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Médias: Pour en finir avec la télécommande... une semaine peut-être?

Paul Cauchon   25 avril 2005  Médias
Vous n'en pouvez plus d'attendre Ben Laden et de vous mettre tout nu à Radio-Canada? Vous n'attendez pas après La Poule aux oeufs d'or pour régler vos dettes? Le 63e film mettant en scène un flic violent à TQS vous donne la nausée? Ça tombe bien: c'est aujourd'hui que commence la Semaine sans télé. Et c'est le printemps en plus!

Compte tenu de l'immense présence de la télévision dans nos vies, cette semaine a quelque chose d'à la fois très subversif et d'à la fois très naïf. Il ne s'agit pas vraiment d'une grande organisation centralisée, mais plutôt d'une stratégie relayée par différents groupes de pression, d'abord aux États-Unis, et maintenant dans plusieurs autres pays.

Le groupe Adbusters de Vancouver est un des promoteurs de cette semaine, on le sait peut-être. À Montréal un petit groupe de 15 à 20 militants s'est créé pour sensibiliser le public aux effets de la télévision sur la santé physique et mentale. Le collectif Réalité sans télé (c'est son nom) se qualifie de «groupe d'intervention et de conscientisation citoyenne». «Chacun trouve ses propres raisons de participer à une telle semaine», explique au Devoir un des membres du groupe, Robin Millette. Le groupe veut mener différentes actions «festives» dans les prochains jours, dans les lieux publics, pour tenter de détourner les citoyens de leur sacro-saint téléviseur.

Aux États-Unis l'organisme TV Turnoff semble de mieux en mieux organisé. Il fait la promotion de cette semaine depuis plus de dix ans et il compte maintenant sur l'appui de 65 organisations nationales, dont l'Association médicale américaine, l'Association nationale pour l'éducation et l'Association américaine de pédiatrie. Il offre même un programme d'aide aux écoles pour aider ces dernières à promouvoir la lecture.

Un autre groupe, Whitedot.org, basé à la fois à Chicago et à Brighton en Grande-Bretagne, se qualifie de «campagne internationale contre la télévision». Entre autres activités, ce groupe diffuse différentes études scientifiques sur l'impact de la télévision, et il a édité chez Bloomsbury un guide de survie anti-télé, Get A Life, qui semble assez populaire.

En se promenant à travers les sites Internet de tous des groupes, c'est fou ce qu'on peut trouver comme informations! On peut ainsi prendre connaissance d'analyses scientifiques sur le lien entre le déficit d'attention des enfants et l'excès de télévision, ou encore sur le fait que les enfants qui écoutent moins la télévision seraient moins agressifs. On fait longuement valoir que moins de télé entraîne plus d'activités productrices et plus d'interactions sociales.

Pour sa part un médecin américain, Joseph Mercola, un spécialiste de l'obésité, soutient que l'obésité n'est pas seulement causée par le manque d'exercice et la malbouffe, mais aussi par la télévision, «une des influences les plus destructrices qui soit» déclare-t-il, non seulement parce que la télévision diminue l'activité physique, mais aussi parce qu'elle expose les enfants à une promotion commerciale agressive de cette même malbouffe.

L'organisme TV Turnoff, lui, fait valoir que chaque enfant américain regarde en moyenne trois heures de télévision quotidienne par jour, et passe deux autres heures devant un écran (film sur vidéo, console vidéo, jeux d'ordinateur). En fait, il semble que, sur une base annuelle, les enfants passent plus de temps devant la télévision que de temps en classe. Je n'ai pas les chiffres pour le Canada, mais je parierais qu'ils sont très similaires.

Aux États-Unis ces groupes de pression font maintenant la promotion d'un tout nouveau gadget, le TV-B-Gone, inventé par un petit malin, une télécommande universelle infrarouge qui peut fermer à distance les téléviseurs dans un rayon d'action donné! Cet appareil est vendu sur le site Internet de son inventeur et il paraît qu'il est tellement populaire qu'on en manque.

Les groupes de pression veulent le promouvoir pour fermer les téléviseurs dans les lieux publics, les restaurants, les bars, en s'insurgeant contre l'excès de pollution visuelle et auditive dans les lieux publics. On tente ainsi de promouvoir l'idée de «pollution secondaire», de la même façon que les non-fumeurs protestent contre la fumée de cigarette dans les lieux publics.

Cette réflexion sur la télévision ne porte pas seulement sur le manque d'activités physiques: ces groupes développent aussi plusieurs analyses autour de la télé comme force manipulatrice, soumise aux intérêts de grands groupes industriels qui vendent du divertissement superficiel pour endormir les consciences.

Ceux et celles qui trouvent cette réflexion trop idéologique et trop «gauchisante» devraient se souvenir que le président-directeur général de TF1 Patrick Le Lay, la grande chaîne privée française (l'équivalent du réseau TVA), avait déclaré l'année dernière que le rôle de la télévision était essentiellement de vendre à Coca-Cola «du temps de cerveau humain disponible». Sa déclaration avait fait scandale en Europe. Venant d'un grand patron de l'audiovisuel, elle avait pourtant le mérite d'être claire!

pcauchon@ledevoir.com






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  • ROSELYNE LE CALVEZ
    Inscrite
    mercredi 1 novembre 2006 14h21
    Pour en finir avec la télé-commande
    « Tres pertinents, vos commentaires sur certains effets nefastes de la television sur les enfants. Mais ces effets se limiteraient-ils donc a ces derniers?

    Il me semble que face a la television, nous sommes (presque) tous de grands enfants.

    Le petit ecran s'invite a notre table matin, midi et soir. La fourchette dans une main, la telecommande dans l'autre, l'un d'entre nous fait sa loi, imposant ses choix ou zappings frenetiques au reste du cercle familial.
    Ma famille avait banni la tele de la cuisine ou nous prenions nos repas lorsque j'etais enfant. Chaque repas etait l'occasion de se retrouver et de partager les evenements de la journee, offrant le cadre de joutes oratoires et de discussions enflammees! Nous "communiquions"... La television nous a ote la parole. Impossible d'avoir une conversation avec ces images cathodiques. Impossibles d'avoir une conversation avec nos proches. "Tais-toi, j'ecoute (la tele)". Nos invites cathodiques ont toujours le dernier mot, terriblement puissant, terriblement devastateur car repete jusqu'a la nausee, agissant comme un narcotique sur nos cerveaux anesthesies.
    Je me souviens avoir regarde avec horreur, mais sans pouvoir m'en detacher, les images du 11 septembre 2001. Je me souviens avoir alors realise que la repetition en boucle d'une information televisee n'est rien d'autre que du lavage de cerveau.

    La television promeut davantage les horreurs du monde que ses merveilles et nous les offre (c'est une facon de parler car nous les achetons, n'est ce pas?) en guise de nourriture spirituelle.

    Le sevrage est douloureux. Je sais de quoi je parle: j'ai travailler pour la tele pendant plus de vingt ans et ete une "accro" avant d'arreter du jour au lendemain. Ce ne fut pas sans mal. Mais il y a une vie en dehors de la tele...

    le temps passe devant la tele, c'est du temps perdu pour notre creativite, pour le partage. Nous pourrions faire du bricolage, faire un scrabble avec des amis, visiter une galerie d'art, faire une balade dans la nature, decouvrir les monuments de notre ville, apprendre a jouer de la guitare, enseigner le francais, encadrer de jeunes sportifs, accompagner des seniors au centre commercial, nettoyer le parc municipal, chanter dans une chorale, ecrire des lettres a nos amis, organiser une fete de quartier, militer pour les energies renouvelables, rendre visite a des personnes hospitalisees... nous pourrions FAIRE au lieu de subir.

    A defaut d'etre capable d'utiliser la television avec discernement et esprit critique. A defaut d'etre capable d'en devenir un acteur exigeant, il vaudrait mieux pour bon nombre d'entre nous, la supprimer de nos foyers... »

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