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Médias - RSF recense 34 «prédateurs» de la liberté de la presse dans son rapport 2004

3 mai 2005  Médias
Paris — Trente-quatre «prédateurs de la liberté de la presse», 53 journalistes tués et 107 emprisonnés, c'est le bilan que l'organisation de défense de la presse Reporters sans frontières dresse pour l'année 2004 à l'occasion de la 15e journée internationale de la liberté de la presse et de son vingtième anniversaire, hier.

De l'Arabie saoudite au Zimbabwe, du prince héritier Abdallah Ibn al-Seoud au président Robert Mugabe, 34 personnalités de 30 pays, pour la plupart des chefs d'État, sont ainsi épinglés dans le monde.

La Colombie se distingue avec trois «prédateurs» à son actif, le chef des paramilitaires Salvatore Mancuso et deux chefs de guérillas, Manuel Marulanda et Nicolas Rodriguez Bautista. Au Bangladesh sont visés le ministre de l'Intérieur Lutfozzaman Babor, mais aussi le parti maoïste Purbabanglar. Le Népal dispose également de deux prédateurs, le roi Gyanendra Shah Dev et le camarade Prachanda, leader des maoïstes.

«Ces prédateurs, soulignent RSF, ne sont que les figures les plus connues d'une liste noire de criminels de la liberté de la presse dressée» par l'organisation depuis le 1er janvier.

Une carte du monde, sur laquelle les États où la situation de la presse est «très grave» apparaissent en rouge, accompagne ce triste palmarès: Cuba en Amérique latine, la Libye, l'Érythrée et le Zimbabwe en Afrique, la Syrie, l'Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l'Iran, au Moyen-Orient, le Turkménistan, la Chine, la Corée du Nord, le Népal, la Birmanie, le Laos et le Vietnam en Asie.

Le continent américain, note RSF, «a dû faire face à une recrudescence de la violence envers la presse» avec 12 journalistes tués en 2004. En Asie et dans le Pacifique, la presse indépendante est «sous la menace de la censure et de la violence». En Europe et dans l'ex-URSS, le bilan est «mitigé». Au Maghreb et au Moyen-Orient, la liberté de la presse est «réduite comme peau de chagrin», avec 27 journalistes emprisonnés pour «diffamation», «insulte au chef de l'État», «insulte à l'islam» ou «propagation de fausses nouvelles», dont la moitié en Iran.

La France elle-même, où la liberté d'expression a été au coeur des débats en 2004, n'est pas sans reproche: création de nouveaux délits de presse, interdiction de la chaîne libanaise Al-Manar, adoption d'une loi répressive sur l'Internet, inquiétudes concernant la protection du secret des sources, neuf journalistes agressés.

Aux portraits des prédateurs succède la liste des 53 journalistes tués en 2004 «pour avoir exercé leur profession», dans laquelle l'Irak détient un triste record, avec 19 morts, depuis le journaliste d'Al-Arabiya, Ali Abdel Aziz, tué le 18 mars, ainsi que deux de ses confrères, jusqu'à Dhia Najim, de l'agence Reuters, tué le 1er novembre. Le Bangladesh arrive en deuxième position avec quatre morts.

Il faut doubler ce chiffre pour trouver le nombre de journalistes (107) emprisonnées au 1er janvier, là encore «pour avoir exercé leur profession». Cette fois, c'est la Chine qui détient le record, avec 27 journalistes emprisonnés, dont Chen Renjie et Lin Youping, du journal Ziyou Bao, en prison depuis juillet 1983. Vient ensuite Cuba, avec 22 prisonniers. Pour tous, RSF demande une «libération immédiate et sans conditions».

«La liberté de la presse est au fond une affaire trop sérieuse pour être confiée aux seuls journalistes», souligne le secrétaire général de RSF Robert Ménard dans sa préface au rapport. «Elle est, ou plutôt elle devrait être, l'affaire de tous», conclut-il.
 
 
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