Les tics du langage à travers le regard ironique de Jean Paré
À une certaine époque, l'assurance-chômage venait au secours des sans-emploi. «Il fallait s'assurer contre le chômage, remarque Jean Paré. Maintenant on peut s'assurer contre l'emploi. Certaines régions ont accueilli cette importante réforme avec enthousiasme.»
On connaît tous les ravages dans le langage du «bénéficiaire», de l'«aidant» ou du «vécu». On a peut-être moins réfléchi au fameux «coffre à outils», que «le Parti québécois cherche fébrilement depuis deux décennies». Ou encore au tout aussi fameux «choix de société», «utilisé presque exclusivement par les politiciens, les logues et les crates divers, pour signifier que vous n'aurez pas le choix, que l'on ne vous demandera pas votre avis, et que si vous essayez autre chose quand même, on saura vous le faire payer».
Jean Paré constate également qu'un «gala», c'est «une occasion d'ennuyer le téléspectateur avec une distribution de cadeaux et d'insultes», et que le lourdaud «revisiter» représente en fait une nouvelle forme de «tourisme culturel», dans le sens où «on peut revisiter une pièce, un opéra, un livre».
L'érotisme, c'est la «porno des gens de goût». Une définition qui n'est pas particulièrement novatrice. On peut lui préférer celle-ci: «France: Mesure de surface québécoise». Car si on répète souvent que le Québec fait trois fois la France, «en France on n'utilise que la France comme mesure de tout».
Quant au charmant «flirt», qui semble issu du médiéval «fleureter», c'est-à-dire voleter de fleur en fleur, Jean Paré tranche: le mot est maintenant vétuste, à proscrire, à éliminer du dictionnaire. «Pour la chose le mot juste est désormais 'harcèlement'».
Travers linguistiques
On aura compris que ce Code des tics que vient de public l'ancien directeur de L'actualité n'est ni un dictionnaire officiel ni un manuel de correction langagière. Plutôt un parcours personnel très ironique à travers les tics de langage du monde du journalisme, de la politique et de la publicité, que visiblement Jean Paré adore égratigner. Des centaines de mots utilisés couramment dans ces trois univers sont brandis par l'auteur comme exemples de nos travers linguistiques. Car, écrit-il en préface, «le vocabulaire n'est pas neutre. Le vocabulaire est toujours partisan. Il définit la réalité, il emprisonne».
Il arrive que, pour certaines définitions, Jean Paré laisse entrevoir ses propres partis pris. Dans celle-ci par exemple, toute simple: «Privatisation: mission impossible» Mais de façon générale c'est plutôt réjouissant et tonifiant. À la définition du «style», Jean Paré se paye près de cinq pages d'extraits réels puisés dans les médias et dans les manuscrits qu'il recevait à L'actualité (l'honneur est sauf: l'auteur ne cite aucun nom!). J'aime bien celui-ci: «Le Canada est rattrapé par le ralentissement». À rapprocher de cet autre: «Le raccourcissement des jours s'allonge». Difficile de faire mieux.
Le code des tics
Jean Paré, Boréal 2005
On connaît tous les ravages dans le langage du «bénéficiaire», de l'«aidant» ou du «vécu». On a peut-être moins réfléchi au fameux «coffre à outils», que «le Parti québécois cherche fébrilement depuis deux décennies». Ou encore au tout aussi fameux «choix de société», «utilisé presque exclusivement par les politiciens, les logues et les crates divers, pour signifier que vous n'aurez pas le choix, que l'on ne vous demandera pas votre avis, et que si vous essayez autre chose quand même, on saura vous le faire payer».
Jean Paré constate également qu'un «gala», c'est «une occasion d'ennuyer le téléspectateur avec une distribution de cadeaux et d'insultes», et que le lourdaud «revisiter» représente en fait une nouvelle forme de «tourisme culturel», dans le sens où «on peut revisiter une pièce, un opéra, un livre».
L'érotisme, c'est la «porno des gens de goût». Une définition qui n'est pas particulièrement novatrice. On peut lui préférer celle-ci: «France: Mesure de surface québécoise». Car si on répète souvent que le Québec fait trois fois la France, «en France on n'utilise que la France comme mesure de tout».
Quant au charmant «flirt», qui semble issu du médiéval «fleureter», c'est-à-dire voleter de fleur en fleur, Jean Paré tranche: le mot est maintenant vétuste, à proscrire, à éliminer du dictionnaire. «Pour la chose le mot juste est désormais 'harcèlement'».
Travers linguistiques
On aura compris que ce Code des tics que vient de public l'ancien directeur de L'actualité n'est ni un dictionnaire officiel ni un manuel de correction langagière. Plutôt un parcours personnel très ironique à travers les tics de langage du monde du journalisme, de la politique et de la publicité, que visiblement Jean Paré adore égratigner. Des centaines de mots utilisés couramment dans ces trois univers sont brandis par l'auteur comme exemples de nos travers linguistiques. Car, écrit-il en préface, «le vocabulaire n'est pas neutre. Le vocabulaire est toujours partisan. Il définit la réalité, il emprisonne».
Il arrive que, pour certaines définitions, Jean Paré laisse entrevoir ses propres partis pris. Dans celle-ci par exemple, toute simple: «Privatisation: mission impossible» Mais de façon générale c'est plutôt réjouissant et tonifiant. À la définition du «style», Jean Paré se paye près de cinq pages d'extraits réels puisés dans les médias et dans les manuscrits qu'il recevait à L'actualité (l'honneur est sauf: l'auteur ne cite aucun nom!). J'aime bien celui-ci: «Le Canada est rattrapé par le ralentissement». À rapprocher de cet autre: «Le raccourcissement des jours s'allonge». Difficile de faire mieux.
Le code des tics
Jean Paré, Boréal 2005
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

