Médias: Méga-désastre en direct
Quand on a vu arriver le président Bush sur le terrain vendredi, sans veston ni cravate, les manches de chemises relevées, comme pour dire «ne vous inquiétez pas, je suis là, je retrousse mes manches, je vais personnellement mettre les mains dedans», quand on l'a vu entourer de ses bras paternalistes de jeunes Noirs, et qu'on a vu son tricot de corps sous sa chemise trempée (un tricot de corps! à 40 degrés!), on avait vraiment l'impression que les fabricants d'images du président étaient en panique.
C'était tard, très tard, trop tard. D'autant plus que l'écoute de CNN toute la journée la veille avait été dévastatrice (et c'était bien avant la sortie de Céline Dion devant Larry King!). Les journalistes sur le terrain ne cachaient plus leur exaspération devant le retard des autorités à réagir, et leur réserve journalistique fondait à vue d'oeil. Sur NBC, un correspondant se sentait obligé de préciser, en présentant les images de réfugiés sans eau ni nourriture vivant littéralement dans leur merde: «Ce n'est ni l'Irak ni la Somalie, c'est chez nous.»
Les préparatifs en vue de l'arrivée de l'ouragan Katrina étaient pourtant à l'image de tout ce qu'on voit habituellement: des gens qui placardent leur maison, des images satellites en couleurs commentés par des météorologues, puis des journalistes tout excités qui se font filmer dans la tempête en imperméable, comme de vulgaires chasseurs de tornades amateurs de sensations fortes.
Mais c'est après que tout a dérapé, que tout est devenu hors de proportion. Un vice-président de CNN déclarait d'ailleurs que la couverture médiatique avait été plus difficile que celle de la guerre en Irak et du tsunami en Asie. Voies de communication coupées, réseau cellulaire en panne, électricité inexistante, les correspondants sur le terrain ont fait des prouesses pour tenter d'envoyer des images et des textes (la plupart du temps par téléphone satellite), alors qu'il fallait tenter de les alimenter en nourriture et en eau eux aussi.
Mais c'est le travail de certains journaux qui frappe l'imagination, et la place centrale occupée par les blogues sur Internet.
Le Times-Picayune est un grand journal de Nouvelle-Orléans qui tire habituellement à 270 00 exemplaire. Dès l'arrivée de l'ouragan les journalistes se sont réfugiés dans une ville des bayous à 100 km, et ils sont parvenus à conserver leur site Internet, qui a été aux premières loges de l'histoire, recueillant les milliers de témoignages de citoyens.
Pour sa part le Sun Herald de Biloxi, qui avait «réquisitionné» 50 journalistes et photographes pour couvrir l'événement, est parvenu à distribuer des exemplaires imprimés dans les abris des réfugiés, avec l'aide technique d'un autre journal en Géorgie qui appartient au même groupe de presse. L'éditeur du journal expliquait ce week-end que, pour tout le monde, c'était devenu une question de fierté journalistique: il fallait «garder vivante la communauté des lecteurs du Mississippi du sud [...] C'était le symbole que Katrina n'allait pas nous détruire.» Servant de lien dans un univers chaotique où tous les repères habituels étaient détruits, ces journaux témoignaient du «sentiment profond de l'importance de notre travail, écrit-il, aussi affreuse que soit la tempête, aussi difficile que ce soit à cause de toute la souffrance, de la chaleur, de l'odeur de la mort autour de nous».
Ces deux journaux ont également hébergé des blogues et des forums de discussion ouverts aux citoyens, qui ont joué un rôle fondamental depuis les derniers jours.
La lecture des messages envoyés sur ces blogues, messages souvent très courts envoyés aux prix de mille difficultés, est vraiment saisissante. Dans un message provenant du Charity Hospital de La Nouvelle-Orléans, publié dans le Times-Picayune le 2 septembre, on peut lire ceci: il y a actuellement 1200 patients, docteurs et infirmières pris au piège dans l'hôpital, qui est entouré de cinq pieds d'eau, sans électricité, et l'on tente de maintenir les patients en vie «à bras», sans aide technologique. «Les morts doivent être placés sur les balcons à cause des maladies.»
Autre exemple, autre message, provenant d'un autre hôpital: «nous sommes des médecins barricadés au 7e étage, parce que des hommes armées nous tirent dessus en exigeant d'accéder au toit pour être sauvés en premier.»
Ces témoignages dévastateurs, ces appels à l'aide désespérés, vous en trouviez des milliers ces derniers jours. À quel point ces blogues ont-ils fait prendre conscience de la lenteur des autorités à réagir?
Kaye Trammel, de Baton Rouge, est professeur de communications à la Louisiana State University. Elle tient un blogue depuis le début du drame. «Ces blogues n'appartiennent plus aux blogueurs, mais à la communauté, écrit-elle, comme un mécanisme centralisé de communication devant un désastre naturel.»
Devant la rapidité des blogues à décrire la situation effrayante sur le terrain, Kaye Trammel se demande si les villes et les gouvernements ne devraient pas, justement, intégrer les blogues dans leurs propres plan d'urgence pour améliorer leur temps de réaction. Question intéressante à analyser. Mais avant de le faire, il faudra enterrer les morts et nourrir les survivants.
C'était tard, très tard, trop tard. D'autant plus que l'écoute de CNN toute la journée la veille avait été dévastatrice (et c'était bien avant la sortie de Céline Dion devant Larry King!). Les journalistes sur le terrain ne cachaient plus leur exaspération devant le retard des autorités à réagir, et leur réserve journalistique fondait à vue d'oeil. Sur NBC, un correspondant se sentait obligé de préciser, en présentant les images de réfugiés sans eau ni nourriture vivant littéralement dans leur merde: «Ce n'est ni l'Irak ni la Somalie, c'est chez nous.»
Les préparatifs en vue de l'arrivée de l'ouragan Katrina étaient pourtant à l'image de tout ce qu'on voit habituellement: des gens qui placardent leur maison, des images satellites en couleurs commentés par des météorologues, puis des journalistes tout excités qui se font filmer dans la tempête en imperméable, comme de vulgaires chasseurs de tornades amateurs de sensations fortes.
Mais c'est après que tout a dérapé, que tout est devenu hors de proportion. Un vice-président de CNN déclarait d'ailleurs que la couverture médiatique avait été plus difficile que celle de la guerre en Irak et du tsunami en Asie. Voies de communication coupées, réseau cellulaire en panne, électricité inexistante, les correspondants sur le terrain ont fait des prouesses pour tenter d'envoyer des images et des textes (la plupart du temps par téléphone satellite), alors qu'il fallait tenter de les alimenter en nourriture et en eau eux aussi.
Mais c'est le travail de certains journaux qui frappe l'imagination, et la place centrale occupée par les blogues sur Internet.
Le Times-Picayune est un grand journal de Nouvelle-Orléans qui tire habituellement à 270 00 exemplaire. Dès l'arrivée de l'ouragan les journalistes se sont réfugiés dans une ville des bayous à 100 km, et ils sont parvenus à conserver leur site Internet, qui a été aux premières loges de l'histoire, recueillant les milliers de témoignages de citoyens.
Pour sa part le Sun Herald de Biloxi, qui avait «réquisitionné» 50 journalistes et photographes pour couvrir l'événement, est parvenu à distribuer des exemplaires imprimés dans les abris des réfugiés, avec l'aide technique d'un autre journal en Géorgie qui appartient au même groupe de presse. L'éditeur du journal expliquait ce week-end que, pour tout le monde, c'était devenu une question de fierté journalistique: il fallait «garder vivante la communauté des lecteurs du Mississippi du sud [...] C'était le symbole que Katrina n'allait pas nous détruire.» Servant de lien dans un univers chaotique où tous les repères habituels étaient détruits, ces journaux témoignaient du «sentiment profond de l'importance de notre travail, écrit-il, aussi affreuse que soit la tempête, aussi difficile que ce soit à cause de toute la souffrance, de la chaleur, de l'odeur de la mort autour de nous».
Ces deux journaux ont également hébergé des blogues et des forums de discussion ouverts aux citoyens, qui ont joué un rôle fondamental depuis les derniers jours.
La lecture des messages envoyés sur ces blogues, messages souvent très courts envoyés aux prix de mille difficultés, est vraiment saisissante. Dans un message provenant du Charity Hospital de La Nouvelle-Orléans, publié dans le Times-Picayune le 2 septembre, on peut lire ceci: il y a actuellement 1200 patients, docteurs et infirmières pris au piège dans l'hôpital, qui est entouré de cinq pieds d'eau, sans électricité, et l'on tente de maintenir les patients en vie «à bras», sans aide technologique. «Les morts doivent être placés sur les balcons à cause des maladies.»
Autre exemple, autre message, provenant d'un autre hôpital: «nous sommes des médecins barricadés au 7e étage, parce que des hommes armées nous tirent dessus en exigeant d'accéder au toit pour être sauvés en premier.»
Ces témoignages dévastateurs, ces appels à l'aide désespérés, vous en trouviez des milliers ces derniers jours. À quel point ces blogues ont-ils fait prendre conscience de la lenteur des autorités à réagir?
Kaye Trammel, de Baton Rouge, est professeur de communications à la Louisiana State University. Elle tient un blogue depuis le début du drame. «Ces blogues n'appartiennent plus aux blogueurs, mais à la communauté, écrit-elle, comme un mécanisme centralisé de communication devant un désastre naturel.»
Devant la rapidité des blogues à décrire la situation effrayante sur le terrain, Kaye Trammel se demande si les villes et les gouvernements ne devraient pas, justement, intégrer les blogues dans leurs propres plan d'urgence pour améliorer leur temps de réaction. Question intéressante à analyser. Mais avant de le faire, il faudra enterrer les morts et nourrir les survivants.
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