Télévision - La nuit qui créa Louis Armstrong
Fort du succès qu'il remporte, Armstrong s'émancipe; sa popularité est aussi rapide que brutale. Nul ne symbolise mieux que lui la musique des années folles.
L'émission American Masters du réseau PBS propose depuis des années et des années des documentaires toujours remarquables. On insiste: toujours captivants. Dénominateur commun? La biographie. Parfois, les producteurs consacrent l'heure et demie qui leur a été allouée à un écrivain, parfois à un architecte, parfois à un politicien. Aujourd'hui, le sujet qu'on nous présente s'appelle... Louis Armstrong!
De l'homme, on a conservé — trop conservé — le souvenir d'un rigolo aux joues gonflées par l'air nécessaire à la confection de notes joyeuses. Il est vrai qu'Armstrong ne détestait pas cabotiner de temps à autre. Mais de là à le traiter «d'oncle tomiste» comme l'ont fait certains radicaux des Black Panthers dans les années 60, il y a... C'était injuste, profondément injuste.
Il est né à La Nouvelle-Orléans le 4 juillet 1900. Certains assurent que c'était en 1898. Qu'importe! Des premières années, un fait et une date doivent être retenus. Le fait? Très jeune il forme un quartet vocal jouant pour la pièce dans les rues de la ville. La date? La Saint-Sylvestre 1912. Cette nuit-là, le petit Louis fait du tapage avec un revolver.
Dans la vie d'Armstrong, cet événement a une importance très particulière. Car, à la suite de cela, les autorités l'envoient dans un orphelinat, où
un éducateur, ayant remarqué son talent pour la musique, l'initie à la trompette. Lorsqu'il en sort, deux ans plus tard, sa maîtrise de l'instrument est suffisante pour lui ouvrir les portes des cabarets de Storyville, le fameux quartier réservé où les maisons closes étaient légion. Qu'on se souvienne du film Pretty Baby, de Louis Malle.
Avant lui, Papa Celestin, Alphonse Picou, Buddy Bolden et surtout King Oliver ont fixé les bases de cette musique qu'on ne qualifiait pas encore de jazz. Au passage, on rappellera que l'origine de cette dénomination est le verbe... jaser! Jazz serait une créolisation du verbe en question. Passons.
Toujours est-il que King Oliver, alors considéré comme le roi du new orleans, l'engage dans son orchestre. Avec lui, il se produit fréquemment sur les bateaux qui remontent le Mississippi. Assez rapidement, sa réputation de prodige se répand dans les grandes villes, notamment
Saint Louis.
Fort du succès qu'il remporte, Armstrong s'émancipe. Il crée le Hot Five, puis le Hot Seven. À Chicago, et non à La Nouvelle-Orléans, il enregistre ses premiers albums dans les années 20. Sa popularité est aussi rapide que brutale. Nul ne symbolise mieux que lui la musique des années folles.
C'est au cours de cette période qu'il grave West End Blues. Pour beaucoup, notamment Wynton Marsalis ou encore le critique Gary Giddins, West End Blues est le morceau par excellence de l'histoire du jazz. Ils sont plusieurs à estimer que ces trois minutes et des poussières sont supérieures à ce qu'ont écrit Duke Ellington, Miles Davis, Thelonious Monk ou
Charles Mingus.
Toujours est-il que, durant les quarante années qui vont suivre cette première rencontre avec le succès, Armstrong ne cessera pas de tourner et d'enregistrer. Plus le temps passera, plus il accordera au chant une place centrale. Au début des années 30, une de ses lèvres ayant éclaté — la hantise des souffleurs —, il perdra un peu de sa dextérité. Il compensera donc par la voix. Ce faisant, c'est Armstrong qui va établir la ou une manière de chanter qui influencera durablement Nat King Cole ou Frank Sinatra.
Armstrong? S'il n'avait pas été là, le monde serait plus triste. Tout simplement.
American Masters / Satchmo: The Life
of Louis Armstrong,
mercredi 6 juillet, PBS, 21h.
De l'homme, on a conservé — trop conservé — le souvenir d'un rigolo aux joues gonflées par l'air nécessaire à la confection de notes joyeuses. Il est vrai qu'Armstrong ne détestait pas cabotiner de temps à autre. Mais de là à le traiter «d'oncle tomiste» comme l'ont fait certains radicaux des Black Panthers dans les années 60, il y a... C'était injuste, profondément injuste.
Il est né à La Nouvelle-Orléans le 4 juillet 1900. Certains assurent que c'était en 1898. Qu'importe! Des premières années, un fait et une date doivent être retenus. Le fait? Très jeune il forme un quartet vocal jouant pour la pièce dans les rues de la ville. La date? La Saint-Sylvestre 1912. Cette nuit-là, le petit Louis fait du tapage avec un revolver.
Dans la vie d'Armstrong, cet événement a une importance très particulière. Car, à la suite de cela, les autorités l'envoient dans un orphelinat, où
un éducateur, ayant remarqué son talent pour la musique, l'initie à la trompette. Lorsqu'il en sort, deux ans plus tard, sa maîtrise de l'instrument est suffisante pour lui ouvrir les portes des cabarets de Storyville, le fameux quartier réservé où les maisons closes étaient légion. Qu'on se souvienne du film Pretty Baby, de Louis Malle.
Avant lui, Papa Celestin, Alphonse Picou, Buddy Bolden et surtout King Oliver ont fixé les bases de cette musique qu'on ne qualifiait pas encore de jazz. Au passage, on rappellera que l'origine de cette dénomination est le verbe... jaser! Jazz serait une créolisation du verbe en question. Passons.
Toujours est-il que King Oliver, alors considéré comme le roi du new orleans, l'engage dans son orchestre. Avec lui, il se produit fréquemment sur les bateaux qui remontent le Mississippi. Assez rapidement, sa réputation de prodige se répand dans les grandes villes, notamment
Saint Louis.
Fort du succès qu'il remporte, Armstrong s'émancipe. Il crée le Hot Five, puis le Hot Seven. À Chicago, et non à La Nouvelle-Orléans, il enregistre ses premiers albums dans les années 20. Sa popularité est aussi rapide que brutale. Nul ne symbolise mieux que lui la musique des années folles.
C'est au cours de cette période qu'il grave West End Blues. Pour beaucoup, notamment Wynton Marsalis ou encore le critique Gary Giddins, West End Blues est le morceau par excellence de l'histoire du jazz. Ils sont plusieurs à estimer que ces trois minutes et des poussières sont supérieures à ce qu'ont écrit Duke Ellington, Miles Davis, Thelonious Monk ou
Charles Mingus.
Toujours est-il que, durant les quarante années qui vont suivre cette première rencontre avec le succès, Armstrong ne cessera pas de tourner et d'enregistrer. Plus le temps passera, plus il accordera au chant une place centrale. Au début des années 30, une de ses lèvres ayant éclaté — la hantise des souffleurs —, il perdra un peu de sa dextérité. Il compensera donc par la voix. Ce faisant, c'est Armstrong qui va établir la ou une manière de chanter qui influencera durablement Nat King Cole ou Frank Sinatra.
Armstrong? S'il n'avait pas été là, le monde serait plus triste. Tout simplement.
American Masters / Satchmo: The Life
of Louis Armstrong,
mercredi 6 juillet, PBS, 21h.
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