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Médias: Fractures numériques

Paul Cauchon   21 novembre 2005  Médias
Le Canada est un des pays les plus branchés du monde. Bienheureux sommes-nous, alors que cinq milliards d'êtres humains n'ont accès à aucun ordinateur, que 20 % de la population mondiale a accès à 80 % des ordinateurs personnels dans le monde... et que 50 % de la population mondiale, croyez-le ou non, n'a jamais parlé dans un téléphone!

Ces derniers chiffres proviennent de données officielles de l'ONU, diffusées à l'occasion du grand Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), qui se terminait vendredi à Tunis.

Il y a quelques jours également le Projet Internet Canada, qui est membre du World Internet Project regroupant 21 pays, publiait la première d'une série de grandes études qui seront réalisées tous les deux ans. Ce projet regroupe plusieurs universités canadiennes. Un de ses codirecteurs est André H. Caron, directeur du Centre de recherches interdisciplinaires sur les technologies émergentes de l'Université de Montréal.

On y trouve une foule de données intéressantes, qui s'appuient sur plus de 3000 entrevues réalisées au printemps 2004 au Canada. L'étude nous apprend que 72 % des Canadiens sont des usagers d'Internet, et particulièrement 90 % des jeunes de 18 à 24 ans. L'usage d'Internet décroît lentement de 25 à 65 ans, pour chuter à 31 % chez les plus de 65 ans.

Parmi les pays participant à l'étude, le Canada se situe au deuxième rang juste derrière les États-Unis (76 % d'utilisateurs) et juste devant la Corée du Sud. Trois Canadiens sur quatre ont au moins un ordinateur à la maison, 66 % ont un accès haute vitesse et 64 % utilisent un téléphone cellulaire.

Trois données ressortent particulièrement de l'enquête: la spécificité québécoise, Internet comme source d'information, et l'impact sur la télévision.

Ainsi, si 72 % des Canadiens sont des usagers d'Internet, ce chiffre est de 66 % chez les Québécois francophones. Lorsqu'on demande aux répondants si Internet est une source d'information très ou extrêmement importante, 55 % des Québécois affirment que c'est le cas, contre 64 % des Canadiens anglais. Invités à recenser les sources d'information les plus importantes, les Québécois privilégient à 66 % la télévision, suivi des journaux à 61 % et Internet à 55 %. Par contre, sur cette même question, les Canadiens privilégient à 64 % Internet, suivi des journaux à 59 % et de la télévision à 52 %. Cette donnée nous indique à quel point la télévision demeure une valeur culturelle forte au Québec.

L'information d'abord

L'étude révèle aussi à quel point l'usage d'Internet est privilégié d'abord pour l'information, par rapport au divertissement. Ainsi, les usagers canadiens passent en général presque deux fois plus d'heures sur Internet pour s'informer plutôt que pour se divertir. Pour l'ensemble du Canada, 33 % des usagers d'Internet consultent chaque jour les nouvelles sur le Web. Il est fort intéressant d'ailleurs de comparer les habitudes culturelles du Québec et du reste du Canada: au Québec les sites d'information les plus consultés sont, dans l'ordre, Radio-Canada, MSN et Canoe, alors qu'au Canada anglais il s'agit de MSN, Yahoo et CBC.

Globalement, écrit André H Caron, Internet semble compléter plutôt que supplanter l'usage des médias traditionnels. Les usagers d'Internet déclarent passer 3,7 heures de moins par semaine à regarder la télévision que les non-usagers. Ce chiffre peut sembler encore peu élevé, mais André Caron ajoute que les jeunes particulièrement, qui sont les plus gros consommateurs d'Internet, vont très bientôt consommer des images sur d'autres plates-formes que le téléviseur classique, et l'écoute de la télévision devrait diminuer de plus en plus.

Ces données font du Canada un pays à la pointe de l'utilisation d'Internet. Ce qui ne devrait pas nous faire oublier que l'écart est de plus en plus grandissant entre notre pays et quelques autres, et une bonne partie de la population du globe, pour qui Internet demeure encore une vue de l'esprit.

Exemple: seulement 3,1 % des Africains avaient accès à Internet en 2004. Ce sont moins de 11 % des Brésiliens qui possèdent un ordinateur, 4 % des Chinois, 1,2 % des Indiens.

Le Sommet de Tunis, qui regroupait des milliers de participants provenant de 170 pays à l'invitation de l'ONU, a accouché vendredi d'une stratégie censée combler le fossé numérique entre les pays riches et les pays pauvres, avec la création d'un Fonds de solidarité numérique qui veut favoriser l'accès à Internet chez les pays en voie de développement. Le secrétaire général de l'ONU caressait un objectif assez ambitieux — certains diront assez naïf —, celui de relier tous les villages du monde à Internet en 2015. Malgré la présentation lors du sommet d'un prototype prometteur d'ordinateur à 100 $ qui pourrait être offert à ces pays, le sommet a échoué dans son projet d'obliger les pays riches à financer ce fonds de développement. Pour le moment le fonds fait appel aux contributions volontaires.

On ignore si des empires qui nagent dans l'argent comme Microsoft ou Google mettront la main à la pâte. Et on peut supposer que, dans l'immédiat, le village isolé du Pérou, de l'Inde ou du Mali a beaucoup plus besoin d'eau potable, de soins de santé adéquats et d'un bon accès à l'éducation que de pouvoir naviguer sur Internet. L'un n'empêche pas l'autre, direz-vous. Peut-être faudrait-il d'abord écouter les citoyens de ces villages pour qu'ils expriment eux-mêmes leurs priorités?






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  • Claude Filimenti
    Inscrit
    vendredi 25 novembre 2005 02h45
    Donnez-nous note manne quotidienne.
    « En réponse à l'article de Paul Cauchon, «Médias: fractures numériques», particulièrement au dernier paragraphe sur les besoins prioritaires des populations en souffrance de technologies récentes.

    Nous, habitants des cités de pays industrialisés, avons tendance à oublier qu'un grande partie des habitants de la planète vit encore en petites communautés traditionnelles survivant d'une économie de subsistance primaire. Souvent depuis des siècles, voire même depuis des millénaires.

    Qui sommes nous pour vouloir changer cet état? Est-ce que notre exemple de société de consommation à outrance qui dépersonalise l'individu, détruit la cellule familiale, et qui cherche à éradier l'esprit civique et communautaire représente un exemple édifiant?

    N'avons-nous pas déjà assez fait de ravages au sein des populations autochtones? N'avons-nous pas assez détruit de groupes, tribus et de nations avec des projets commerciaux présenté sous forme de d'idéalisme politique ou religieux? N'avons nous pas assez déranger leurs systèmes millénaires de valeurs familiales et communautaires?

    Veut-on encore un modèle d'aide à la modernisation qui servira à enrichir les corporations des pays donnant sous prétexte d'implanter des méga-projets dans des pays sous-développés?

    Car il faut bien comprendre que l'aide internationale, quand elle ne va pas directement dans la poche des gouvernants et militaires locaux, est généralement assujetti à la condition que les sommes investies servent à payer les firmes du pays donnant (fonctionnaires, conseillers, avocats, ingénieurs, chargés de projets, constructeurs, fabricants, grossistes, détaillants). Le bien-être social des corporations payé à même nos impôts.

    Deux boeufs vigoureux et une charrue sont bien plus utiles à un petit village qu'un tracteur, même s'il est fourni gratuitement, pour lequel le village n'a souvent pas les moyens d'acheter le carburant ou les pièces (pour le peux qu'ils soient disponibles).

    Bâtir une centrale électrique et allumer une ampoule, une télévision ou un ordinateur dans une hutte ne va pas aider à contrer la sécheresse qui empêche l'agriculteur de produire suffisamment pour nourrir sa famille, ou pour permettre au gardien de troupeau de maintenir son troupeau en santé.

    Ça ne permettra pas au pêcheur d'augmenter les stock de prises, ni au chasseur d'attirer les proies sur son territoire. Ça n'aidera pas ces familles à consommer les produits des artisans locaux.

    Parce que les artisans locaux seront privés de ces revenus, ils ne pourront acheter les surplus de chasse, de pêche et d'agriculture de leurs concitoyens lorsque disponible.

    Si utile qu'elle nous soit, l'électricité ne permettra donc pas de faire circuler la richesse locale, si peu soit-elle à nos yeux.

    Dans le développement, il faut toujours privilégié l'implantation de technologies appropriées aux besoins réels. Nous, gens des pays industrialisés, avons tendance à oublier que le boeuf couplé à la charrue est une technologie efficace et peu coûteuse à entretenir. Une technologie éprouvée par l'Histoire, compréhensible et utile pour un agriculteur traditionnel.

    Ce n'est pas par manque d'intelligence que bien des groupes ne peuvent pas utiliser des outils plus mécaniques de notre ère dite moderne. Les observateur internationaux, technocrates des pays industrialisés, ont eu souvent tendance à dénigrer «ces sauvages qui laissent rouiller les machines qu'on leur a donné pour leur bien», sans considérer que ces machines ne comblaient pas leur besoins de façon appropriée. Le gagnant dans ces transactions est la compagnie qui vendaient ces machines au gouvernement fournissant l'aide financière.

    Le mensonge du programme fédéral des commandites n'est qu'une parti de l'iceberg. Ce que les américains appellent le «pork-barrelling» (littéralement donner du porc en baril, faisant référence à la nourriture payée par le gouvernement américain et destiné par traité aux amérindiens et qui était plutôt livrée à des entrepreneurs appuyant les campagnes électorales et qui la revendait aux colons) cette corruption est aussi vieille que la politique.

    Il ne faut pas oublier un proverbe qui s'applique particulièrement à l'aide aux communautés dans le besoin: les voies de l'enfer sont pavées de bonnes intentions.

    Ces bonnes intentions proviennent souvent des habitants des pays industrialisés qui font pression sur leur gouvernement pour fournir de l'aide aux pays dans le besoin.

    Il existe encore, heureusement, un certain civisme chez les gens, prêts à payer des impôts pour permettre de fournir des services sociaux adéquats à l'ensemble de la population et même pour aider les gens d'ailleurs. L'exemple spontané de la générosité des gens lors de catastrophes internationales est d'ailleurs bien édifiant.

    Malheureusement, les systèmes actuels de distribution de cette aide à même les fond publics des pays industrialisés ne profite pas nécessairement à ceux qui en ont besoin, souvent de façon urgente, et de la façon dont ils en ont le plus besoin.

    Je ne crois pas que les gens apprécient cette donne de cartes truquées.

    Claude Filimenti
    Citoyen concerné d'une humanité malmenée
    kebekwa à sympatico point ca »

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