
Toronto — Les militants de la lutte antisida critiquent la stratégie américaine contre le sida dans le monde, estimant qu'elle prône l'abstinence sexuelle pour des raisons politiques et limite ainsi les efforts dans la lutte contre l'épidémie.

Tout en reconnaissant que le plan d'urgence sur cinq ans du président américain George W. Bush a un impact important en procurant des traitements antisida aux pays pauvres, de nombreux militants l'accusent de prôner l'abstinence.

«Bien sûr, les États-Unis ont consacré 15 milliards de dollars [à la lutte contre le] sida, il n'y a pas de doute que par cet effort nous attirons l'attention sur l'épidémie au niveau mondial [...], mais insuffler plus d'argent n'est pas toujours une bonne chose quand cela accompagne une mauvaise politique», a déclaré Jodi Jacobson, directeur exécutif de l'ONG, le Centre pour la santé et l'égalité des sexes.

«Les gens sont des êtres sexués, et le sexe est un aspect normal de la vie humaine», a-t-elle ajouté, à l'occasion de la Conférence mondiale sur le sida, qui s'est ouverte dimanche à Toronto.

L'administration Bush soutient un plan surnommé «A-B-C» pour lutter contre le sida, insistant sur l'abstinence en dehors du mariage, la fidélité avec son partenaire unique, et, si ces conditions ne sont pas respectées, l'utilisation des préservatifs.

L'initiative de M. Bush, lancée en 2003, consacre à la prévention 20 % de l'enveloppe totale des 15 milliards de dollars.

Le Congrès américain, dominé par les républicains conservateurs, a stipulé qu'au moins un tiers des fonds consacrés à la prévention devait être alloué à des programmes encourageant l'abstinence en dehors du mariage.

Pour Mme Jacobson, le plan Bush insiste trop sur les points A et B, inapplicables dans de nombreuses cultures, notamment en Afrique sub-saharienne, où les femmes sont souvent démunies devant les exigences sexuelles de leurs conjoints.

En outre, en reléguant le point C en ultime ressort, l'initiative Bush a stigmatisé le préservatif, dénonce encore la militante.

«Nous réservons le programme sur les préservatifs à ceux que nous qualifions à hauts risques, a-t-elle dit, A-B-C ne parvient pas à répondre d'une manière significative à des réalités de base.»

L'administration américaine est accusée d'avoir conçu ce plan pour apaiser sa base républicaine conservatrice pour des raisons politiques, religieuses et morales, ce que démentent de hauts responsables de Washington.

«Dire que l'on insiste de manière excessive sur l'abstinence est tout à fait faux», a déclaré Mark Dybul, nommé en début d'année coordinateur sur les questions du sida au niveau mondial.

«Ce débat dans les capitales de l'ouest et du nord sur le point A contre le point C passe à côté de l'essentiel et de la réalité sur le terrain en Afrique», a-t-il dit.

Il estime que le plan a été adopté dans l'enthousiasme par de nombreux pays africains eux-mêmes, notamment l'Ouganda, qui affirme que son taux d'infection au virus VIH a baissé, en particulier grâce à la promotion de l'abstinence.

Cet argument «passe vraiment outre à la stratégie que les Africains ont développée pour eux-mêmes et qui s'est montrée efficace [...] Ce serait bien que nous commencions par écouter les Africains eux-mêmes, dans leur bataille contre leur épidémie», a ajouté M. Dybul.

Le pasteur J. P. Heath, du Réseau sud-africain d'action des responsables religieux vivant avec le sida, soutient aussi que l'abstinence fait partie de la stratégie contre l'épidémie, mais ne doit pas supplanter les autres moyens.

D'autres estiment que le plan empêche l'utilisation de fonds pour venir en aide aux catégories à hauts risques, comme les prostituées.

Pour Melissa Ditmore, du Réseau mondial des projets sur la prostitution, les politiques américaines ont en particulier conduit à écarter les travailleurs du sexe des soins médicaux dans une clinique de Thaïlande.






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