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Histoires d'homéopathie

3 juin 2006  Santé
Il faut que je vous raconte (mais n'en parlez pas aux sceptiques, ils feront des boutons). Un jour, je me trouve en France chez mon amie qui vient d'avoir un joli garçon qui a malheureusement des coliques. Il pleure; vous savez comme les garçons pleurent. Mon chéri a un talent avec les bébés: il les met à plat ventre sur son avant-bras, la tête dans la main et les bras ballants sur le côté, puis il frotte doucement le dos. Il appelle ça le chat perché et ça fait des merveilles.

Cette fois-là toutefois, ce ne fut pas le cas, allez savoir pourquoi. Guillaume continuait de geindre et parfois le volume montait, montait. Vous savez comme ça use les nerfs. Alors, sans le dire à la maman, nous sommes descendus à la pharmacie, puis nous avons glissé une granule homéopathique dans une petite cuillère, versé un peu d'eau, remué doucement pour dissoudre la granule et présenté le tout au bébé pour qu'il tète l'eau. Cinq minutes plus tard, nous avions la paix. Comme l'homéopathie est inoffensive de toute manière — pas d'effets secondaires en plus (pas d'effet du tout, diront les autres, mais nana nana na!, le bébé n'a plus mal) —, autant ne pas en parler.

Cette histoire m'est revenue quand j'ai reçu des produits homéopathiques en promotion. Comme j'ai quelques copines qui accouchent ou qui le feront bientôt, je me suis revue à Paris il y a... hum, 15 ans. Dans le temps, il n'y avait pas toutes ces doses déjà préparées, Camilia pour les poussées dentaires ou Cocyntal pour les coliques (Laboratoires Boiron). On devait se casser la tête, lire des livres et essayer des granules, qu'un homéopathe obscur et vivant à la campagne vous préparait de façon quasi clandestine. Ah, le bon vieux temps!

Pendant une certaine période, j'ai lu et étudié tout ce que je trouvais sur l'homéopathie, les contre et les pour, jusqu'à ce que je trouve, tenez-vous bien, les Homéopathes sans frontières. J'ai rigolé un bon coup; il doit maintenant y avoir les astrologues sans frontières, les ayatollahs sans frontières et que sais-je encore. Toutes des ONG. Celle-ci, celle des homéopathes, a été fondée en 1984, donc bien avant que je sache que l'homéopathie existait et qu'elle soulevait toute cette poussière!

On n'a que des histoires à raconter à propos de l'homéopathie. Ne vous attendez pas à ce que je commente les recherches scientifiques qui ont fini par prouver que c'est un leurre (à force d'acharnement) ou que c'est aussi actif qu'un placébo (la mémoire de l'eau ou la mémoire cellulaire ou n'importe quelle autre mémoire). J'ai une approche très pragmatique des soins: ou bien ça marche, ou bien c'est inefficace. Pas de religion là-dedans (crois-tu à ça, toi?). Une affaire de confiance, pas de croyance. Que ce soit allopathique ou sympathique, analogique ou numérique, pourvu que l'effet soit positif, je laisse les autres s'engueuler. L'homéopathie est un casse-tête; parfois ça colle, parfois non, (comme tous les médicaments dont l'efficacité a été prouvée en double aveugle, si vous voulez), et je considère Samuel Hanneman et la théorie des semblables comme une recherche appartenant à un autre paradigme — et basta.

Mais comme ça marche parfois — et puisqu'il y a là un petit côté irrévérencieux fort plaisant —, laissez-moi vous raconter. À l'âge de huit ou neuf ans, ma fille se pince les doigts en fermant la portière de la voiture. Elle arrive en hurlant et en pleurant. On applique de la glace. Elle est là, étalée sur le sofa, pâle, et elle pleure par petits coups, en essayant de se contrôler (on a beau leur dire de laisser aller, il faut compter avec l'orgueil). On ne va pas à l'urgence pour deux doigts bleus, alors je téléphone à une copine qui vient d'étudier l'homéopathie, une fille très rigoureuse qui se donne à fond.

Perfectionniste jusqu'à en être maniaque, c'est une bonne homéopathe. Elle me fait tout raconter: l'état de l'enfant, la teinte de la pâleur, le contenu des larmes... Elle arrive, donne sa granule, et on jase en attendant de voir si ça va marcher. Pas dix minutes n'ont passé que la petite chérie a repris des couleurs et fait des blagues! Je dois ajouter que puisque l'homéopathie n'est pas un métier payant, ma copine a changé de travail. Désolée!

Peut-être aurait-elle eu un débouché intéressant si elle avait connu les Sans frontières... ? Pour ce que j'en comprends, c'est la France qui a lancé le mouvement, présent dans plusieurs pays d'Afrique. Sur leur site, on dit que les médicaments homéopathiques coûtent de cinq à vingt fois moins cher que les médicaments classiques. Les deux tiers de la planète sont en voie de développement et seulement 7 % de la population mondiale a accès aux médicaments de l'industrie pharmaceutique. Il serait donc indécent de ne rien essayer, surtout quand on tombe sur la bonne granule...

Rectificatif

Il existe des stages postdoctoraux en sciences infirmières. Une erreur d'interprétation de ma part lorsque j'ai parlé à la professeure Alderson.

Reçu

Les Éditions du CHU Sainte-Justine (Diffusion Prologue) viennent de publier deux petits livres aussi pertinents et intéressants que les précédents:

- D. Bérubé et al., L'Asthme chez l'enfant;

- D. Regimbald et al., Jouer à bien manger (de un à deux ans);

- Dr A. Benyamina, Le Verre de trop!, Solar;

- Dr A. Meunier, La Dépression, s'en sortir!, Solar.

vallieca@hotmail.com






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  • D F
    Inscrite
    samedi 3 juin 2006 19h44
    Ça marche même si on n'y croit pas.....
    « Je n'y crois pas non plus, j'ai connu des gens accros qui ne juraient
    que par ça et ça m'énervait.

    Mais chaque fois que j'ai un bleu, un coup de marteau ou que les enfants se blessent, eh bien j'applique tout de suite dans la minute de l'onguent homéopathique à base d'arnika et ...ça marche à tout coup. Je n'y comprends rien et je ne veux pas savoir. Je l'utilise à mon profit. Drôle, non?

    Voilà
    Denise »

  • Kraepelin Yves
    Inscrit
    vendredi 8 décembre 2006 13h55
    Homéopathie et erreur de raisonnement
    « Madame Vallières,

    Votre texte comporte une perle! Vous dites:

    "J'ai une approche très pragmatique des soins: ou bien ça marche, ou bien c'est inefficace. Pas de religion là-dedans (crois-tu à ça, toi?)."

    Il n'y a pas de religion, mais il y a une erreur de raisonnement. L'erreur que vous faites porte d'ailleurs un nom: l'empirisme primaire. Elle est connue puisqu'elle a marqué l'histoire de la médecine pendant des siècles. Cette erreur est évitable si on identifie le piège logique qui se cache derrière. Une personne comme vous ne devrait pas avoir de difficulté à le découvrir en lisant cette petite mise en garde disponible gratuitement sur internet:

    http://www.cmaq.net/es/node/22037 »

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