Médias: Radio-Canada - Le retour sera difficile
L'été dernier la radio de Radio-Canada avait lancé sa nouvelle programmation dans la cour d'un couple d'auditeurs de Boucherville, Madeleine et Yvon Parenteau, grands fans de la SRC. La matinée avait été belle, le coup de marketing réussi et le résultat, une émission exceptionnelle diffusée en direct.
Huit mois plus tard le couple Parenteau a perdu ses illusions. Dans une lettre envoyée à la direction de Radio-Canada le 30 avril et divulguée ces derniers jours par Jean-Hugues Roy sur son site Internet consacré au conflit les Parenteau n'en reviennent pas. «Terminée la prometteuse saison si bellement commencée! écrivent-ils. Un geste aussi inexplicable qu'inacceptable laisse pantois les fidèles auditeurs que nous sommes. Notre Société publique manquerait-elle de civisme? Dans ce conflit qui perdure, elle ne semble manifester aucune volonté d'en arriver à un règlement, fait preuve d'ambiguïté et manque de transparence. Transformer en affrontement sans issue un combat légitime et civilisé, c'est un manque de démocratie. Priver un peuple de son réseau national d'informations, c'est faire preuve de mépris».
Cette lettre, qui a presque valeur de symbole, illustre à quel point, dans le conflit actuel, le SRC a perdu la bataille de l'image et de l'opinion publique.
Il existe une perception chez certains dirigeants de Radio-Canada à l'effet que la couverture journalistique de ce conflit serait biaisée. Les journalistes des autres médias auraient été portés à «naturellement» soutenir leurs collègues syndiqués de la société publique. J'imagine que c'est la même perception qui fait croire à M. Robert Rabinovitch, pdg de Radio-Canada, que ses propres employés seraient incapables de penser par eux-mêmes et seraient manipulés par la CSN.
Malheureusement pour la direction de Radio-Canada la réalité est différente. Tout en convenant que rien n'est noir ou blanc dans la vie et que le syndicat a fait ses propres erreurs il reste que si les différents médias ne publient pas de lettre en faveur de la direction de la SRC dans cette histoire, c'est tout simplement parce qu'ils n'en reçoivent pas!
Le fait d'avoir imposé un lock-out aux employés après une grève de 24h est perçu comme étant inacceptable par bon nombre de citoyens, tout comme le fait d'avoir voulu imposer une consigne de silence sur les négociations.
Et bon nombre de citoyens acceptent très mal qu'une institution publique payée à même leurs taxes les prive de ce qu'ils considèrent être un droit fondamental, le droit à une information diversifiée, traitée en profondeur, exempte d'interruptions publicitaires, ouverte sur le monde et sur les réalités internationales.
La semaine dernière encore une déclaration signée par près d'une centaine de personnalités exhortait «les deux parties à régler de toute urgence ce conflit et à rétablir notre service public». Les signataires ajoutaient que Radio-Canada «a opté de surseoir à sa mission première au Québec et au Nouveau-Brunswick en laissant perdurer un conflit collectif de travail auprès de 1400 de ses employés». Parmi les signataires on trouve des noms comme Bernard Arcand, Louis Balthazar, Claude Béland, Lise Bissonnnette, Gérard Bouchard, Fernand Daoust, Jacques Godbout, Jacques Lacoursière, Marie Laberge, Bernard Lamarre, Marcel Masse, Guy Rocher, François Thavenas, bref tous des gens très capables de penser par eux-mêmes sans «médias biaisés»É
Non seulement l'image publique de la direction de Radio-Canada sortira amochée d'un tel conflit, donnant l'impression d'avoir eu une attitude hargneuse, mais les employés sortiront plus unis que jamais.
Il faut comprendre ici que ce fameux Syndicat des communications a été créé en 1998 à la suite d'une décision du Conseil canadien des relations industrielles qui avait forcé le regroupement de onze syndicats sous un même chapeau, avec différents corps d'emploi provenant autant de la radio que de la télévision, des services nordiques que de Radio-Canada international, de Moncton que de Chicoutimi.
Réunis il y a moins de quatre ans dans une énorme structure ces gens-là ne se connaissaient pas. Même à Montréal, travaillant dans le même édifice, on ne se connaissait pas.
Or, tous les témoignages recueillis ces dernières semaines vont dans le même sens : ces employés ont appris à se parler sur les lignes de piquetage et dans les réunions. Ils ont partagé une expérience difficile. Ils ont comparé leurs situations respectives. Ils ont découvert comment par exemple le travail précaire se vivait dans les autres services. Des amitiés se sont créées. Conclusion: des professionnels individualistes, non-militants et solitaires sont devenus des militants outrés et engagés. «Nous sommes convaincus plus que jamais qu'il faut défendre la mission publique de Radio-CanadaÉcontre notre propre direction», nous confiait ces jours-ci une autre «lockoutée».
Je ne sais pas si la direction de la SRC se rend bien compte que pour rétablir un climat de confiance et de collaboration la tâche sera énorme. C'est une tâche qui nécessitera un peu plus que la distribution de muffins aux employés.
pcauchon@ledevoir.com
Huit mois plus tard le couple Parenteau a perdu ses illusions. Dans une lettre envoyée à la direction de Radio-Canada le 30 avril et divulguée ces derniers jours par Jean-Hugues Roy sur son site Internet consacré au conflit les Parenteau n'en reviennent pas. «Terminée la prometteuse saison si bellement commencée! écrivent-ils. Un geste aussi inexplicable qu'inacceptable laisse pantois les fidèles auditeurs que nous sommes. Notre Société publique manquerait-elle de civisme? Dans ce conflit qui perdure, elle ne semble manifester aucune volonté d'en arriver à un règlement, fait preuve d'ambiguïté et manque de transparence. Transformer en affrontement sans issue un combat légitime et civilisé, c'est un manque de démocratie. Priver un peuple de son réseau national d'informations, c'est faire preuve de mépris».
Cette lettre, qui a presque valeur de symbole, illustre à quel point, dans le conflit actuel, le SRC a perdu la bataille de l'image et de l'opinion publique.
Il existe une perception chez certains dirigeants de Radio-Canada à l'effet que la couverture journalistique de ce conflit serait biaisée. Les journalistes des autres médias auraient été portés à «naturellement» soutenir leurs collègues syndiqués de la société publique. J'imagine que c'est la même perception qui fait croire à M. Robert Rabinovitch, pdg de Radio-Canada, que ses propres employés seraient incapables de penser par eux-mêmes et seraient manipulés par la CSN.
Malheureusement pour la direction de Radio-Canada la réalité est différente. Tout en convenant que rien n'est noir ou blanc dans la vie et que le syndicat a fait ses propres erreurs il reste que si les différents médias ne publient pas de lettre en faveur de la direction de la SRC dans cette histoire, c'est tout simplement parce qu'ils n'en reçoivent pas!
Le fait d'avoir imposé un lock-out aux employés après une grève de 24h est perçu comme étant inacceptable par bon nombre de citoyens, tout comme le fait d'avoir voulu imposer une consigne de silence sur les négociations.
Et bon nombre de citoyens acceptent très mal qu'une institution publique payée à même leurs taxes les prive de ce qu'ils considèrent être un droit fondamental, le droit à une information diversifiée, traitée en profondeur, exempte d'interruptions publicitaires, ouverte sur le monde et sur les réalités internationales.
La semaine dernière encore une déclaration signée par près d'une centaine de personnalités exhortait «les deux parties à régler de toute urgence ce conflit et à rétablir notre service public». Les signataires ajoutaient que Radio-Canada «a opté de surseoir à sa mission première au Québec et au Nouveau-Brunswick en laissant perdurer un conflit collectif de travail auprès de 1400 de ses employés». Parmi les signataires on trouve des noms comme Bernard Arcand, Louis Balthazar, Claude Béland, Lise Bissonnnette, Gérard Bouchard, Fernand Daoust, Jacques Godbout, Jacques Lacoursière, Marie Laberge, Bernard Lamarre, Marcel Masse, Guy Rocher, François Thavenas, bref tous des gens très capables de penser par eux-mêmes sans «médias biaisés»É
Non seulement l'image publique de la direction de Radio-Canada sortira amochée d'un tel conflit, donnant l'impression d'avoir eu une attitude hargneuse, mais les employés sortiront plus unis que jamais.
Il faut comprendre ici que ce fameux Syndicat des communications a été créé en 1998 à la suite d'une décision du Conseil canadien des relations industrielles qui avait forcé le regroupement de onze syndicats sous un même chapeau, avec différents corps d'emploi provenant autant de la radio que de la télévision, des services nordiques que de Radio-Canada international, de Moncton que de Chicoutimi.
Réunis il y a moins de quatre ans dans une énorme structure ces gens-là ne se connaissaient pas. Même à Montréal, travaillant dans le même édifice, on ne se connaissait pas.
Or, tous les témoignages recueillis ces dernières semaines vont dans le même sens : ces employés ont appris à se parler sur les lignes de piquetage et dans les réunions. Ils ont partagé une expérience difficile. Ils ont comparé leurs situations respectives. Ils ont découvert comment par exemple le travail précaire se vivait dans les autres services. Des amitiés se sont créées. Conclusion: des professionnels individualistes, non-militants et solitaires sont devenus des militants outrés et engagés. «Nous sommes convaincus plus que jamais qu'il faut défendre la mission publique de Radio-CanadaÉcontre notre propre direction», nous confiait ces jours-ci une autre «lockoutée».
Je ne sais pas si la direction de la SRC se rend bien compte que pour rétablir un climat de confiance et de collaboration la tâche sera énorme. C'est une tâche qui nécessitera un peu plus que la distribution de muffins aux employés.
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